La prophétie de l’aveugle

La prophétie de l’aveugle

Dernier chapitre de Révolution, Emmanuel Macron, XO, 2016

  • Tout cela, me direz-vous, ce sont des rêves. Oui, les Français ont par le passé rêvé à peu près cela. Ils ont fait la Révolution. Certains même en avaient rêvé avant. Puis nous avons trahi ces rêves, par laisser-faire. Par oubli. Alors oui, ce sont des rêves. Ils réclament de la hauteur, de l’exigence. Ils imposent de l’engagement, notre engagement. C’est la révolution démocratique que nous devons réussir, pour réconcilier en France la liberté et le progrès. C’est notre vocation et je n’en connais pas de plus belle. »

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Rudolf Schlichter, Blinde Macht (Puissance aveugle), 1937

Réponse aux lamentables sous-entendus sur l’irresponsabilité des professeurs face à la violence

Réponse aux lamentables sous-entendus sur l’irresponsabilité des professeurs face à la violence

 

  • Suite aux exactions policières contre des lycéens que la mise à disposition non censurée de l’information rend visible à tous, la propagande consiste désormais à accuser à demi mots (une moitié de trop) des fonctionnaires de l’Etat français. En réponse, que les choses soient claires et clairement exposées. Le métier de professeur, attaqué aujourd’hui comme d’autres corps intermédiaires de l’Etat, est en première ligne face aux violences sociales. En première ligne, de plus en plus isolé et cela depuis des années. Les professeurs sont bien souvent les derniers remparts, les ultimes digues face à la violence. Ils n’ont, à ce titre, aucune leçon de bonne conduite à recevoir de ceux qui en font commerce dans leur porno spectacle informatif ou qui comptent demain mater toute résistance politique en la brandissant comme une dernière menace.

 

  • Qui se doit d’encadrer et parfois d’apaiser l’angoisse des élèves lors des différentes alertes intrusions et autres dispositifs de prévention anti-terroriste ? Qui se doit d’entendre la colère d’un élève de terminale qui travaille à mi-temps chez Mac Donald’s pour obtenir un diplôme insuffisant sur un marché qui réclame de plus en plus de « compétences » non scolaires ? Qui était en première ligne pour porter les valeurs de la République, une et indivisible, en 2015, quand des intellectuels démagogues pourfendaient « l’esprit Charlie » ? Qui pour expliquer que la satire n’est pas une violence gratuite mais peut-être aussi une violence qui libère ? Qui pour recevoir les paroles déprimées de jeunes étudiants en colère qui ne voient pas d’avenir dans un monde en marche forcée vers le vide aux mains de parvenus surfaits ? Qui pour articuler la violence réelle et la violence symbolique afin de donner un peu de sens à l’action ? Qui pour se dresser face aux pires aliénations du marché dont les conséquences ne sont visibles que sous la forme de feux de poubelles une fois l’an ? Qui pour construire un discours structuré, articuler passion et raison, révolte et responsabilité ? Qui pour faire demain ce travail essentiel sans lequel il ne restera plus à terme qu’une pure violence à mater par un surcroît de violence ?

Supposer que des professeurs puissent ne pas être responsables des élèves dont ils ont la charge est une saloperie de plus dans le cortège déjà très long des trahisons républicaines.

 

  • Dois-je rappeler que les professeurs ne sont pas des directeurs de conscience. Ils n’ont pas, c’est le sens de leur mission, à embrigader les esprits, à énoncer le Bien ou le Mal. Cette conception de l’éducation correspond peut-être aux attentes d’un régime liberticide certainement pas à celles d’une République ayant pour ambition de former des esprits souverains. Eduquer, n’est pas dresser ; instruire, n’est pas endoctriner. Deux saines exigences en ces temps troubles qui pourraient servir de repères à tous.

 

  • Les professeurs sont souvent pris entre deux formes de violence. L’une qui consiste à leur faire jouer des rôles qu’ils ne peuvent pas tenir. Ces rôles sont d’ailleurs souvent le résultat des démissions d’autres services de l’Etat. L’autre qui consiste, face à cette violence du social qu’ils connaissent parfaitement, à établir un lien de confiance sans lequel toute instruction serait impossible. Imaginer qu’ils puissent être les acteurs de ce contre quoi ils se battent au quotidien, relève d’une stratégie de pouvoir aujourd’hui rouée : rendre les services de l’Etat français responsables de leurs propres déroutes afin d’affranchir les politiques de toutes responsabilités.

 

  • Derrière cette stratégie, une autre, encore plus perverse que la première : entretenir la défiance à l’égard des corps intermédiaires de l’Etat, créer une suspicion utile en période de liquidation républicaine. Il existerait, au sein des agents de l’Etat, des forces contraires à l’intérêt général ? C’est ainsi que commencent les purges, insidieusement, les mises au pas qui éliminent progressivement la responsabilité des hommes au détriment des ordres d’un pouvoir qui n’a plus de compte à rendre au peuple qu’il gouverne en faisant de la violence l’ultime alibi de son salut.

La critique en gilets jaunes

La critique en gilets jaunes

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Lettre ouverte à la classe intellectuelle  médiatique française

Des \"gilets jaunes\", le 1er décembre 2018 devant l\'Arc de triomphe, à Paris.

« Ce mot de finance est un mot d’esclave. »
J.J. Rousseau, Du contrat social (1762)

 

  • Au-delà du cas Macron, ce qui est en train de se jouer en France c’est le procès d’une fabrication de l’opinion dont nous avons aujourd’hui toute la théorie, le procès de la classe intellectuelle médiatique française. Nous connaissons les procédés de dépolitisation, nous en sommes depuis des années les témoins scrupuleux et attentifs, aussi bien du côté des producteurs que du côté des consommateurs. Cette dépolitisation va de pair avec un effondrement de ce que la tradition a pu nommer « pensée critique », une volonté de défier l’existant, de contester les fausses évidences, les avachissements spirituels d’un marché acéphale répondant à la loi de l’offre et de l’offre quand la demande n’est plus qu’une dépendance de l’offre elle-même. Un marché qui marginalise tout ce qui ne va pas dans son sens, tout ce qui n’est pas intégrable dans une forme de spectacle qui a pour fonction ultime de rendre inoffensive toute critique située, réelle et radicale de ce même marché. Des faux penseurs, des faux intellectuels, des faux philosophes ont déserté les formations académiques ayant compris que les institutions ne pouvaient pas répondre aux exigences de leur carriérisme mondain, aux exigences de leur petit narcissisme de classe.

 

  • Contrairement à ce que pensent certains essayistes, le peuple à gilets jaunes n’est pas narcisse. Il subit l’implacable loi du marché, c’est très différent. Son narcissisme est relativisé par ses conditions réelles d’existence et de production. Il est situé, il ne flotte pas d’un plateau télé au suivant, d’un colloque à un autre, d’une conférence de salon à un brunch culturel. Cela fait des décennies que ceux qui prennent sa défense sont accusés par les faux nez du marché de faire dans le populisme, la démagogie, pire de donner des armes théoriques « aux extrêmes ». Tout ce qui vient de la rhétorique y retourne.

Mais quand un peuple transforme la critique de cette rhétorique en action, les masques tombent et chacun doit se déterminer, enfin.

 

  • En 1983 (une année bien connue en France), le philosophe Allemand Peter Sloterdijk publiait la Critique de la raison cynique. En 2017, il faisait la leçon aux français en expliquant que ceux qui critiquaient Emmanuel Macron étaient des enfants rois, que la mondialisation nécessitait du sérieux économique, des « gallo-ricains » pour reprendre une des formules publicitaires de Régis Debray qui n’écrit plus qu’en haïkus avec la complaisance de certaines maisons d’édition devenues des officines mercantiles à valider. Son scepticisme poseur et inoffensif, paraît-il, plait beaucoup.

 

  • Peter Sloterdijk, avant de rejoindre le grand mouvement de liquidation intellectuelle (nous sommes aujourd’hui, il faut bien le dire, au fond du trou) notait ceci : « En effet, dans un monde éclaté en une multitude de perspectives, les « grands regards » sur le tout sont portés plutôt par des cœurs simples, non par des hommes éclairés, éduqués par les données du réel. Il n’y a pas d’Aufklärung sans la destruction de la pensée confinée  dans un point de vue, et la dissolution des morales perspectivo-conventionnelles ; psychologiquement cela s’accompagne d’une dispersion du moi ; littéralement et philosophiquement, du déclin de la critique. » (1)

 

  • Le déclin de la critique a accompagné le déclin du politique. L’une n’étant pas possible sans l’autre. C’est ainsi que nous avons vu apparaître un nouveau profil d’homme dont Emmanuel Macron est en France une sorte d’idéal type. Non plus des cœurs simples, mus par des valeurs exigeantes et authentiquement vécues, mais des stratèges de ce vide, un vide effrayant laissé par le déclin aussi soudain que global de la critique et du politique. Ces hommes, ces faquins, se revendiquent pourtant de l’Aufklärung, des Lumières, mais celles-ci n’ont plus rien à voir avec les Lumières du XVIIIe siècle qui, elles-mêmes, n’étaient déjà pas dénuées d’ombres. A côté des discours tantôt mécaniques, tantôt sirupeux de ces nouveaux pantins du grand marché horizontal qui donne un prix à toutes les valeurs, Jean-Jacques Rousseau fait office de cœur simple et ses larges vues seront jugées bien naïves par les demi-habiles face au bas calculs des nouveaux cyniques de la modernité tardive.

 

  • Emmanuel Macron aura été le président des malins, d’une arnaque d’autant plus acceptable qu’elle trouva de puissants échos chez des esprits médiocres qui se contentent d’en être, de briller dans le grand barnum des séductions culturelles. Les soutiens que cet homme surfait a pu trouver dans le fameux « monde de la culture » sont en cela exemplaires d’une grande débâcle. Combien de lecteurs de Rousseau pour combien de malins ? Combien de jugements sensibles pour combien de jugements méprisants envers une population qui ne maîtrise pas les ruses sociales et culturelles de la domination de l’homme, cette fameuse règle du jeu  ?

« La règle du jeu« 

  • Les gilets jaunes, que le spectacle expose aujourd’hui comme des singes de foire sur ses plateaux télévisés de l’entre-soi, représentent un élément offensif concret contre la classe intellectuelle médiatique française. Ils ne sortent pas d’un livre de Théodor Adorno ou de Simone Weil. Ils ne liront jamais La critique de la raison cynique de Peter Sloterdijk. Ils  sont indifférents aux narcissismes des petites différences de la gauche « radicale » française. Ils se moquent comme d’une guigne de savoir si leur critique fait « le jeu des extrêmes ». Ils n’ont que faire des fines arguties sur les données du réel qui, en fin de compte, leur pourrissent concrètement la vie quotidienne. Ils sont dans la rue, ils gueulent et lèvent le drapeau français.

 

Toutes les réductions sont prêtes, de RTL à France culture, d’Europe 1 au Monde, tout est là pour transformer la colère en idéologie, pour anéantir la contestation, l’aplatir sur cette mélasse sans âme qui tient lieu aujourd’hui de non-pensée à la française. La conspiration du silence fera le reste.

 

  • Il est clair que l’allier objectif de cette mélasse dominante sera demain la violence désarticulée de quelques abrutis eux-mêmes produits par l’indifférence au peuple que charrie cette non-pensée politique. Voilà bien le dernier argument de cette classe intellectuelle médiatique française, son dernier refuge : l’instrumentalisation de la peur et par la peur. Au fond, cette classe n’a jamais cessé d’être hobbienne, y compris quand elle anime des petites causeries culturelles sur Rousseau. Elle ne croit pas en l’homme, elle est cyniquement naturaliste, positiviste et faitaliste. C’est la classe des salauds de Sartre, des acteurs de mauvaise foi, des tricheurs, des malins, des caméléons. La conspiration des sans-talents. Oui, cette classe peut avoir peur de son déclassement et elle le sait, c’est là toute la fine fleur de sa malice. Elle connaît aussi l’entendue de sa médiocrité et de sa soumission aux puissants. Elle a la mauvaise conscience de sa servilité. Au fond, les agents de cette classe ne s’aiment pas, ils se reniflent. Ce désamour fondamental explique ses logiques de défense envers l’incontrôlable.

 

  • « L’industrie culturelle est modelée sur la régression mimétique, sur la manipulation d’impulsions mimétiques refoulées. Pour ce faire sa méthode consiste à anticiper l’imitation des spectateurs par eux-mêmes et à faire apparaître  l’approbation qu’elle veut susciter comme déjà existante. » (2) Quand elle ne parvient plus à créer des stimulations non existantes, quand elle échoue à dresser les hommes aux réactions qu’elle anticipe, cette industrie culturelle met à jour sa vraie nature : la répression. Concrète, en taisant les violences insensées et iniques d’un pouvoir aux abois ; symbolique, en jouant de tous les chantages, de toutes les humiliations. La caste intellectuelle médiatique française est l’enfant de cette industrie culturelle que décrivait parfaitement le génial Adorno (lui mérite le titre) après guerre. Elle se défendra demain. Hélas pour elle, elle trouvera sur sa route à péages une critique en gilets jaunes, une forme de critique, critique de leur critique, qui n’attend rien de leurs mauvaises sucreries.

La convergence d’intellectuels que l’on n’achète pas avec la colère d’un peuple qui demande des comptes aux marchands du temple sera fatale. Pour qui ? L’histoire est un long procès.

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(1) Peter Sloterdijk, Critique de la raison cynique, Suhrkamp Verlagn Francfort-sur-Main, 1983.

(2) Théodor Adorno, Minima Moralia, Réflexions sur la vie mutilée, 1951, § 129.

 

Qui veut le chaos ?

Qui veut le chaos ?

« Les coupables de ces violences ne veulent pas de changement, ne veulent aucune amélioration, ils veulent le chaos. »

(Emmanuel Macron, 01/12/2018)

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L’arc de la défaite

L’arc de la défaite

  • La démocratie française repose sur une unique élection : l’élection présidentielle. Cette élection repose, dans l’abominable jargon, sur un seul critère : la présidentiabilité. Cette fameuse présidentiabilité repose enfin sur le dispositif qui la construit : la sainte famille médiatique. Cette famille est aux mains d’intérêts financiers puissants et fondamentalement dominée par des grands groupes de presse sous l’égide de lobbys clairement identifiables. En conclusion, la démocratie française  est aux mains de ces lobbys. La seule élection à gagner est pour eux l’élection présidentielle. C’est d’ailleurs à ce moment précis que tous les intérêts convergent au détriment de l’intérêt général, que les efforts de propagande sont maximisés. De ce point de vue, l’élection d’Emmanuel Macron aura été l’exemple chimiquement pur de cette usurpation de la souveraineté du peuple.

 

  • Il est en tous points insensé de parler de démocratie sans rappeler ces évidences simples. Délirant d’évoquer la légitimité d’un homme sans exposer clairement les mécanismes anti-démocratiques qui ont permis son élection. Il est en outre indigne et malhonnête de ne pas voir à quel point les faiseurs d’opinions collectives sont indiscernables des lobbys qui les paient et auxquels ils sont soumis comme des pantins de foire. Dans ce moisi, renforcé par la bassesse spirituelle de ceux qui sont supposés éclairer, il est illusoire d’espérer voir sortir autre chose que de la colère, de la haine, de la violence. Ajoutez à cela des inégalités territoriales et économiques grandissantes, un effondrement de l’instruction républicaine, des chaînes d’information abrutissantes et débiles, un modèle de réussite sociale obscène, un consumérisme sans limite, des grappes humaines désocialisées, frustrées et lobotomisées par le spectacle du fric et vous commencez à sortir la tête de l’enfumage généralisé.

 

La suite ? Mad Max ou une véritable relève, un ressaisissement collectif  qui en passera par une véritable purge des processus de construction du pouvoir en France.

 

  • Etant donné qu’il est impossible de lutter économiquement contre les puissances de l’argent, il faudra que cela soit fait politiquement, c’est-à-dire en reformant le peuple comme puissance politique souveraine. En le travaillant au corps. Tout ce qui le démembre, le divise, le fracture, le met en scène devra être combattu sans relâche. Cela suppose une disposition à l’anarchie venue d’en haut, une impitoyable anarchie de l’esprit qui ne concède rien aux exigences de la pensée pas plus qu’aux exigences de la justice. Cette disposition est totalement contraire au relativisme ambiant entretenu très cyniquement par une caste de causeurs qui enfument pour durer. Il est évident qu’elle ne peut pas être une disposition générale mais un principe qui dirige la pensée. Nous avons besoin d’intellectuels anarchisants et de politiques républicains. Des intellectuels qui ne décrivent pas simplement le système de domination symbolique mais qui l’attaquent frontalement. Des politiques républicains qui préservent, du côté de l’institution, l’intérêt général et le bien commun.

 

Nous avons aujourd’hui des intellectuels de salon dans les médias et des politiques anti-républicains au pouvoir.

 

  • Il faudra donc inverser violemment la tendance. A défaut, l’arc de la défaite se consolidera : toujours plus d’extrêmes, toujours plus de médiocrité, toujours moins de République, toujours plus de violence, toujours plus d’extrêmes etc. etc. Tout cela suppose fondamentalement que nous reconsidérions notre rapport à la violence. Par affaiblissement des forces vitales, démocratisme mou, relativisme mondain, nous expulsons le négatif sous toutes ces formes. La faiblesse nous gagne, faiblesse de consommateur soumis et vaincus. C’est pour cette raison cardinale que nos démocraties dites « libérales » sont en train de s’effondrer. A terme, elles plieront contre des régimes de violence qu’elles ne pourront plus endiguer faute d’avoir réussi à faire de la violence pensée une force collective. On ne dirige pas un peuple en le couvrant de ballons roses avant de l’entuber, que cet entubage prenne le nom de démocratie, de libéralisme ou de liberté.

Sans violence la République n’aurait jamais triomphé de ses véritables ennemis.

 

Les nouveaux sauvages – 1er décembre 2018

Les nouveaux sauvages

1er décembre 2018

 

(Les nouveaux sauvages, film, 2014)

  • Le grand soir ? La grand réveil ? La Grande Belleza ? La grande révolution ? Le grand projet ? Non, le grand bordel. Intrusion du chaotique dans la planification aseptisée des automates de la croissance heureuse, des Playmobil de l’info collés à leur support plexiglas, des démocrates libéraux sur leur tabouret branlant, des économistes en cire, des zombo-adaptés, des dépressifs à la mode. Le grand bordel de l’homme qui déborde, qui gueule pour gueuler, car la vie veut la vie avant la mort et pas la dernière cafetière Nespresso. Misères de toutes les analyses, de toutes les réductions matérialistes, de toutes les synthèses pipolitiques, de toutes les récupérations. Potlatch mes amis !

 

  • Nous avons toutes les théories, toutes les analyses, toutes les leçons à tirer de l’histoire, rayonnages après rayonnages, à tous les formats et pour toutes les bourses. Le pouvoir d’achat ? Il en faut. Les loisirs ? Aussi. Du sexe ? A ta guise. De la qualité de vie ? C’est prévu. De la démocratie ? Nous sommes tous d’accord. De la mobilité ? Vas-y bouge de là. Mais vous n’expliquerez jamais le mal que nos sociétés techno-somnambuliques administrées par des hologrammes sont en train de faire à l’homme avec des breloques analytiques de ce type. Du cadre sup en rupture marche avec du prolo en gilet jaune, de l’étudiant excité vocifère avec de l’infirmière en colère, du prof scrupuleux avec du prof branlant et du pékin moyen avec du pékin encore plus moyen. Le bordel est comme la masse : irréductible.

 

Les modes d’administration déshumanisés sont en train de créer un homme chaotique, aussi instable que la nitroglycérine des westerns hollywoodiens.

 

  • Cet homme d’une modernité qui n’en finira plus de durer est capable de faire n’importe puisqu’on fait n’importe quoi de lui.  Filmez l’ensemble du tableau en direct à toutes heures du jour et de la nuit avec des petites caméras portatives et vous commencez à avoir une idée de la situation. Commentez en continu cette première prise d’images sur les écrans de la psycho-sphère nomade. Ajoutez enfin sur ce mélange explosif des politiques qui promettent pour seul horizon une amplification du délire que nous avons tous sous les yeux et vous y êtes presque. Comment voulez-vous sortir quelque chose de sensé de cette pâte folle ?

 

  • La seule chose à faire est de retarder au maximum l’inéluctable montée de l’extrémisation délirante de nos sociétés malades en faisant obstacle où l’on peut aux aveugles qui ne voient pas que nous avons très largement passé la limite acceptable. Qu’il est temps de freiner des quatre fers en envoyant par dessus bord tous les excités disruptifs, créatifs et innovants, cokés au rien et sous acides de vacuité, les Macron and co, tous ces accélérateurs de néant. Tout le reste en dépend.