Les pseudo-éclaireurs du complotisme

Les pseudo-éclaireurs du complotisme

  • Quelques abrutis délirent sur le grand complot et ils font aussitôt la une des chaînes d’information à abrutir. Circularité parfaite. Par contre, produisez de la pensée, analysez les stratégies perverses de dissuasions médiatiques et vous n’y passerez jamais. L’obscurantisme est là.

En guise de mise à disposition de l’information vous ne serez jamais déçu : le plus obscur est bien souvent le plus visible.

 

  • Pour quelle raison le complotisme est un sujet sans objet, autrement dit un sujet pour pseudo-éclaireurs ? Comme il n’existe pas de complots en général, il n’existe pas non plus de théorie du complot en général. Chaque situation, distincte d’une autre, se doit d’être analysée pour ce qu’elle est, singulièrement, au cas par cas. On ne réfute pas un discours en affirmant qu’il relève d’une théorie du complot ou du conspirationnisme. On ne réfute rien en collant des étiquettes sauf dans  univers mental qui procède par anathèmes pour s’éviter de penser, sauf à réinventer les procès en sorcellerie.

 

Le « complotisme » est l’autre nom de la paresse intellectuelle de celui qui veut réfuter à peu de frais. Cette paresse prolifère quand le temps de la pensée est un obstacle à la rentabilisation marchande des flux d’images et de paroles.

 

  • Les polices politiques connaissent cela très bien : ne pas réfuter, salir. « C’est la théorie du complot », sorte d’équivalent du « c’est un gauchiste » ou c’est un « facho ». Au second degré, de pseudo-éclaireurs de rien du tout empilent des poncifs pour essayer de cerner les contours d’un objet qu’ils créent de toutes pièces pour les besoins de leur causerie. Les antinomies de la paresse ont de beaux jours devant elles. Il se trouve que pour démasquer la stupidité, faire ressortir un grand délire, nous n’avons aucun besoin de ces concepts : complot, complotisme, conspirationnisme, théorie du complot. Il suffit de réfuter, de faire, avec Platon, dans le genre anatréptique. Il arrive même, économie de moyens, que le propos tenu soit à ce point stupide et dérisoire qu’il se réfute tout seul, qu’il s’effondre sous son propre poids. Mais il se peut aussi que derrière l’apparente sottise se cachent des analyses qui ne soient finalement pas si simples que cela à réfuter. Bref, tous les cas de figures peuvent se présenter. Une diversité qui tranche forcément avec le radotage des pseudo-éclaireurs de l’anti-conspirationnisme.

 

  • Qui a intérêt, au fond, à nous faire croire que le complotisme est partout hormis celui qui a quelque chose à cacher ? C’est du bon sens, Descartes commence son Discours de la méthode par cette formule évidente et profonde. Pourquoi se défendre contre des discours singuliers et des opinions particulières en faisant jouer un gros concept : le complotisme ? Ai-je besoin de mettre en avant un quelconque complot quand j’ai les moyens, parfois difficile à établir, de réfuter un discours. Soit je suis capable de le faire et je le fais. Soit j’en suis réellement incapable et je me tais. Le complotisme est en cela le discours par excellence du demi-habile qui ne peut ni réfuter ni se taire. Un beau discours pour notre temps, sans objets réels puisqu’il prétend les penser tous sans en penser aucun réellement. Ne pas prendre le risque de la réfutation, le risque et le labeur afférent, tout en passant pour une conscience qui n’est pas dupe. Double profit.

 

  • Le complotisme est en cela une idéalité qui se veut réaliste, une idée vague qui se donne le sérieux de l’analyse. C’est une idéalité inutile qui empêche de discerner (krino), de faire le tri. Elle convient parfaitement à cette pensée-minute qui a besoin en quelques secondes, minutes sur France culture je vous l’accorde, de savoir où est le bien, où est le mal, où est le mesuré, où est le démoniaque. Cette idéalité résume à elle seule l’état de la critique aujourd’hui qui bien souvent, à défaut de démasquer quoique ce soit, masque sa paresse. Assez mal d’ailleurs.