« Un petit air narquois » ou la vraie nature du mépris

« Un petit air narquois » ou la vraie nature du mépris

(Photo @LucieSoullier, le Monde)

« Macron, il ne comprend pas les gens qui n’ont pas de fric, j’en peux plus de son petit air narquois. »

  • Le « petit air » dont il est ici question, perçu par des hommes et des femmes qui ne partagent pas les codes du cynisme mondain, relève de la violence symbolique. Dans les marges, pourtant essentielles, de la violence économique, des questions de salaires et de pensions, de taxes et de dégradation des conditions de vie matérielles, un autre combat se joue. Ce « petit air » ne date pas d’hier soir, cette morgue, cette façon condescendante de se situer face à l’autre étaient là dès le début et accompagneront jusqu’à la fin le mandat présidentiel d’Emmanuel Macron.

 

  • Autant l’irascibilité de Jean-Luc Mélenchon agace les laborieux faiseurs d’opinion collective, trop incarnée, autant « ce petit air » ne fait pas problème pour eux. Ils en sont aussi et flottent comme lui, rictus au coin des lèvres, au-dessus d’une société qu’ils n’habitent qu’à la marge. Pour une large part de la médiasphère française, l’arrogance est de droit, ce « petit air » commun. Editorialistes surpayés, experts paternalistes, journalistes culturels qui usurpent des titres surfaits relativement à la valeur réelle de ce qu’ils produisent.

 

  • Ce « petit air narquois » c’est celui d’un système de domination symbolique qui n’est plus pensé. Il vient couronner l’obscénité d’une caste qui s’octroie tous les titres et qui cligne de l’œil. Il est le rictus facial d’un ordre unique qui a érigé la fausseté et le simulacre en principe de pouvoir. L’ordre des plus malins qui ignorent la profondeur des valeurs qu’ils singent et qu’ils pastichent. En une formule simple, cette manifestante en gilet jaune résume l’ampleur du problème.

 

  • Comment faire comprendre à une clique pétrie d’habitus de classe qu’elle ne représente qu’elle ? Nous avons oublié la puissance des effets de la violence symbolique du pouvoir. Il suffit d’un rictus pour éliminer les vaincus, d’un sourire condescendant pour effacer un homme. Pour percevoir cela, y être sensible, il est nécessaire de quitter la bouillie mondialiste, la globalglose délirante des économistes planétaires, les analyses bouffonnes des experts de la soumission qui justifient la spoliation des peuples au profit d’intérêts qui leur échappent totalement. Il faut regarder l’homme en face, le jauger dans les yeux. En face, qui y a-t-il au juste ? Quelle est la valeur humaine, la profondeur sensible, de ce parti fantoche exclusivement structuré par l’arrivisme mondain ?

La populace qui gueule a ses défauts et ses grossièretés mais elle perçoit parfaitement ce que les laquais du pouvoir ne percevront jamais : la vraie nature du mépris.

 

 

 

 

 

Méprise

Méprise

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  • Le mépris ? Ai-je du mépris ? Je constate l’état des forces en présence, la logique promotionnelle, celle qui décide ce qui doit être lu et offert au public. J’observe depuis dix ans les renvois de courtoisie, la main mise des médias de masse sur la diffusion des idées. Je déplore la disparition d’un espace critique et politique digne de ce nom, la réduction de la réflexion à un commerce. Je note la lâcheté et la couardise de ceux à qui je m’adresse. J’accuse un milieu spectaculairement endogène qui se cache derrière la culture pour ne pas se mouiller et sauver sa gamelle en paraphant l’existant.

 

  • Dans le fond, tout est presque foutu. La gauche critique n’existe plus, le marché a tout avalé. Du moins dans sa forme inchoative, anarchisante, corrosive, violente. Radicale ? Radicale. Je rêve d’une vie intellectuelle réouverte dans laquelle les coups partiraient. Mais les publications narcissiques insipides, les essais de rien du tout, la pâte à papier journalistique dégueule sur les étals du marché. Aucune vie, aucune sève. Un formatage opportuniste, un recyclage de la presse au livre, un massacre inaudible qui ne fait l’objet d’aucune contestation. Des objets de pensée miniaturisés. Little philo. Dans la course à la médiocrité, à chacun son couloir. Des pages publicitaires ventent un tel, encensent un autre sous le titre « critique littéraire ». De gros bandeaux rouges encerclent la vanité et le patronyme. Je les cite, ils sont connus de tous. Est-ce moi le criminel ? Est-ce moi le salaud ? Est-ce moi le visible ?

 

  • Ce qui est inacceptable en régime de positivité intégrale, c’est que l’on puisse vouloir la non-réalisation d’une chose ou d’une idée. Les positifs appelleront cela frustration, vengeance, ressentiment, mépris. Je les fais moutons et ânes. Qu’est-ce que l’Empire du Bien sinon ceci : la réalisation de tout, l’optimisation maximale d’une réalité intégrale où rien ne se perd. C’est ainsi que la programmation planifiée de la fête vous dégoûtera de la fête, que l’organisation rationnelle des voyages vous fera vomir les voyages, que la planification étatique de la culture suscitera en vous le dégoût de la culture, que l’épandage massif de philosophie en magazines vous incitera à brûler la bibliothèque.

 

  • Alors mon rêve, oui, le rêve de Krank, s’est transformé en cauchemar. Un cauchemar labyrinthique aux mille visages. Un cauchemar chaotique d’où sortent des coups. Un cauchemar à déchanter, à démolir, à dévoter. Un joyeux cauchemar pour notre temps. Un cauchemar à la hauteur. Condescendance ? Non plus. Déchirure. En situation de légitime défense, je cherche des armes fatales qui arracheraient enfin un bout du morceau. Travail monstrueux et dérisoire. Travail  inaudible.

 

 

Brunch Macron, 8 mai 2017

Brunch Macron, 8 mai 2017

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« Ne perturbez pas les gens, mettez vous à table. »

Karl Kraus, Die Fackel, 1901

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  • Réveillez-vous, l’orgie d’optimisme libéral s’étale comme du sirop d’érable. La bonne odeur des croissances économiques gonflent vos narines. Venez faire votre beurre avec un code du travail allégé. Les jus frais des communicants sont servis à volonté. Voluto le dimanche de 16h à 21h ou ristretto le 8 mai de 6h à 12h ? N’oubliez pas le buffet garni : com, audits, outsiders. Dépêchez-vous, les marcheurs du jour font déjà la queue. Chacun son plateau repas, son CDD et sa gamelle. Flexisécurité, flexibrunch.

 

  • Ne dites surtout pas que les hommes sont prêts pour le service, vous risqueriez de choquer les bienheureux. Les lendemains de cuite démocratique sont extatiques. Ambiance feutrée, hymne européen et  flute de paon pour la touche musique du monde. Réveil en douceur. Un peu de presse ? Le Monde peut-être ? « Le triomphe de Macron ». Libération ? « Bien joué ». L’Express ? « Le kid ». Les échos ? « La France qui ose ». L’Obs ? « Les 100 avec qui il veut réformer la France. » La télé ? « Bonaparte avait à peine 30 ans ». Un smoothie ?

 

  • On est bien. La reproduction du capital rencontre sereinement la volonté de ses sujets. Ils en veulent ; buffet à volonté. D’aucuns parlent encore de capitalisme en oubliant qu’il est devenu la seconde nature des sujets qu’il produit, qu’il informe et qu’il brunch. Qui peut encore penser le dépassement d’une société donnée quand il barbotte depuis des décennies dans une confiture séculaire tartinée en continu ? Qui peut trouver la force de renoncer en conscience à toutes ces douceurs spirituelles, à tout ce sirop ? Qui veut injecter du négatif dans cette ambiance feutrée, démocratique, libérale, ouverte, tolérante, fraternelle ?

 

  • Pourtant la négativité existe. Elle est là, en chacun de nous, empêchée par des inhibiteurs de dégoût. Une saine nausée, un magnifique reflux de l’âme qui viendrait perturber ce beau buffet libéral. Une joyeuse envie de dégobiller, un glorieux désir de gerbe matinale.  N’en parlez pas à votre voisin, il risque d’appeler l’estafette qui ramasse les fous. Aucune folie, aucun délire dans cette saine résistance au brunch Macron. Vous êtes encore en vie dans une époque faite pour votre rejet. Nous n’avons qu’une vie à vivre, l’évidence mérite d’être écrite. Si nous ne choisissons pas les plats du buffet servi, à nous de savoir si nous voulons en être. « L’écrivain est en situation dans son époque  : chaque parole a des ressentiments. Chaque silence aussi. » (1)

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(1) Sartre, 1945

 

 

 

 

Reality Macron

Reality Macron

La démocratie gagne et rassemble les siens

Macron est le champion de l’Empire du bien

Ne sifflez pas, regardez les

Des turbogédéons, des cyber franciliens

Les recettes sont vieilles, usées jusqu’à la corde

Les conflits sont finis, jamais plus de discorde

Ne sifflez pas, regardez les

Des milliers de nimbus sautillent à la concorde.

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Political bridge

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Cuba c’est du passé, admirez les marchants

L’esclavage est en vous, plus besoin de tyran.

Face à l’horrible bête, il a fait triompher

Les valeurs de la France et l’honneur des banquiers.

 

De quelle liberté, êtes-vous les héros ?

Pour quelle société levez-vous vos drapeaux ?

Insensibles au néant qui tapisse vos vœux.

Vous choisissez l’image, l’irréel et le creux.

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Pont musical / political bridge x2

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Dégagez les extrêmes, détournez-vous des cieux 

En marche vers la bouillie, elle est juste au milieu

Ne sifflez pas, regardez les

Des milliers d’adaptés, autant de bienheureux

La démocratie gagne et rassemble les siens

Macron est le champion de l’Empire du bien

Cuba c’est du passé, admirez les marchants

L’esclavage est en vous, plus besoin de tyran.

Quelle liberté ?

Quelle liberté ?

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  • Toute doctrine totalitaire part du principe que l’individu est l’ennemi, que la liberté est l’ennemi, que toute singularité doit être combattue. Dispositif coercitif couteux qui suppose, ultimement, l’usage de la force. L’énorme dépense d’énergie pour arriver à cette forme de domination libère en retour des forces de résistance. Le totalitarisme porte toujours les germes individuels de sa propre destruction. Il réveille l’autonomie des sujets et se condamne à disparaître.

 

  • Il est beaucoup plus efficace pour dominer durablement de tenir le discours de l’épanouissement individuel, de la liberté de choix, de favoriser la singularité en se donnant ensuite les moyens de les exploiter au mieux. L’autotalitarisme dans lequel nous sommes entrés exploite les ressources de la domination cognitive pour accomplir un ordre parfaitement contraire au réveil de l’autonomie des sujets. L’autotalitarisme valorise à outrance l’autonomie marchande en brandissant systématiquement la menace du totalitarisme historique afin d’enterrer l’autonomie politique des sujets. La menace joue à plein.

 

  • Les idéologues de la liberté, certains de bonne foi, formés à la culture classique idéaliste d’une philosophie de l’homme et de l’émancipation, font ainsi le jeu des pires aliénations mentales. En neutralisant toute critique qui ne tient pas le discours de l’émancipation et du progrès, ils soudent la liberté et le marché. Les philosophes en vue tiennent aujourd’hui le discours que le capitalisme cognitif veut entendre, celui d’un individu autonome qui agit toujours dans le sens de son intérêt rationnel. A charge pour les nouveaux maîtres de répondre rationnellement à cette demande.

 

  • Si l’on substitue aux théories de la liberté les pratiques de la liberté, on constate aussitôt l’irréalisme d’une anthropologie abstraite de la liberté inadaptée aux nouveaux pouvoirs coercitifs qui pèsent sur l’individu soi-disant libre et singulier. L’anthropologie des Lumières se fracasse aujourd’hui sur une anthropogenèse cognitive, une production de l’homme, qui utilise le discours de l’autonomie théorique pour mieux l’exploiter pratiquement. Dans ce contexte inédit, une critique historiquement conséquente ne peut que saboter les dispositifs de production de la liberté.

 

  • Dans une logique défensive, l’autotalitarisme fera resurgir le spectre du totalitarisme (dictature, fascisme etc.), mettra en avant les vieux concepts de l’émancipation (liberticide, autocratique etc.). L’histoire intellectuelle et politique de cette lutte inédite ne fait que s’ouvrir.

Le silence de Jean-Luc Mélenchon

Le silence de Jean-Luc Mélenchon

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  • Il est toujours souhaitable de se poser les bonnes questions. Pour quelle raison le silence de Jean-Luc Mélenchon, en vue du second tour de la présidentielle, suscite autant de considérations morales et si peu d’analyses politiques ? C’est que la morale est compatible avec la logique économique en cours. La politique, beaucoup moins. Là encore, nous suivons le modèle américain. A intervalles réguliers, de grandes purges morales médiatiques réactivent l’implacable logique de domination économique et financière. Pour des raisons d’arithmétiques électorales, d’histoire contemporaine, de matraquage médiatique,  de démonologie et j’en passe, post-it Macron est déjà président de la République et il le sait. J’entends aussitôt le philosophe de salon, ton suave et œil de biche :  – vous vous arrangez avec votre conscience. En choisissant de ne pas choisir, ce qui est un choix (relisez Sartre), vous laissez faire à d’autres ce que vous n’assumez pas de faire vous-même. Autrui aux mains sales vous permet de garder votre belle âme propre. D’ailleurs, si tout le monde faisait comme vous, Marine Le Pen, ce que vous ne souhaitez manifestement pas, homme de mauvaise foi, serait élue le 7 mai. Cela contredirait en passant votre premier constat.

 

  • Vous noterez à quel point cette causerie morale nous écarte de la question politique. Jean-Luc Mélenchon ne fait pas la morale de l’info, il n’a rien d’un curé déguisé sous le  maquillage moderniste du philosophe dans le vent ou de l’économiste en vue. Les deux se tiennent aujourd’hui la main pour fournir aux post-it macronisés du nouveau monde leur assise idéologique. Jean-Luc Mélenchon fait de la politique. Cela signifie qu’il cherche à peser, comme d’autres,  sur l’institution de la société, sur ses choix fondamentaux auxquels, abstentionnistes ou pas, nous devrons nous plier car il feront demain – plus sûrement cet été en douce – force de loi. Comme tout politique, il a lu, avec post-it Macron, son Machiavel. Il est aussi stratège. Quelle est donc la meilleure stratégie politique à adopter afin de sortir du jeu de dupe qui consiste à brandir, à intervalles réguliers, l’épouvantail Front national, ce diable utile, afin de ne surtout rien changer (1) ? A côté de cette réflexion politique, virile au sens machiavélien,  les considérations des perruches morales philosophes et autres courtisanes économistes sont de peu de poids. Derrière Jean-Luc Mélenchon, sept millions d’électeurs qui n’ont choisi ni le Front national ni la bouillie Macron servie à des citoyens en coma festif dépassé. Que cette masse d’électeurs soit hétérogène est une chose – toutes les masses le sont – qu’elle puisse être réduite à une broderie morale en est une autre.

 

  • Libération, le lendemain du premier tour, page 3, étale sur une demi page, en gros caractère : « MACRON UN CENTRE ANTI-POISON. Dernier rempart contre le Front national de Marine Le Pen, la météorite d’En marche réussit son pari de se placer au-dessus du clivage gauche-droite. Benoît Hamon et François Fillon ont déjà appelé à faire barrage. » (2) Météorite pour Libération ; fusée pour le Nouvel Obs. La conquête spatiale de Jacques Cheminade n’est finalement pas si loin. Voilà ce que le journalisme « critique » dit de gauche, dans ses pages Idées et Rebonds, propose aujourd’hui à ses tous derniers lecteurs. Mais cette indigence politique et stratégique peut encore compter sur le renfort des perruches philosophes et des courtisanes économistes. Télévision, radio, Internet, show, prime, punchline, tout est bon pour venir au secours d’une presse moribonde.

Le centre anti-poison Macron recrute tous ceux qui feront demain barrage au Mal et aux extrêmes.

 

  • Dans ce contexte, le silence de Jean-Luc Mélenchon est certainement le seul acte politique de cette campagne électorale. Dans cet étau, entre économisme et moraline, toute la difficulté consiste à créer un espace politique autonome. Nombreux seront les fins esprits, armés de quelques arguments, qui railleront cette tentative. Jean-Luc Mélenchon, l’ancien du PS et son gros ego holographique. Les urbains insoumis branchés et leur vote tendance. La horde de cyber activistes et leurs jeux vidéos en ligne. Autant de portraits qui pourraient avoir leur pertinence s’ils n’étaient pas aussi les alliés objectifs d’un processus de dépolitisation en cours, processus qui laisse les mains libres aux pires salopards. Ceux-là ne veulent surtout pas de politique et de la critique qui vient à sa suite. Encore moins d’une philosophie qui fournirait des armes intellectuelles aux âmes perdues de la grande cause mondialiste. Ils veulent, sur toutes les chaînes et à toutes les heures, des moralistes philosophes, ces curés du nouveau monde, et des experts économistes pour faire passer les plats des soubrettes financières au pouvoir. Ils veulent dépasser les vieux clivages, les anciens conflits. Ils veulent la paix des commerces, la soumission  du plus grand nombre et des petites bougies les soirs d’attentat. Marine Le Pen, qui ne brille tout de même pas par son intelligence, est leur allier objectif. Ce sera encore le cas le 7 mai.

 

  • Il est donc temps de savoir ce que nous voulons. Sauver le Bien ou faire de la politique. Baratiner à la radio avec des bribes de Jean-Paul Sartre ou résister tant bien que mal au processus de liquidation en cours en pensant un peu. Faire les malins ou sauver notre peau. On me demandera peut-être quel est mon intérêt, en quoi suis-je concerné par cette résistance, moi qui suis professeur de philosophie dans l’Education nationale. La réponse tient en peu de lignes. Il existe un rapport très étroit entre la philosophie et le politique, un rapport essentiel. Post-it Macron ne me contredira d’ailleurs pas sur ce point, lui qui est passé d’un mémoire sur Machiavel à la commission Attali, d’une pseudo collaboration avec Paul Ricœur au ministère de l’économie et des finances.

 

Sans politique, la philosophie est la morale des curés ; sans philosophie, la politique est l’état de fait des salopards.

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(1) Dans la novlangue politique, « en marche » est un jingle pour annoncer la prochaine saison. « A suivre… » marche aussi.

(2) Libération, 24 avril 2017. Pour faire barrage, n’oubliez pas de consulter le Lexique de lepénologie pour le second tour.

 

 

 

Régis Debray et Guy Debord – Amnesia in the Amnesia ?

Régis Debray et Guy Debord – Amnesia in the Amnesia ?

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« Le réflexe d’internationalisme, que les spécialistes des coexistences pacifiques et des guérillas exotiques avaient prématurément enterré dans l’oubli ou dans les oraisons funèbres du stupide Régis Debray ».

Enragés et situationnistes dans le mouvement des occupations, 68

« Parce qu’il circule sur le réseau, à côté d’informations utiles, et faute de filtres, une infinité d’inepties, d’inexactitudes et de malveillances qui font brouillage, en sorte qu’une mise au clair et au net peut s’avérer utile. Car des deux choses qui menacent le monde, l’ordre et le désordre, la deuxième semble aujourd’hui la plus menaçante. »

Régis Debray, 2007

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(reprise septembre 2007)

  • Matinée du 29 novembre 2016. Le peuple cubain – vous avez dit populisme  ? – s’amasse Place de la Révolution à Cuba pour rendre un dernier hommage à Fidel Castro. Patrick Buisson – vous avez dit Aufkläreur ? – cite Guy Debord sur les ondes de France Inter. Régis Debray – vous avez dit révolutionnaire ? – est passé de Cuba « au deuil de l’histoire comme accomplissement d’un grand destin. » (Le point, septembre 2015). Avant de faire le deuil de l’histoire, relisons ses archives.

 

  • L’archive en question s’intitule Les pleureuses du printemps. De quoi nous réchauffer mi-novembre. Elle est datée du 13 juin 1977 dans Le nouvel observateur. Dans ce texte, afin de contrer la médiocre poussée télévisuelle des « nouveaux philosophes », dont l’inénarrable Bernard-Henry Lévy, Régis Debray convoque Guy Debord et Raoul Vaneigem, La société du spectacle du premier ; le Traité du savoir-vivre du second.

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« « La société du spectacle » est de 67, comme le « Traité du savoir-vivre ». Cette critique en raison de la vie quotidienne n’est pas seulement superbe : elle constitue l’une des deux tentatives de pensée postmarxiste qui se soit fait connaître du public. Le bouleversant paradoxe étant qu’elle est construite avec des instruments pour l’essentiel prémarxiste. En gros : Vaneigem et Debord, c’est Feuerbach se retournant sur Marx. Que l’anachronisme ait pu atteindre à cette actualité, que Feuerbach puisse fonctionner après et contre le marxisme d’institution, voilà une question de fond dont je ne comprendrai jamais pourquoi elle ne tracasse pas plus les docteurs de la loi. Je m’étonne néanmoins que personne n’ait encore pensé à laisser deux chaises vides dans les débats et colloques sur l’air du temps, pour ces deux hommes sans visage et sans nom qui surplombent de haut la myriade de petits cousins qui les pillent depuis une décennie ». (1)

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  • Comparons ce texte à un autre, du même Régis Debray, publié en 2007. Un petit essai intitulé L’obscénité démocratique, dans la très courtoise série des Café Voltaire, renouveau de l’esprit critique chez Flammarion par Régis Debray, Lionel Jospin ou Jacques Julliard. Dans le chapitre Un pilier de l’ordre nouveau : le situ. Debray, fidèle à ses premiers amours critiques et révolutionnaires, convoque La société du spectacle.

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« L’orthodoxie du jour a son bréviaire, La société du spectacle, et son pasteur trop tôt disparu Guy Debord. Le livre de chevet des pieds plats de l’an 2000 doit son prestige social à un trou de mémoire du gratin local. Les pros de la pub ont oublié qu’il s’agit là d’un remake, en style pseudo-nietzschéen, d’un canevas assez éculé, le fond de sauce de l’hypokhâgneux des années cinquante du siècle dernier, qui l’aidait à boucler n’importe quelle dissertation. »

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  • Debray, 1977 : « Cette critique en raison de la vie quotidienne n’est pas seulement superbe : elle constitue l’une des deux tentatives de pensés postmarxiste qui se soit fait connaître du public ». Debray, 2007 : « Les pros de la pub ont oublié qu’il s’agit là d’un remake, en style pseudo-nietzschéen, d’un canevas assez éculé, le fond de sauce de l’hypokhâgneux des années cinquante du siècle dernier ». On n’ose espérer, étant donné la créativité des variations sur le sujet, le Debray 2037 sur Guy Debord.
  • Une première lecture, la plus faible, consistera à dire que Régis Debray ne sait plus ce qu’il dit ou qu’il écrit n’importe quoi – ce qui revient à peu près au même. Cette lecture accorde, pour le dire à la façon de Michel Foucault, « une place prédominante au sujet d’énonciation ». Ici Régis Debray. On pourrait même se laisser aller à quelque psychanalyse sauvage de l’auteur. Sénilité précoce ? Refoulement d’un désir infantile ? Par déontologie critique, je préfère laisser à l’intéressé le paiement de ses séances.

 

  • Autrement plus féconde m’apparaît l’auscultation des raisons du retournement de veste. A la place d’une digression sans intérêt sur les états d’âme de Régis Debray, j’opte pour une confrontation terme à terme des énoncés produits. Appelons cela, avec tout le pompeux que réclame l’initiative, la méthode des calques. Etant donné qu’il est malaisé de saisir directement l’idéologie rampante de notre période, cyniquement déniaisée mais objectivement effrayante, l’entreprise consistera, par superposition des énoncés produits, à mesurer l’écart entre l’hier et l’aujourd’hui. Hier, La société du spectacle c’était une riche tentative de pensée postmarxiste. Aujourd’hui, un fond de sauce hypokhâgneux en style pseudo-nietzschéen. Hier, Régis Debray inscrivait le travail de Guy Debord dans une perspective élargie, à savoir la tentative d’une pensée postmarxiste. Sa lecture de Debord se faisait politique au sens où elle engageait le texte dans le contexte de la période. Aujourd’hui, le texte, coupé de son contexte, devient support d’un effet de plumeau mondain. D’une réflexion politique globale, la réflexion s’avachit en une mièvre remarque stylistique.

 

  • En 1977, Régis Debray se crispe sur Bernard-Henri Lévy. Un peu de Bernard-Henri Lévy, pour la nostalgie : « De quel lieu résister ? Cela va de soi : jamais plus nous ne serons les conseillers des Princes, jamais plus nous ne viserons le pouvoir » (3) Toujours du même : « Piteuse figure en fait, que celle de l’intellectuel « révolutionnaire », sel de la terre croit-il, fusilleur de réalité ». Et pour finir : « Nous voilà autrement dit dans la troublante position de n’avoir plus, pour trancher en politique, que les plus fragiles, les plus incertains outils. Il est temps, peut-être, d’écrire des traités de morale ». En 1977, le publicitaire du concept, Bernard-Henri Lévy, clame sa « morale provisoire« . Trente ans passés, les éditions Flammarion font passer pour un pamphlet critique une causerie de salon amnésique. Le café Voltaire ? « Un lieu de liberté et de conversation, comme a su en susciter l’esprit français, où l’on peut croiser Gambetta, Verlaine, Delacroix, ou encore Mallarmé. Plus tard, la proximité du mercure de France et de la librairie de Sylvia beach, y conduit Gide, Valéry, Larbaud et tous les Américains de Paris » (4). Magique.
  • Plus comique encore. Bernard-Henri Lévy jette en 2007, sur son bloc-note du Nouvel observateur, son regard d’aigle philosophe sur les grandes sentences de Régis Debray. « Au cas où vous auriez raté les précédents épisodes et n’auriez toujours pas bien saisi ce que Régis Debray veut dire quand il oppose, depuis vingt ans, « « Républicains » et « Démocrates », ce petit livre est pour vous. Il s’intitule « L’obscénité démocratique » (Flammarion) – titre qui a le mérite, déjà, d’annoncer franchement la couleur. On y apprend, entre autres plaisantes informations, que Guy Debord n’était qu’un plagiaire de Ludwig Feuerbach, lui-même « géniteur philosophique de Marx » ( sic ) » Quand l’anti-barbare à morale provisoire Bernard-Henri Lévy ironise en 2007 sur l’usage fait par Régis Debray de Guy Debord, le même Régis Debray qui en 1977 s’appuyait sur Guy Debord pour pointer l’inconsistance du même Bernard-Henri Lévy. Qui s’étonnera, quand l’amnésie fait figure de détermination en dernière instance, que Patrick Buisson cite Guy Debord, en 2016, sur la matinale de France Inter ?
  • Entre 1977 et 2007, Régis Debray a abandonné « la seule pensée qui ait été et demeure directement en prise sur 68, celle des situationnistes » (5) Sous le plumeau du médiologue vieillissant, dans l’esprit de Voltaire, mais le café mondain, La société du spectacle s’est transformé en bouillie pour potache. Au-delà de sa profonde niaiserie, le reniement de Régis Debray confirme en retour quelques thèses de La société du spectacle. Trente ans après, la banalisation par vague association mentale du mouvement situationniste fait office de critique impertinente  . Le texte de Debray se consomme dans le confort rondouillard d’une complaisance drapée d’ignorance. Le lecteur doit repartir des pages 28 – 29 avec son Debord-je-connais et son le-situ-n’a-plus-de-secret-pour-moi. Debord, toujours dans La société du spectacle, dit-il autre chose lorsqu’il écrit : « Le mouvement de banalisation qui, sous les diversions chatoyantes du spectacle, domine mondialement la société moderne, la domine aussi sur chacun des points où la consommation développée de marchandises a multiplié en apparence les rôles et les objets à choisir. » (7) Banalisation de la pratique, banalisation des résistances du texte, de ses points de butée, banalisation des effets du discours. Reste l’eau de vaisselle conceptuelle à vidanger en essais saisonniers pour entretenir l’apparence d’une contestation sans objet. Pour avoir une conception bien trop épaisse de ce qu’il faudrait aujourd’hui entendre par spectacle, le lecteur manquera peut-être l’efficacité des analyses de Guy Debord.

 

  • Comment celui qui dénonce le spectacle des autres, l’obscénité des tiers que par courtoisie éditoriale le critique à jabot s’abstient bien de nommer, tomberait sous le coup de la catégorie en question ? Régis Debray, dans sa précipitation dissertative, manque cet autre avertissement de Debord – faut-il d’ailleurs le regretter tant ce rappel aurait fait tache sur son napperon ? « Sans doute, le concept critique de spectacle peut aussi être vulgarisé en une quelconque formule creuse de la rhétorique sociologico-politique pour expliquer et dénoncer abstraitement tout, et ainsi servir à la défense du système spectaculaire. Car il est évident qu’aucune idée ne peut mener au-delà du spectacle existant, mais seulement au-delà des idées existantes sur le spectacle » (8)

 

  • Une idée existante sur le spectacle ? Le spectacle c’est la télévision, mais pas n’importe laquelle, la décérébrée, celle de ses présentateurs abrutis qui déversent en prime time leurs râles écoeurants flanqués de quelques badernes bousillées par leur propre vide scrutant de leurs yeux de cocker l’érection de l’audimat. En effet. Mais le spectacle c’est aussi la vidange amnésique de l’idée dans des petits essais gâteux qui se prétendent, avec force bandeaux, critiques et impertinents. « Certes, dans une société qui a besoin de répandre une sous-culture de masse, et de faire entendre ses pseudo-intellectuels spectaculaires, beaucoup de termes doivent être normalement vulgarisés à grande allure.» (9) Et Debray, au jeu de la vulgarisation sans escale, ne fait pas dans le détail. Voilà que les situationnistes renversent leur amour de Dieu «en amour de l’humanité agissante et sentante. Bref, la tradition évangélique est sauve» ; sauf aussi le somnambulisme.
  • « Repeinte en rouge vif, couleur « révolution prolétarienne », fond de l’air oblige, cette exaltation vantarde de l’immédiateté postule un éternel printemps où notre vérité nous serait donnée d’instinct et sans frais, sans avoir à se construire péniblement dans des salles de classe et de spectacle ; où plus personne n’aurait plus besoin de sortir de soi pour joindre ses deux bouts ; de s’expatrier dans l’imaginaire pour affronter son réel immédiat ». C’est à croire que Régis Debray confond La société du spectacle avec un livre de Jacques Salomé ou de Christophe André. On attendra en vain les précision sur ces salles de classe ou de spectacle, un calendrier ou un programme, de quoi choisir en conscience la bonne formule. Mais fidèle à la généralité de ses généralités, Régis Debray, revenu de tout, se contente d’un imagier à compléter soi-même. Une connaissance n’aurait pas été de trop, mais pour cela, je sors Debray-77 contre Debray-07, « il est besoin d’ouvriers du concept et non de saltimbanques de la phrase« .
  • A quand une Petite philosophie du vieux con aux éditions Milan, à côté du bricolage et du shopping ? Petite philosophie du rusé ronchon, plus présentable sur les étals mensuels du livre savonnette. Le texte de Debray sonne aussi creux qu’un ramasse crottes révolutionnaire en aluminium. A moins que ce ne soit justement cela le débat d’idées en France, à savoir l’empilement d’essais mercenaires pondus chroniquement par des vieux ronchons amnésiques. «La « critique de la religion », la critique du spectacle est aujourd’hui la condition première de toute critique» (10). La critique de l’indigence de la critique du spectacle est aujourd’hui la condition première de toute critique.

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(1) Régis Debray, Nouvel Observateur, 13 juin 1977.

(2) Régis Debray, L’obscénité démocratique, Paris, Flammarion, 2007.

(3) B. Henri-Lévy, La barbarie à visage humain, Paris, Figures Grasset, 1977, p. 221.

(4) Café Voltaire, présentation des éditions, à lire en quatrième.

(5) Régis Debray, Nouvel Observateur, 13 juin, 1977.

(6) Régis Debray, L’obscénité démocratique, op. cit., p. 28.

(7) G. Debord, La société du spectacle, § 59.

(8) G. Debord, La société du spectacle, § 203.

(9) Internationale Situationniste, Numéro 10, Mars 1966.

(10) Internationale Situationniste, Numéro 9, Août 1964.

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« Parce qu’il circule sur le réseau, à côté d’informations utiles, et faute de filtres, une infinité d’inepties, d’inexactitudes et de malveillances qui font brouillage, en sorte qu’une mise au clair et au net peut s’avérer utile. Car des deux choses qui menacent le monde, l’ordre et le désordre, la deuxième semble aujourd’hui la plus menaçante. »

Illusion critique

Illusion critique

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  • J’ouvre une nouvelle page – « Add New Post » – avec le sentiment désagréable d’avoir fait le tour de la question. Relecture hier soir de quelques pages de mon ami Jean Baudrillard, celui que les branleurs postmodernes tiennent pour le précurseur de leur nullité dépressive. « Nous avons fait la critique de toutes les illusions, métaphysique, religieuse, idéologique – ce fut l’âge d’or d’une désillusion joyeuse. Il n’en est resté qu’une : l’illusion de la critique elle-même. Les objets passés au feu de la critique – le sexe, le rêve, le travail, l’histoire, le pouvoir – se sont vengés par leur disparition même, produisant en retour l’illusion consolatrice de la vérité. L’illusion critique, n’ayant plus de victimes à dévorer, s’est dévorée elle-même. Plus encore que les machines industrielles, les rouages de la pensée sont au chômage technique. A l’extrémité de sa course, la pensée critique s’enroule sur elle-même. De prospective, elle devient ombilicale. Elle aide en fait son objet à survivre. » (1) Critiquer Donald Trump ? Le financement mafieux de la campagne de Nicolas Sarkozy ? Vinci autoroute ? Les primaires de la droite et du centre ?

 

  • Donald Trump par exemple. Quelle illusion ironique de penser que nous pouvons nous tenir à distance de lui. Si la soumission des individus à un système de domination provient de leurs habitudes, cela fait longtemps que les moyens dont ils disposent pour parler d’eux-mêmes sont autrement plus oppressifs que les fins qu’on leur dicte. D’ailleurs, plus personne n’édicte les fins car plus personne n’y croit. Si le dictateur est celui qui vous dicte ses propres fins, ce modèle historique de domination n’a plus cours quand les formes de domination se sont miniaturisées, viralisées en chacun de nous. Ce que nous comprenons le mieux en Donald Trump, c’est ce que nous sommes devenus. A la limite, le personnage ne fait que grossir et amplifier ce que nous savons de nous-mêmes comme le catcheur exagère à outrance sa fausse souffrance pour que le spectateur puisse en jouir vraiment à l’autre bout de la salle. Le spectacle réalisé n’est justement plus un spectacle mais la vie réelle, à condition bien sûr de ne pas être trop exigeant sur le degré de réalité de cette réalité-là.

 

  • L’illusion critique est tenace. Nous avons du mal à tirer un trait sur des siècles de négativité. Pourtant, parmi les livres auxquels je tourne le dos en noircissant de pixels cette nouvelle page « Add New Post », seule une poignée ont eu l’intuition de cette situation inédite pour la pensée. Totalement désillusionnés, comment pouvons-nous encore résister à quoi que ce soit, mettre en scène une distance minimale entre Donald Trump et nous-mêmes, faire un ultime effort de représentation ? Devons-nous nous ré-illusionner quitte à ne pas voir ce que nous voyons ? Devons-nous jouer les débiles pour préserver un peu de sens critique ? Le flux écrase le flux ce qui sonne le glas de « l’univers médiatique ». La critique des médias est ainsi révolue. Produite par les médias eux-mêmes, elle entretient l’illusion d’une forme originelle qu’il faudrait à tout prix préserver de la corruption. La conscience libre et éclairée devrait alors reconnaître la qualité dans le flux ininterrompu de la quantité. Cette illusion rassurante – qu’il m’est d’ailleurs impossible de complètement abandonner – nous masque le processus en cours de « virtualisation en profondeur des êtres. » (2)

 

  • La pensée critique – si l’on tient à préserver la vieille dame – aura désormais un autre destin que celui de s’engager, de dénoncer, de lutter contre les mauvaises finalités dictées. Témoigner de ce qui nous arrive sur des fréquences toujours plus inaudibles, elle ne peut rien de plus. Les effets lui échappent. Résister à l’extermination, sauver sa propre fin des moyens offerts. C’est cela que Jean Baudrillard appelait les « stratégies fatales » ou l’ironie secrète des choses. Incapable de créer une distance avec les moyens offerts dans les plus infimes recoins de notre vie, nous emporterons, dans notre fuite, irrécupérables, un bout du système, le précipitant ironiquement vers sa propre perte. Quand les people sont contre Donald Trump, le peuple déclassé, réellement ou fantasmatiquement – bien malin celui qui fera le tri – se précipite vers lui. Le choix du plus obscène que l’obscène accélère le mouvement. « Come on Donald ! », toi seul peut doubler le train du vide. N’ayant d’autre critique que le témoignage d’une surobscénité qui prend l’obscénité de court, la critique se réinvente ainsi une voie de garage.

 

  •  Le sentiment d’avoir fait le tour de la question ne m’a certainement pas quitté en deux heures. Ne rien attendre, ne rien vouloir, préférer ne pas avec Bartleby et Jean Baudrillard.  Rituellement, le système de domination fait un ravalement de façade en dénonçant fermement la corruption, examine gravement sa conscience virtuelle. Plus jamais ça!  Sur une autre fenêtre, des centaines de moignons virtuels s’empilent en temps réel. Sarkozy, alors ministre de l’intérieur en 2007, aurait reçu des valises de billets offertes par Kadhafi pour financer sa campagne présidentielle. C’est vrai ? C’est mal.

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(1) Jean Baudrillard, Le crime parfait, Paris, Galilée, 1995.

(2) Op. cit.