Lacrymocratie et légitimité

Lacrymocratie et légitimité

(Bordeaux, Pey Berland, 19 janvier 2019, 17H30)

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  • Imaginez un professeur, de philosophie par exemple, qui face à une classe agitée, dûment équipé d’un masque à gaz et de quelques grenades, l’enfume à défaut de pouvoir l’enfumer. Ce professeur voudrait par exemple imposer ses idées à tous, reléguer les avis contraires aux extrémités de la classe, au nom de la République bien sûr. Un petit groupe d’élèves, les moins endormis, ont compris depuis la première heure que ce faux nez de la philosophie, ce professeur autoritaire et mégalomane, n’aspirait qu’à faire valoir ses références en rejetant toute critique. Incapable de se remettre en question, de comprendre l’origine du problème, le voilà qui use désormais de la force contre le groupe réfractaire. Lui seul est légitime. Flattant les plus dociles à grands coups de bonnes notes, valorisant les plus serviles, ceux qui recopient sa prose dogmatique à la virgule près, il n’hésite pas à exercer toutes sortes de chantages. Acculé par l’incontrôlable brouhaha, il décide enfin de ne plus s’adresser qu’aux délégués de classe après avoir collé les autres le samedi.

 

  • Derrière l’image, une question simple : peut-on gouverner un pays avec des grenades lacrymogènes ? Combien de professeurs  aimeraient pouvoir se dispenser de s’adresser à une partie de leur auditoire, faire passer en douce leur potage sans avoir trop de comptes à rendre. Isoler en somme une partie de la classe, mieux, ne s’adresser qu’à ses dociles représentants. Autrement plus sérieusement qu’en lisant des livres dans les ambiances feutrées des bibliothèques, là où déranger l’autre est une inconvenance, j’ai compris progressivement ce qu’était le politique dans les classes de la République. Trop autoritaire à mes débuts, trop séducteur ensuite, il m’a fallu un peu de temps pour comprendre que ces deux ressorts de la domination, très proches au demeurant (on est souvent autoritaire avec ceux que l’on ne peut séduire) ne valaient rien sans la preuve effective d’une légitimité.

 

  • C’est ici évidemment que les problèmes commencent. En tant que fonctionnaire de l’Etat français, le professeur peut faire jouer une sorte de légitimité abstraite, celle de l’Etat justement, celle derrière laquelle se cache aujourd’hui Emmanuel Macron. Elle peut se réduire très simplement à ceci : vos gueules, je suis agrégé de philosophie ; écrasez, je suis élu au suffrage universel. Pour le reste, heures de colles et grenades lacrymogènes, forcément légitimes.

 

  • A la différence de Frédéric Lordon, je ne pense pas que la légitimité soit une aporie. Pour lui, « si nous consentons aux verdicts de l’Etat, c’est parce qu’en plus d’être « légal » il est « légitime » ». Thèse classique à réfuter selon lui car celle-ci nous renverrait à « une qualité occulte ». Qui peut dire ce qui est légitime et ce qui ne l’est pas ? L’accord à l’unanimité ? Impossible. A la majorité absolue, relative ? Pour quelle raison une quelconque majorité serait-elle plus légitime qu’une minorité ? Le nombre ? Critère qui peut justifier tous les despotismes. « L’ancrage par la valeur morale. Mais chacun a les siennes ». Sans un critère de légitimité, il ne resterait que les effets de puissance. La déférence que nous avons vis-à-vis de l’Etat ne serait donc pas liée à une quelconque légitimité mais à un strict rapport de puissance à puissance. Ce rapport renvoie, en définitive, à la question des affects, au pouvoir d’affecter. Il serait donc vain et illusoire de mettre en avant la légitimité quand nous n’avons affaire qu’à des rapports de puissance affective. « Ainsi, conclut Lordon, les institutions en général, l’Etat en particulier, ne règnent sur leurs sujets que par l’effet d’un certain rapport de puissance ». (1)

 

  • La séduction est une puissance d’affecter, la menace autoritaire aussi. Emmanuel Macron est un grand pourvoyeur d’affects, il n’est même que cela. Se passer de la notion de légitimité, c’est se condamner à ne plus avoir affaire qu’à des types d’affects quand il s’agit de comprendre comment s’y prendre pour que les institutions ne fassent pas que « régner sur les sujets ». Nous ne pouvons comprendre cela en faisant l’économie d’une réflexion sur le fondement de la légitimité, question essentielle pour un professeur ou un élu de la République.

La seule preuve effective de cette légitimité me paraît être l’exemplarité de l’exigence envers soi-même.

 

  • C’est cela qu’un Etat républicain (la notion d’Etat manipulée par Frédéric Lordon ici est bien trop floue) doit à ses sujets si elle ne veut pas simplement régner sur eux. C’est cela qu’un professeur doit à ses élèves, qu’une administration doit à ses administrés, que la fonction publique doit à ses contribuables, que les élus de la République doivent à leurs citoyens, qu’un président de la République doit à la République. Sans cela, il ne reste rien que des affects justement, de soumission ou de violence, d’abrutissement ou d’insurrection. La lacrymocratie est pourvoyeuse d’affects non de légitimité. Elle signe l’échec de la République à faire valoir un ordre juste. Aux yeux des manifestants en gilets jaunes et d’une majorité de ceux qui les soutiennent, le baratin ne saurait être pourvoyeur de légitimité et le grand débat national est une dépendance du baratin quand ce n’est pas une mise en scène grotesque de l’ego bouffi d’un homme. Un nombre significatif de citoyens français se mettent à demander des comptes à un ordre qui ne repose plus que sur le règne des affects. Opposer un type d’affect à un autre, c’est donc se condamner à ne plus jamais sortir la tête du gaz.

 

  • Ressentiment, haine, rancœur, jalousie, la liste des affects est longue pour disqualifier un mouvement qui n’en veut plus. Les hommes et les femmes qui ne peuvent pas faire la preuve d’une exemplarité cherchent alors à rabattre la contestation politique sur les affects, dans une zone opaque où toutes les divagations sont possibles. Pour qu’une telle opération fonctionne, il est nécessaire que tout un peuple soit dressé au partage des affects plutôt qu’à celui de la raison. Le bouffon malin Hanouna (entre autres), avec ses cœurs et ses régressions de débile mental, participe pleinement de ce dressage. Il faut croire que cette entreprise massive d’affectivisation du politique trouve aujourd’hui ses limites.

Soit nous reposons la question de la légitimité dans son cadre institutionnel, soit la République ne sera plus qu’un logo aux mains des faiseurs d’affects, les enfumeurs de la lacrymocratie.

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Frédéric Lordon, Les affects de la politique, Editions Seuil, 2016, Les apories de la « légitimité ».

Attention à la sinistrose !

Attention à la sinistrose !

Alain Duhamel et son épée

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  • Oui, je sais, les temps sont durs. Grande est la tentation de sombrer dans une mélancolie d’impuissance, un renoncement à la lutte et aux joyeux combats. Prenez garde aux forces thanatiques promptes à s’immiscer dans l’esprit qui fatigue. Nous ne sommes pas simplement voltairiens, les amis, disputeurs de salons mais en quête d’esprit. Nos adversaires d’un jour, fussent-ils vaincus ou repeints en jaune, ne nous offriront pas la paix car nous ne sommes pas irénistes. Belliqueux ? A peine, à peine, juste ce qu’il faut pour mettre en branle le pneuma. En face, c’est la mort cotonneuse, l’ordre de la mouillette et du ratatinement. Regarde, oh lecteur d’un jour, la gueule de Dudu, tout est dit. Contre Macron, contre Macron, d’accord, mais pourquoi ?

 

  • N’égrainons pas les raisons objectives. Nous le faisons ailleurs mais mesurons plutôt ce que fait la critique. Pensez-vous une seconde, lecteurs endormis, que nous sommes ici pour renverser un homme ou deux ou dix ou mille ? Notre combat est autrement plus titanesque, dix fois plus ambitieux que ces petits comptages. Il s’agit de l’homme, toujours, et oui, la bête pensante qui pense de moins de moins et se rapproche ainsi du premier membre de cette combinaison loufoque. Nous cherchons, avec un peu de force, à nous sauver de ces temps médiocres, à faire quelque chose d’un peu puissant avant la dernière débandade. C’est aussi pour cela qu’un Houellebecq nous afflige. Il pue la mort le bonhomme, ça chlingue à dix lieux. Macron pareil, mêmes effluves, identiques, égales. Des symptômes à fuir. Fuis, citoyen, dans l’autre sens, les gaz arrivent.

 

  • Je vous l’accorde, l’entreprise a des ratés. Fréquenter quotidiennement la nullité des temps à la recherche de quelques éclats ne se fait pas sans peine. A quels efforts démoniaques faut-il consentir pour faire exister autre chose ? Tout est là. Le plus sinistre dans cette histoire de révolte et de président c’est de voir autant d’hommes et de femmes satisfaits de l’offre, empressés de dire « pas si mal » en regardant leurs pieds. Cette soumission a mille figures et ne date pas du « moderne ». Vous la trouverez attaquée dans l’histoire, par les maîtres antiques, les romantiques actifs et les ironistes offensifs qui traversent le temps en jetant leurs œufs frais sur les devantures du siècle.

 

  • Taper, taper encore pour faire rendre un son à ce silence qui oppresse. Ne cherchez pas la réponse, n’attendez pas le dialogue, l’échange, la communication, pire, le débat. Taper de toutes vos forces, le son viendra sans eux. Soyez simplement justes et magnanimes, impitoyablement sensibles à ce qui vous affecte. C’est là que commence le renoncement et la sinistrose, quand vous ne pouvez plus répondre, incapable de faire quelque chose d’actif, de traduire l’affection en action. Tout est fait pour étendre le domaine du sinistre. Le politique n’est pas le seul territoire dévasté. Attention à la sinistrose. Gaspillez plutôt vos gestes et vos paroles, n’économisez aucune force, ne stockez rien. Soyez l’Héraclès bouffon, celui qui ramène de la mort vers la vie, qui « recueille dans sa personne le double héritage mythique d’un très ancien transgresseur diabolique et d’un non moins ancien passeur bénéfique. » (1)

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(1) Jean Starobinski, L’encre de la mélancolie, Paris, Seuil, 2012.

 

 

 

 

Le Phénix de Bourgtheroulde

Le Phénix de Bourgtheroulde

  • Le papotage sur la renaissance d’Emmanuel Macron bat son plein. Il aura suffit d’un parterre de maires dûment choisis, d’un micro et d’une performance oratoire (epideixis, en Grèce antique, aux heures glorieuses de la grande rhétorique) pour que le Phénix refasse causer de ses talents. Quel homme ! Quelle connaissance des dossiers ! Quel artiste ! Quelle chance pour la France ! Oubliés la grande braderie des fleurons de l’industrie française, le calendrier des privatisations de ce qu’il reste encore à privatiser, l’arrosage automatique de Ford ou de Nokia soldé en licenciements, les mensonges sur le SMIC ou les retraites, les barbouzeries, le travail de sape des institutions républicaines par les lobbyistes amis, les niches fiscales ou le tourisme du même nom, sans parler des multiples bavures policières depuis deux mois. Raccourcissons la liste pour en venir à l’essentiel : notre sensibilité, toute française, au baratin.

 

  • Quelle avancée politique au sortir de cette grande messe de l’ego ? Aucune. Quel rapport entre cette performance et la réalité de ces hommes et femmes qui vont gribouiller demain, en allumant un cierge, leurs doléances sur un coin de site internet ? Aucun. Retour à la campagne électorale de 2017, aux opérations de séduction collective du gourou télé-évangéliste, promu « philosophe en politique » par la grâce de la médiocrité ambiante. N’est-ce pas d’ailleurs cela aujourd’hui le politique, une campagne ininterrompue de soi, une mise en scène des egos sous la tutelle du plus grand d’entre eux. La tête dans le potin, les éditorialistes, une variante du commérage, reprennent du poil de la bête avec leur Phénix. Phénix potin.

 

  • Alors qu’une ancienne marchande de yaourts pour 450000 euros l’an, un temps à la tête de Teach for France, entreprise de démolition de l’école républicaine (1), s’apprête à administrer la grande bouillasse du débat national, le Phénix de Bourgtheroulde, un joli nom tout de même, a repris la main. Ce Frank Abagnale à la française, grand séducteur des demi-habiles et des propriétaires poivre et sel, mais loin des extrêmes, choisi par quelques mentors, encore plus faussaires que lui, pour ses charmes et ses qualités de faussaire, aurait « réussi son opération de communication », nous dit-on sur toutes les chaînes. N’oublions pas tout de même qu’un homme capable de mentir ouvertement aux français sur la hausse du SMIC, un sujet des plus sérieux, après de telles émeutes, est capable de tout.

 

  • Qui ne voit pas l’absurde d’un tel régime politique ? Le show d’un seul devant un parterre docile comme réponse à une volonté collective de peser sur les décisions politiques. Que peut-il rester de cette performance oratoire : rien. Ou plutôt un immense détournement de la démocratie représentative qui ne peut, dans une situation d’effondrement, se relégitimer que par la souveraineté populaire. Cette singerie de démocratie, ce simulacre de vie politique intense, cette bouffonnerie maitrisée est reprise aujourd’hui en échos d’échos par des animateurs peu regardant sur la probité quand il s’agit de remplir leur assiette. Ce numéro de cirque n’exclut en aucune façon « la connaissance des dossiers » comme il est dit sur toutes les chaînes. De quelle naïveté faut-il faire preuve pour ignorer que les formations des dites élites servent aujourd’hui à cela : trier très rapidement de l’information et faire semblant de passer, avec virtuosité, pour ce que l’on est pas. A ce jeu-là, le Phénix de Bourgtheroulde est un expert indiscutable.

 

  • Nous oscillons évidemment entre la consternation et le rire salvateur. Brillant, c’est le mot, comme ses pompes, le Phénix de Bourgtheroulde fut accompagné, pour cette délicate mission, par Madame Yaourt, la dénommée Wargon, qui reçut, dans une modeste pièce, une poignée de gilets jaunes eux-mêmes sifflés par quelques autres. Cette scène cocasse nous fait mesurer à quel point le sus nommé Houellebecq est très largement dépassé par une réalité au-delà de toute satire. Tout ce petit monde va donc piloter le « grand débat national ». C’est à pleurer de rire.

 

  • Comment jouer encore le jeu ? Le grotesque est à ce point consommé que la seule question à se poser est de savoir pourquoi nous ne sommes pas tous dans la rue. Si ce n’est pas pour demander le RIC et le retour de l’ISF que ce soit au moins pour exiger le déplacement de cette petite troupe de saltimbanques et son chef d’orchestre, le Phénix de Bourgtheroulde, dans toute la France car les français, amis du baratin, peuvent, à la différence d’autres peuples, rire de tout.

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(1) Un billet sera ultérieurement consacré à cette saleté.

 

Les spectres fluorescents du grand débat national

Les spectres fluorescents du grand débat national

  • Le grand débat national est un échange qui ne repose sur rien, une mise en circulation de la parole recyclable à l’infini à condition d’accepter ses règles du jeu. En première lecture, nous pourrions objecter que le débat exclut des thèmes, qu’il s’agit là d’un faux débat comme si nous voulions préserver la possibilité d’un vrai. Ce regret est toujours un leurre pour ceux qui œuvrent autrement. C’est nôtre cas.

 

  • Nous sommes arrivés à un point de rebroussement : à partir du moment où plus rien n’échappe aux logiques hégémoniques du pouvoir, où  ce dernier est capable de tout recycler indéfiniment, de transformer toute parole authentique en une bouillie informe, la pensée critique doit prendre un autre chemin. Nous sommes des millions (très au-delà des dizaines de milliers qui manifestent courageusement tous les samedi) à ne plus pouvoir rien échanger avec ce gouvernement car l’échange est devenu impossible. Emmanuel Macron le premier, par sa stratégie de dépolitisation punitive, aura rendu cet échange impossible. Après avoir détruit les conditions de l’échange, le grand débat national n’a d’autre fonction que d’empêcher l’échange en se réappropriant les mots de la révolte, en les neutralisant dans une circularité vide.

 

  • Ne reste que le face-à-face, l’incommensurabilité de deux ordres, celui de la pensée critique, celui de la simulation politique.  Cette irréductible dualité devrait pouvoir se résoudre dans le politique mais son abolition l’empêche. Nous passons dès lors dans un autre univers de significations, un affrontement sans reste à la mort symbolique de l’autre. Cet affrontement, ne l’oublions pas, est voulu par les logiques du pouvoir hégémonique. Il est stratégique. Le travail « d’extrémisation » de la parole adverse, donc politique, n’est là que pour dissuader toute forme d’échange réciproque. La violence symbolique des sergents médiatiques, présentateurs louvoyant dans un demi-monde, a pour fonction de renforcer les conditions de ce face-à-face à la mort symbolique de l’autre. C’est justement cela qui est recherché : les conditions d’une impossibilité radicale de l’échange. Je n’ai strictement rien à échanger avec un Christophe Barbier (1). Cela signifie que nous ne pouvons pas habiter le même univers de significations. Seule la disparation de l’un peut rendre possible la manifestation de l’autre.

 

  • Les tenants des logiques hégémoniques auront tôt fait de retourner contre nous notre analyse théorique. Ayant tout fait pour créer les conditions d’un échange impossible, ce sont aussi les premiers à déplorer toutes les ruptures de communication, ruptures qu’ils déversent dans le grand réservoir fourre-tout de la violence. – C’est vous le violent, monsieur, vous qui affirmez que nous ne pouvons habiter dans un même univers de significations. Voilà ce que répondent tous ceux qui ne peuvent pas nous entendre. Non pas simplement par mauvaise foi (elle est cependant structurelle) mais pour être partie prenante d’une forme hégémonique qui ne tolère plus l’adversité, qui n’a plus aucune place symbolique pour elle – le symbolique prenant une forme bien réelle qui se traduit aujourd’hui par une restriction grandissante des droits du citoyen dans la cité.

 

  • Les gilets jaunes (2) sont l’expression d’une nouvelle hantise pour le pouvoir hégémonique. Au sens strict, ils hantent, les samedi, les rues et les places, spectres fluorescents d’une adversité politique qui ne doit plus être. Ils ne jouent pas le jeu du pouvoir hégémonique, échappent en partie aux cycles sans fin et sans valeur de la parole rendue insignifiante par autant de débats factices. Ce en quoi ils font véritablement événement et sont réellement intolérables pour ceux qui se vautrent sur le dos de la simulation politique. Ils bousillent intérieurement un système bien huilé. Les mutilations réelles sont une réponse, celles d’un pouvoir qui ne peut plus répondre sur le plan politique, un pouvoir vidé de toutes significations.

 

  • Combien de spectres de cette nouvelle forme d’hégémonie indiscutable peuvent se reconnaître dans un tel mouvement ? Des millions. Tout est fait pour empêcher le détraquement interne de gagner en puissance. Hélas, les mêmes structures de communication qui rendent possible l’hégémonie portent en elles, comme une contamination interne, un virus qui les menace, ce qu’elles veulent conjurer. Inutile et coûteux d’en appeler à un complot des médias. Les chaînes d’information tant décriées sont aussi des acteurs de ce mouvement, des aiguillons, des mobiles d’action. Elles sont prises à leur propre piège, ne pouvant plus répondre sur le terrain politique, elles ne peuvent subsister qu’en se faisant les alliés objectifs de la violence du pouvoir hégémonique. La réversion parfaite.

 

Le pouvoir est alors pris à son propre piège, celui d’un débat national qui augmentera encore les manifestions de sa vacuité politique et de l’impossibilité des échanges quand le vide n’a que le punitif pour durer.

 

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(1) Son patronyme ne vaut que comme exemple type.

(2) Là encore, l’idée doit dominer.

 

 

Réponse à la lettre du président Emmanuel Macron

Réponse à la lettre du président Emmanuel Macron

« Pour moi, il n’y a pas de questions interdites. Nous ne serons pas d’accord sur tout, c’est normal, c’est la démocratie. Mais au moins montrerons-nous que nous sommes un peuple qui n’a pas peur de parler, d’échanger, de débattre. »

Emmanuel Macron, Président de la république, le 13 janvier 2019.

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  • Où en sommes-nous ? Depuis deux mois, tous les samedi, des dizaines de milliers de français enfilent un gilet jaune et défilent dans la rue. Ils continueront samedi prochain. Ce mouvement populaire n’a pas de précédent dans l’histoire récente, le soutien qu’il reçoit est massif, les problèmes qu’il pose fondamentaux.  Ce soir, après lecture de cette lettre aux français, nous savons pourtant que ce mouvement finira mal. La raison est simple :

la gravité de ce qui est en train de se passer en France échappe totalement aux dirigeants de ce pays.

 

  • Tous les samedi depuis deux mois, en pleine journée, des centres-villes, des places publiques, des ruelles bondées, des lieux de passage sont aspergés de gaz lacrymogène pendant des heures. Des grenades sont lancées, de violentes détonations retentissent, des groupes de policiers équipés d’armes « semi-létales » arpentent les rues en courant, des cars de CRS se massent ici ou là, bloquent des quartiers entiers. Tout cela au milieu d’une foule hagarde.

 

  • Tous les samedi depuis deux mois, des citoyens français se retrouvent mutilés, gravement blessés dans des ruelles commerçantes transformées en zone de guérillas urbaines. Certains perdent un œil, une main, d’autres auront des séquelles pendant des mois, d’autres encore à vie. Des balafres au visage, des plaies de guerre aux jambes, à la tête. Hier encore, un jeune homme de quinze ans, équipé d’un sac de courses, recevait au visage un tir de flashball. Six heures d’opération, la mâchoire en bouillie, des cicatrices à vie. Au mauvais endroit, au mauvais moment.

 

  • Tous les samedi depuis deux mois, des fonctionnaires de police sont pris à partie, caillassés, sommés de gérer l’ingérable, de canaliser des fins de manifestations compliquées, dans des conditions souvent périlleuses, au milieu de la population. Ils obéissent à des ordres et doivent y répondre tout en étant priés de ne pas trop compter les heures supplémentaires. Pour une écrasante majorité d’entre eux, ces hommes et ces femmes n’éprouvent aucun plaisir à être là tous les week-ends en face d’une situation inextricable. Les exactions manifestes d’une minorité d’entre eux les accusent tous. Ils doivent aussi faire face à l’indignité morale.

 

  • Tous les samedi depuis deux mois, des journalistes de terrain, souvent mal payés, aux emplois précaires, sont pris à partie par des individus excédés. Certains sont molestés publiquement obligés de fuir, de se cacher, de dissimuler les logos de leurs caméras. Les images qu’ils prennent sont pourtant prises cent fois, les téléphones portables sont partout. Certains prennent des risques, reçoivent des grenades dans les jambes ou subissent des violences verbales de la part des forces de l’ordre. Ils ne sont pas sur les plateaux de télévision des cuistres poudrés, ils n’écrivent pas non plus les éditos de la presse quotidienne ou hebdomadaire mais ils deviennent « le système ».

 

  • Tous les samedi depuis deux mois, des bénévoles prennent des risques pour soigner les blessés. Casqués, en blanc, ils n’échappent ni aux gaz ni aux grenades. Ils extraient, parfois difficilement, des individus choqués, le visage en sang, pratiquent les premiers soins, s’enquièrent de l’état de santé des personnes à défaut d’une autre forme d’assistance, celle des fonctionnaires de l’Etat, pourtant encadrée par la loi.

 

  • Tous les samedi depuis deux mois, des dégradations urbaines, des poubelles brûlées, des vitrines brisées. Qui ne se préoccupe pas de l’endroit où il a laissé son scooter ou son vélo ? Les transports en commun sont perturbés, arrêtés. Certains commerces baissent leur rideau à 17 heures, d’autres ferment toute l’après-midi.

En réponse à cette situation catastrophique, les français auront donc droit à une lettre les invitant à participer à un « débat ».

 

  • A quel point d’effondrement du politique en est-on arrivé pour croire qu’une telle situation pourra se régler de la sorte, avec un débat ? Les raisons qui ont conduit à cette situation inédite sont les mêmes qui conduiront à rejeter massivement cette lettre du président de la République. De quel degré de cynisme ou de naïveté faut-il être habité pour croire qu’une telle sauce peut éteindre un tel feu ?

 

  • On me dira que les hommes de bonne volonté veulent l’apaisement et qu’une telle réponse à la lettre du président de la République est le contraire d’un apaisement, plutôt une invitation à la poursuite irresponsable de cette situation dramatique. Disons que ce sera ma participation au débat national, ma contribution puisque, paraît-il, toutes sont bonnes à prendre.

 

  • Etant entendu « qu’il n’y a pas de question interdite », voici donc les miennes. Pourquoi, en face d’une responsabilité historique, un président de la République élu au suffrage universel dans une soi-disant grande démocratie européenne est incapable d’être à la hauteur ? Comment se fait-il que notre système politique, celui qui promeut les dirigeants de notre pays, accouche d’une telle faiblesse ? Combien de temps encore allons-nous supporter des institutions, celles de la cinquième République, capables de concentrer un tel pouvoir dans d’aussi petites mains ?

 

  • Il n’y a pas lieu de faire le malin ou quelques bons mots sur cette lettre quand la tristesse domine, celle de voir un grand pays sombrer dans une telle médiocrité. Nous payons aujourd’hui très chère une forme de démission collective. Emmanuel Macron signe cette lettre mais nous en sommes tous les co-auteurs. Cette médiocrité est aussi la nôtre individuellement. Que s’est-il passé en France pour que nous en soyons là, à lire cette prose irréelle, ce tract de campagne électorale, dans une telle situation historique ?

 

  • Il n’est que temps de se ressaisir  politiquement, de réfléchir à qui nous accordons nos suffrages et pourquoi, de retrouver une exigence intellectuelle, une forme de probité républicaine quand il s’agit de penser le bien commun. Aucun homme politique ne peut le faire à la place des citoyens. Aucun.

T’es un flan Houellebecq

T’es un flan Houellebecq

  • T’es un flan Houellebecq, un d’ces flans que les sans imaginaire répandent à la spatule dans les centres culturels du ramollissement psychique.

 

  • T’écris mou Houellebecq. Attendre dix-sept pages pour nous dire que tu, toi ou ton autre ont envie ensemble de se faire sucer, c’est seize de trop. C’est ton arme, Houellebecq, sort la tout de suite.

 

  • Tu m’déprimes Houellebecq, regarde, tu souris sans y croire, t’es gêné, t’es pas là. T’es absent Houellebecq, t’es pas au monde. C’est normal que tu charries, dans l’anti-chambre de la déprime, les vieux flans et les vieilles miches qui s’excitent sur tes fantasmes de fellation et d’Europe qui part en noisette.

 

  • T’es pas appétant Houellebecq avec ton captorix qui file la nausée, des troubles de l’érection, une baisse de la libido.

 

  • Tu t’crois malin Houellebecq en ajoutant, après un saut de ligne, que tu n’avais jamais eu la nausée. Toi ou ton double narratif, vous êtes les mêmes, deux quiches au micro onde.

 

  • T’es un symptôme Houellebecq, un document d’archive du trou d’air de l’époque.

 

  • Tu t’répands Houellebecq, j’te vois partout, tu dégoulines sur les étals. Encore hier, j’ai vu une dame du monde à la ville avec ton coulis sous le bras. Elle va en faire quoi de ton captorix ? Une tisane ?

 

  • Tu m’diras Houellebecq qu’on t’déroule le tapis rouge, ça cause, ça dissèque, ça s’esbaudit dans les chaumières de la culture, ça bandouille et ça mouillotte autour de ta sérotonine.

 

  • Je t’te laisse Houellebecq, ça s’appelle une kronique, un divertissement du soir, de la bière et du cul. Pour le reste, faut passer à la caisse.

Quelle République ?

Quelle République ?

(Rue de Grenelle, 5 janvier 2019)

  • Le mouvement des gilets jaunes n’a rien à voir avec un mouvement syndical encadré et légitimiste. Il s’agit bien au contraire d’une lutte pour la légitimité politique. Ce en quoi il est violent, de fait, pour des hommes et des femmes qui ont perdu l’habitude d’être contestés par des citoyens déclassés, l’élite au pouvoir n’étant plus qu’une élite sociale de petite facture reproduite par cooptation dans des logiques promotionnelles rarement remises en question. C’est aussi pour cette raison que ce mouvement échappe aux formes classiques de la représentation politique, charriant tout ce qui est privé d’une forme sociale directe de légitimation ou de pouvoir. C’est aussi sa part d’ombre. Il est en cela révolutionnaire, ce qui ne présage rien de son issue.

 

  • La violence étatique qu’il reçoit en retour n’a donc rien d’arbitraire. Une lutte à la mort symbolique de l’autre s’est engagée depuis deux mois. Le mandat présidentiel d’Emmanuel Macron est devenu incompatible avec la logique politique de ce mouvement. Cette contradiction doit être comprise dans sa radicalité. Elle part d’une rupture entre le gouvernement en place et la conscience politique d’une partie des citoyens français. Nous sommes bien en présence d’un affrontement d’ordre révolutionnaire avec pour enjeu ce que doit être et ce que ne peut pas être la République française.

 

  • La révolte contre l’augmentation des taxes, la limitation de vitesse à 80 kilomètres à l’heure, symbole d’un harcèlement économique sur les classes moyennes, celles qui n’ont pas de niches fiscales, qui ne peuvent pas se payer une voiture électrique ou éviter de prendre la route pour aller travailler s’est transformée au fil des semaines. La nature des réponses, la répression policière inédite et la morgue d’un pouvoir qui ne fait pas de politique et qui dénie le droit aux citoyens d’en faire (à moins qu’ils ne suivent comme des zombies et tous les cinq ans les consignes de vote contre les désormais fameux rouges-bruns) ont politisé le mouvement. Derrière le référendum d’initiative populaire (RIC), c’est donc la nature de nos institutions qui est désormais questionnée. Moins nos institutions d’ailleurs que leur dévoiement par des hommes et des femmes qui utilisent à leurs profits exclusifs la force de l’Etat.

 

  • La lecture économique de ce mouvement est très insuffisante. Derrière une légitimité démocratique de façade, sous prétexte de défendre « la maison France » (formule marketing ridicule du porte-parole du gouvernement qui ne l’est pas moins), en faisant usage de la force publique pour casser le mouvement, le parti opportuniste champignon La République en marche est en train de piétiner les institutions républicaines et les valeurs fondamentales sans lesquelles nous ne pouvons envisager de vivre pacifiquement ensemble. Ce piétinement, doublé d’une morgue et d’un mépris manifestes et largement perçus, reçoit quotidiennement l’assentiment d’une classe qui confond allègrement visibilité et légitimité.

 

  • Depuis la fin des années 70 en effet, des divertisseurs ont utilisé le marché médiatique comme une tribune personnelle. Cette promotion s’est faite contre l’intérêt général et au profit d’un commerce, non sans effets, qui n’a plus de compte à rendre aux citoyens devenus simple public de consommateurs. La presse médiocre a toujours besoin de figures, de noms. Logique du fétichisme de la marchandise intellectuelle. Faux débats, fausse participation, fausse réflexion politique, faux philosophes, faux compétents mais vrais cuistres.

 

  • Dans ce contexte établi, l’annonce d’un débat national est d’aucun effet. Cette fausse démocratie de participation, ce paternalisme jouant du simulacre et de la communication de foire pour simuler une concertation d’aucun effet, de l’avis même de ceux qui l’instaurent, a vécu. Ces insultes répétées à l’intelligence collective ne fonctionnent plus. Nous ne faisons pas simplement que constater les simulacres du politique, nous les vomissons littéralement. Tout comme nous vomissons les pseudo philosophes et les animateurs de culture qui ne répondent pas de ce qu’ils font, qui ne rendent raison de rien et surtout pas d’eux-mêmes. Vomir, est-ce encore penser me direz-vous. Nietzsche faisait de la rumination la nature même de la pensée. Mais tout ce qui est ruminé n’est pas digestible. Cette volonté d’expulsion des mauvaises nourritures prend, avec le mouvement des gilets jaunes, une forme collective.

 

Nous devons expulser quelque chose de la République française, des attitudes, des discours, des postures, une profonde malversation des signes qui est incompatible avec la nécessaire cohésion du corps politique.

 

  • Oui, cette expulsion est aussi violence comme l’est une critique qui n’est plus simplement décorative. Mais une violence proportionnée à la violence première, celle qui transforme les citoyens en sujets et les sujets en consommateurs passifs de leur impuissance politique. Oui, le processus est révolutionnaire au sens où il remet en question les fondements de la légitimité du pouvoir, ce que les hommes au pouvoir comprennent très bien derrière leurs grenades. Il est surtout et fondamentalement cohérent, ce que doit démontrer à terme un travail intellectuel exigeant et réflexif qui ne peut être aujourd’hui porté par une seule personne, en son nom propre.

 

  • Là encore, il s’agit bien d’instituer collectivement ce travail de l’esprit sans lequel la colère se referme sur elle-même, se consume dans une violence stérile qui ne sait plus ce qu’elle fait ni ce qu’elle veut. Ce travail enfin est dénié par ces mêmes divertisseurs et animateurs de la dépolitisation d’ambiance qui préfèrent lui substituer quelques « grandes gueules » (c’est aussi le titre d’une émission radiophonique exutoire) désarticulées et vociférantes. Cette désarticulation est aussi un effet induit du spectacle, une façon de démembrer, d’émietter, de particulariser, le spectacle s’attribuant seul le droit d’unifier la bouillie tiède qui doit tenir lieu de penser pluraliste. Cette nullité, le mot est faible, dans son implacable logique, fonctionne aujourd’hui à plein régime. La photographie, le soir du premier tour de l’élection présidentielle, du « philosophe en politique » (Le « 1 », juillet 2015), Emmanuel Macron, avec le bouffon millionnaire du décervelage de masse, Cyril  Hanouna, restera, à ce titre, un document historique de choix et un sommet de confusionnisme mental. Une immense défaite aussi.

 

  • Alors la question se pose en effet : que peut-il sortir de tout cela ? A priori rien de bon, tant le niveau de malversation et de cynisme est aujourd’hui élevé. Le contentement médiocre à une situation qui pourrait être pire, pour ceux qui ne subissent pas complètement ce qu’ils contribuent par indifférence à faire subir aux autres, fait le reste. Pour autant, la République apparaît comme un dénominateur commun, à la fois un principe de justice et la garantie d’un ordre social, à condition que celle-ci retourne à sa légitimité première : la souveraineté populaire. Avant de se donner à un roi, explique Rousseau contre les « fauteurs de despotisme », au chapitre V, Livre I, Du contrat social, un peuple doit se donner à lui-même. Il s’agit de l’acte premier, constitutif, qui fonde la légitimité des actes législatifs ultérieurs. Quand la question de la légitimité des fondements républicains est posée, et elle est aujourd’hui clairement posée, la logique du contrat social est la seule issue. Cette logique n’exclut pas le soulèvement contre ceux qui la trahissent, les factieux de l’intérêt général.

 

  • Un peuple qui se déchire doit se reconstituer, réactualiser son unité. Ce n’est pas une question de sondages mais de cohésion politique. Personne en France n’a intérêt à créer les conditions d’une guerre civile, d’un affrontement des citoyens entre eux pendant que le pouvoir, lâchement, se cache derrière une police militarisée. Les discours martiaux nous y conduisent pourtant. Le suivisme d’une grande bourgeoisie culturelle, cynique et profondément immorale, quand il s’agit bien sûre de préserver ses intérêts en délivrant sa morale provisoire depuis Marrakech, accompagne cette logique mortifère. Ceux qui pensent que nous n’en sommes pas là se trompent : toutes les conditions sont réunies pour que le pire advienne.

 

Le discours d’Edouard Philippe ou le déni de la conflictualité politique

Le discours d’Edouard Philippe ou le déni de la conflictualité politique

(Le déni, sculpture par Karine Krynicki)

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  • Le problème de fond, et l’intervention martiale du premier ministre Edouard Philippe hier soir à la télévision (7 janvier 2019) ne fait que le confirmer une fois encore, reste la disparition du politique. Nous savons pourtant que la fameuse équation sociale n’est pas simplement difficile à résoudre parce que l’équilibre à trouver entre toutes les composantes du corps social est forcément instable mais parce qu’il ne s’agit justement pas d’une équation mais d’un rapport politique.

 

  • Ce qui est affligeant, outre le mépris et l’indifférence pour un mouvement politique sans précédent dans l’histoire française récente, c’est de voir un premier ministre se refuser à tout rapport politique avec les citoyens, comme si les citoyens justement n’avaient pas droit au politique. L’aboutissement dramatique d’une logique que nous connaissons parfaitement pour l’avoir observé depuis des années.

 

Il ne saurait y avoir de rapports politiques sans confrontation et de confrontation sans considération d’une adversité réelle.

 

  • Le mouvement des gilets jaunes est avant tout une lutte pour faire reconnaître au pouvoir qu’il y a un mouvement politique quand celui-ci lui dénie toute forme d’existence. La stratégie du pouvoir (s’agit-il d’ailleurs encore d’une stratégie ou d’une incapacité mentale ?) est un déni du politique, une négation pure et simple de la reconnaissance d’une conflictualité réelle. Au sens strict, pour Edouard Philippe et le gouvernement français, le conflit politique ne doit pas exister. « Une démocratie digne de ce nom doit reconnaître l’inéluctabilité de l’antagonisme afin d’instituer les médiations qui transforment les ennemis en adversaires. »(1) Aux antipodes de cette transformation, la criminalisation de l’antagonisme nous conduira rapidement au pire.

 

  • Cela fait des décennies que nous assistons à une marginalisation de ceux et celles, artistes, écrivains, savants, qui mènent un combat effectif contre la violence symbolique aux conséquences bien réelles. La mise à l’écart de la conflictualité politique dans le champ intellectuel en est la meilleure preuve. Ne reste en définitive que des animateurs culturels qui prennent bien soin de ne pas se mouiller quand les questions politiques sérieuses sont en jeu, quand il faut nommer, désigner, combattre. Pour reprendre la terminologie de Pierre Bourdieu, les « instruments de défense et de critique contre toutes les formes de pouvoir symbolique qui ont connu un formidable développement, tant dans l’univers économique que dans le monde politique » (2) existent. Ce sont les espaces de promotion de ces instruments de défense et de critique qui disparaissent. De ce point de vue, Internet, comme l’avait d’ailleurs parfaitement entrevu Pierre Bourdieu à la fin de sa vie, concentre aujourd’hui l’essentiel de cette résistance. Lieu de tous les spontanéismes, ce nouvel espace fut pourtant massivement investi par les logiques de dépolitisation. Combien d’intellectuels serviles, toujours à la recherche d’une promotion dans les lieux médiatiques de plus grande visibilité, pour mettre en avant l’impossibilité de voir émerger de ce nouvel espace autre chose que l’expression d’une haine, d’une hostilité destructrice.

 

  • Le politique n’existe pas sans combat et nous ne voulons plus combattre. Mais qui est ce nous ? Ceux et celles qui se contentent de voir le monde administré du point de vue de l’ordre, c’est-à-dire de la police. Mais quelle police ? « Le dernier mot à la crise doit être politique, issu du dialogue et de la concertation. Ce n’est pas un match Police – GiletsJaunes. » Cette phrase du CSPN (Commissaires Police Nationale) n’est pas prononcée par un des fameux politiques-experts mais par des citoyens qui ont, dans la cité, une fonction de police. Ils se retournent vers les politiques (qui n’en sont plus) seuls capables de donner corps à une conflictualité qui ne peut se résoudre dans un « match Police – Gilets Jaunes » commenté, tel un journaliste sportif, par le premier ministre français quand il ne parle exclusivement que des gilets jaunes « hooligans ».

 

  • Le constat est implacable. Ce qui reste de politique en France est en train, de reculs en reculs et de lois en lois, d’être criminalisé. Tout ce qui pourra créer demain de la conflictualité sans jouer le jeu de l’insignifiant spectacle dépolitisé aux mains des animateurs culturels (leur différence étant bien souvent qu’une question de goût et d’habitus de classe) sera traqué ou marginalisé. Nié. Cela n’existe pas. Cette analyse même existe à peine, pour quelques lecteurs eux-mêmes marginaux. Ne pas hurler avec la meute, critiquer sans reste la stratégie d’exclusion des « extrêmes », l’instrumentalisation de la mauvaise rhétorique « brun-rouge », tout cela ne peut pas exister, ne doit pas exister. Dénoncer la dépolitisation des écoles de formation, le triomphe du management le plus abrutissant, la vacuité de discours supposés républicains, autant de mauvaises manies qui ne peuvent que « jeter de l’huile sur le feu » contre la « volonté d’apaisement » et le « retour à l’ordre ».

 

  • Faute de trouver des interlocuteurs sérieux, l’affrontement ne peut que se durcir.  C’est ce que vise toujours un gouvernement qui cherche à imposer à tous un ordre dépolitisé du monde. La crise dramatique que nous vivons est pourtant essentielle à comprendre. On ne peut pas décemment gloser sur le politique, le philosophique ou la culture sans interroger la nature des sociétés dans lesquelles nous vivons et pensons. Il en va de la responsabilité de ceux qui ont le temps (à condition de dormir peu) et les moyens de rendre intelligible une lutte fondamentale pour la démocratie française. Pour des raisons de justice sociale, évidemment, mais aussi, et fondamentalement, pour savoir dans quelle société nous voulons vivre demain. Nous, nos enfants et ceux qui croient encore aux valeurs de la République française.

 

L’affligeant discours martial du premier ministre Edouard Philippe, ce déni de la conflictualité politique, est une honte politique et ne laisse évidemment rien présager de bon pour la suite.

 

(1) Matthias Roux, J’ai demandé un rapport, Paris, Flammarion, 2011.

(2) Pierre Bourdieu, Conférence donnée à l’Institut français de Berlin, 2 octobre 1992.

Le politique au-delà du spectacle

Le politique au-delà du spectacle

  • Cela fait des décennies que la mise en spectacle politique, entretenue par une petite armée de parasites médiatiques, particulièrement improductifs mais hautement nuisibles à l’intelligence collective, démembre la souveraineté populaire sans laquelle la démocratie n’est qu’un mot pour faire joli. Ce démembrement, orchestré à la fois par la gauche divine, côté morale, et la droite réaliste, côté économie, a permis d’effacer progressivement le sens et la finalité de ce que devrait être l’action publique : l’intérêt général. Ce spectacle depuis deux mois redouble de virulence. Aux anciennes marottes (extrême gauche, extrême droite) s’ajoutent de nouvelles : les bruns-rouges, les anti-démocrates, les séditieux. D’aucuns s’aventurent même à faire d’étonnantes cartographies des groupes les plus radicalisés dans le jargon. Quelques minutes passées sur des sites en ligne, deux trois liens découverts et l’évidence saute enfin aux yeux : les factieux sont là, forcément racistes, antisémites, homophobes, nationalistes, fascistes.

 

  • Dans les cortèges de gilets jaunes à Bordeaux, j’ai entendu très peu de mots d’ordre auxquels il pourrait être répondu par une simple mesure technique. Quelques panneaux « RIC », des chants, des marseillaises, quelques fumigènes, des « Macron démission », des pétards. Contrairement aux tristes manifestations où chacun se range en ordre processionnaire derrière le gros ballon de sa centrale syndicale, les gens se parlent. Un sentiment domine, celui d’appartenir à une communauté de destin, un corps insécable. Si on tend bien l’oreille, c’est la trahison de l’Etat qui ressort et derrière cette trahison énoncée une question de légitimité et d’injustice. Mais derrière tout cela encore, le fond obscur se présente comme une involution fatale de la société du spectacle face au politique.

 

  • Le monde est devenu plus petit, les liens sont plus courts, l’information, sans juger de sa qualité, est quasiment immédiate. Un homme d’une soixantaine d’années s’énerve sur son téléphone portable, pestant contre une chaîne d’information qui annonce mille manifestants à Bordeaux. Ce qui est vécu est aussitôt comparé avec la narration en continu qui vient redoubler la situation présente. Il est faux de dire que cette chaîne d’information serait notre nouvelle ORTF. C’est l’enterrement définitif de la télévision d’Etat, la fin symbolique de l’ORTF justement qui se joue. Cette fin nous précipite dans autre chose, une situation inédite qui nous oblige à repenser les cadres imaginaires de la représentation politique.

 

  • L’épreuve d’une distorsion entre la bonhomie du défilé et les images de violence qui apparaissent sur les écrans est un thème de discussion. Nous sommes la réalité contre les simulacres, semble dire cet homme en filmant la scène. Pour cette raison, ce mouvement politique n’a aucun précédent dans l’histoire et toutes les comparaisons seront également vaines. Il est le premier mouvement politique révolutionnaire qui éprouve quasi immédiatement la réalité de ses effets, qui se filme, se scénarise en continu. Rien ne peut lui échapper. Il absorbe et destitue toutes les narrations traditionnelles précipitant le vieux monde de la représentation dans le passé. Il est en avance sur le spectacle, le déjoue en allant plus vite que lui. Il est ainsi animé par une forme d’ironie fatale qui ne laisse aucune chance aux représentations officielles du pouvoir. Cinq mille manifestants déterminés peuvent être vus par des millions, produire des affects politiques en un clic à l’autre bout de la France.

 

  • Autant dire que le pouvoir politique ne pourra plus mentir comme avant. Curieuse ironie quand on sait l’usage massif qu’il fait de ces fameuses fake news, ces divertissements qui nous détournent du problème de fond : l’impossibilité de construire l’opinion collective en centralisant les organes de médiation quand nous sommes tous devenus des faiseurs de spectacle et des démystificateurs du spectacle dans le spectacle. Peut-être est-ce le temps de la maturité politique, l’heure à laquelle nous devons révéler la nature du grand secret ? En réalité, il n’y a rien d’autre, vous savez tout, le secret c’est qu’il n’y a pas de secret du pouvoir. Oui, des intérêts économiques puissants vous exploitent. Oui, la démocratie, c’est du bidon. Oui, les discours servis sont cyniques. Oui, nous vous mentons. Oui, nous n’avons rien d’autre à vous proposer. Oui, nous sommes meilleurs que vous puisque nous sommes là. Voilà tout.

 

  • Le mouvement des gilets jaunes est celui d’une désillusion terminale. C’est aussi pour cela que les revendications ne l’épuisent pas. Il veut faire enfin cracher le morceau à un pouvoir qui ne peut plus tromper, qui ne fait plus illusion, ce pourquoi d’ailleurs il est aussi violent. « Oui, je suis un malin, un faux politique, un philosophe bidon, et je vous ai bien arnaqué », voici certainement la seule phrase réellement politique que Macron pourrait prononcer. Elle ferait à coup sûr de lui un grand personnage de l’histoire de France. La révélation du secret des familles, un secret de polichinelle mais qui seul pourrait faire encore événement. Le reste est déjà joué.

 

  • La suite ? Trouver les moyens de faire en sorte que le politique fasse encore illusion, que les citoyens français aient encore le désir de se représenter comme un peuple souverain, maître de son destin et de ses lois. Déterminantes, les motivations financières ne sont pas le tout de ce mouvement. Le ramener à cela est une insulte et l’expression d’un profond mépris. Vous ne pouvez plus nous tromper de la sorte, autrement dit être les seuls acteurs de la production des représentations légitimes et des simulacres, telle est l’idée. Ainsi l’arrestation scénarisée d’une figure du mouvement. Grand moment de simulation où le pouvoir se retrouve pris au piège d’une répression rendue immédiatement visible et recherchée dans une implacable inversion de la mise en scène. Nous communiquons mieux que vous, nous avons nos médias, c’est ainsi que répondent les pécores aux plus malins qui ne jurent que par la communication et les éléments de langage.

 

  • La seule issue sera par conséquent de faire sortir le politique de ce vide entretenu pour désamorcer toute critique. Produire des contenus qui ne soient plus réversibles dans le spectacle, des valeurs qui ne soient pas des coups de communication et des idées qui résistent à leur retournement médiatique. Emmanuel Macron sera l’acmé de ce processus de déréalisation politique, un point de rebroussement, ou le commencement d’une nouvelle ère marquée par la disparition définitive du politique comme capacité collective de se représenter, d’imaginer un ordre symbolique autre qu’économique. Je ne vois guère que les grands idéaux républicains pour insuffler ce sursaut, à condition qu’ils renvoient à des pratiques effectives en combattant sans relâche les marchands de faux nez.

La République en marche est aujourd’hui celle de la rue. L’autre disparaîtra aussi vite qu’elle est arrivée.

 

Jean Jaurès contre l’oligarchie financière

Jean Jaurès contre l’oligarchie financière

Les citations de Jean Jaurès sont extraites d’un article de la Dépêche du Midi, daté du 27 juin 1892, intitulé « Crédit démocratique ».

  • Pour Jean Jaurès, la question de la Banque (une majuscule dans ses articles pour désigner la banque de France) était « la plus grande question économique et sociale (…) posée devant la démocratie française. » Pour cela, écrit-il, « il faut arracher l’industrie et le commerce, surtout la moyenne et petite industrie, le moyen et le petit commerce aux banquiers. » Ce qui est en jeu, à travers le taux d’escompte, n’est autre que le prix de l’argent. « Le tribut énorme prélevé sur les affaires », ce qui correspond aujourd’hui à des transferts massifs de capitaux mobiles vers des capitalisations qui ne soutiennent pas l’économie réelle, contrairement à l’idéologie servie pour promouvoir le CICE, est un « obstacle formidable au développement des transactions et du travail. » Les plus puissants actionnaires des banques, à la fin du XIXe siècle comme aujourd’hui, sont des banquiers qui n’ont aucun intérêt à ce que la Banque appartienne à la nation. Ainsi, ajoute Jean Jaurès, « nous sommes dans cette situation intolérable, que la Banque, dite Banque de France, qui devrait affranchir le travail national de l’onéreuse tutelle des banquiers, appartient, non à le France, mais aux banquiers. »

 

  • Afin de se débarrasser de cette tutelle (nécessaire pour escompter les papiers émis), Jean Jaurès envisageait d’instituer, auprès de chaque succursale de la Banque de France, un conseil d’escompte élu au suffrage universel et composé de commerçants et d’industriels ressortissant à cette succursale. Un conseil régional en quelque sorte. Dans l’intérêt des commerçants, le conseil aurait intérêt à émettre des crédits tout en veillant à s’auto-limiter. Un système d’assurance permettrait de couvrir les pertes. Il serait réparti au prorata des affaires avec la banque de ces commerçants et industriels élus. Pour autant, cette prudence ne devait pas empêcher d’émettre des crédits afin de ne pas grever l’économie. Quel meilleur système qu’un dispositif électif d’auto-contrôle qui verrait s’effondrer le privilège des banquiers tout en abaissant le coût de l’argent? Dispositif renforcé par la possibilité qu’aura la Banque de France de recevoir des dépôts, de développer son émission de billets et de prêter à un taux bas. La vraie opposition politique, le combat le plus essentiel pour la démocratie française, n’est absolument pas, pour Jean Jaurès, entre les libéraux économiques et les collectivistes égalitaristes mais entre ceux qui entretiennent ce qu’il appelle « le privilège bancaire » et ceux qui veulent rendre la Banque à la nation.

 

  • La question est simple et simplement posée : « Comment obtenir qu’une Banque, appartenant à des banquiers, à des financiers, entre en lutte sérieusement, sincèrement, contre les banquiers et les financiers ! » Pour que la démocratie puisse se servir de « ce merveilleux instrument d’émancipation et d’action qui s’appelle la Banque », il faut qu’elle soit « souveraine maîtresse et qu’elle n’introduise pas dans la maison même, avec des clauses en apparence, rigoureuses, une oligarchie financière hostile. » 

 

« Je crois que l’on sera réduit à ce dilemme : ou bien laisser la Banque aux actionnaires, aux conditions actuelles, et renouveler purement et simplement le privilège, comme le proposent, en somme, la commission et le gouvernement ; ou bien, faire décidément de la Banque une banque d’Etat. »

 

  • Voilà ce qui a toujours été inacceptable pour l’oligarchie financière, voilà aussi ce qui rend vains les bavardages de ces minables éditorialistes, ces perruches aux ordres, qui ne soulèvent jamais le fond du problème : la soumission d’une nation à un pouvoir financier anti-démocratique. Ainsi fait, « la nation aura une puissance financière énorme : et elle pourra racheter tous les privilèges qui pèsent à l’heure actuelle sur le travail. » Les mêmes qui mettent en avant la supposée spoliation d’un système dit « socialiste » le font sans jamais remettre en question le pouvoir de l’oligarchie financière et la main mise des banques privées. Ce qui est en jeu reste la mobilité des capitaux au service de l’intérêt de la petite et moyenne industrie. « C’est dans le crédit national et démocratique, qu’est la solution tranquille du problème social. » 

 

  • Ce n’est pas le socialisme de Jaurès qui précipite aujourd’hui la France et bientôt l’Europe toute entière dans un chaos social qui ne pourra que s’aggraver mais cette « deuxième droite » qu’a très bien dépeint Jean-Pierre Garnier et dont Emmanuel Macron est le dernier surgeon. Une façon de gouverner qui engraisse l’oligarchie financière en dépossédant la France de sa souveraineté bancaire avant de faire payer l’addition au peuple par un odieux chantage à la dette insolvable. Le tout servi par une armée de traîtres à la démocratie, aujourd’hui au pouvoir, entourés de députés godillots dépolitisés et bien souvent abrutis à la communication d’ambiance. Le comble de l’obscénité est atteint quand ces fossoyeurs de la nation se présentent, flash-ball et grenades aux poings, comme les derniers remparts de la démocratie contre les « extrêmes », mieux comme les héritiers des Lumières contre « les foules haineuses ». Assurément, Jean Jaurès en faisait partie, lui qui voulait la paix et qui en est mort.

 

  • « Ce sont ces puissants théoriciens idéalistes (Louis Blanc, Proudhon), si dédaignés par une génération impuissante ou corrompue, qui seront les guides de la République de demain : c’est leur pensée réveillée qui nous sauvera à la fois de l’injustice et de la violence. » Jean Jaurès est aux antipodes de ce libéralisme libertaire taillé pour les petits hommes que nous devenons, libres dans la mesure, note très justement Maurizio Lazzarato, où ils assument « le mode de vie (consommation, emploi, dépenses sociales, impôts etc.) compatible avec le remboursement. » (1) Les divertissements sociétaux ont pour principale fonction de recouvrir le vide abyssal du politique quand il s’agit de questionner notre rapport à la Banque.

 

  • La haute bourgeoisie industrielle et commerciale a toujours raillé « les grands socialistes de 1848 ! » Ce n’est pas nouveau. Mais son triomphe idéologique en un siècle et demi aura été de réussir à incorporer dans ses rangs des hommes et des femmes sur lesquels elle se paie et prospère grassement tout en leur faisant la leçon. Que ce rapport de force s’inverse et le spectre du populisme est aussitôt brandi, de l’extrémisme et bientôt, n’en doutons pas, du fascisme. C’est aussi pour cette raison que l’oligarchie financière porte le fascisme comme la nuée l’orage. Elle préférera toujours la guerre à la paix des nations, le marché commun, ce qu’elle appelle dans sa fausse langue « l’Europe démocratique », à la République qui peut seule nous sauver de l’injustice et de la violence.

 

  • Il s’agit bien là d’une révolution, celle qui prend le mal à la racine. « Le crédit est excellent pour la démocratie », conclut Jean Jaurès, à condition que cette excellence soit au main de la souveraineté, instrument essentiel de la République. Il s’agit donc de réunir les forces de la nation contre un pouvoir fait pour démembrer la souveraineté, pour promouvoir à outrance les droits anti-sociaux, dans la terminologie de Joseph Proudhon, et faire payer au prix fort les droits sociaux. Ces forces doivent être féroces car le pouvoir qu’elles affrontent est sans pitié. Il a pour lui l’évidence du siècle. Du degré de politisation des citoyens dépendra la force et l’issue de cette révolution. La République a aussi cette mission historique : faire sortir les hommes de l’optimisme ignorant et de l’égoïsme béat. C’est pour cette raison que son école est aussi attaquée.

 

« Ces forces auront raison des prétentions insolentes de l’oligarchie financière, servies, dans les chambres de commerce, par l’optimisme ignorant et l’égoïsme béat de l’oligarchie bourgeoise. »

(1) Maurizio Lazzarato, La fabrique de l’homme endetté, Essai sur la condition néolibérale, Editions Amsterdam, 2011, p. 28.