La vraie nature du mépris

La vraie nature du mépris

(Photo @LucieSoullier, le Monde)

« Macron, il ne comprend pas les gens qui n’ont pas de fric, j’en peux plus de son petit air narquois. »

  • Le « petit air » dont il est ici question, perçu par des hommes et des femmes qui ne partagent pas les codes du cynisme mondain, relève de la violence symbolique. Dans les marges, pourtant essentielles, de la violence économique, des questions de salaires et de pensions, de taxes et de dégradation des conditions de vie matérielles, un autre combat se joue. Ce « petit air » ne date pas d’hier soir, cette morgue, cette façon condescendante de se situer face à l’autre étaient là dès le début et accompagneront jusqu’à la fin le mandat présidentiel d’Emmanuel Macron.

 

  • Autant l’irascibilité de Jean-Luc Mélenchon agace les laborieux faiseurs d’opinion collective, trop incarnée, autant « ce petit air » ne fait pas problème pour eux. Ils en sont aussi et flottent comme lui, rictus au coin des lèvres, au-dessus d’une société qu’ils n’habitent qu’à la marge. Pour une large part de la médiasphère française, l’arrogance est de droit, ce « petit air » commun. Editorialistes surpayés, experts paternalistes, journalistes culturels qui usurpent des titres surfaits relativement à la valeur réelle de ce qu’ils produisent.

 

  • Ce « petit air narquois » c’est celui d’un système de domination symbolique qui n’est plus pensé. Il vient couronner l’obscénité d’une caste qui s’octroie tous les titres et qui cligne de l’œil. Il est le rictus facial d’un ordre unique qui a érigé la fausseté et le simulacre en principe de pouvoir. L’ordre des plus malins qui ignorent la profondeur des valeurs qu’ils singent et qu’ils pastichent. En une formule simple, cette manifestante en gilet jaune résume l’ampleur du problème.

 

  • Comment faire comprendre à une clique pétrie d’habitus de classe qu’elle ne représente qu’elle ? Nous avons oublié la puissance des effets de la violence symbolique du pouvoir. Il suffit d’un rictus pour éliminer les vaincus, d’un sourire condescendant pour effacer un homme. Pour percevoir cela, y être sensible, il est nécessaire de quitter la bouillie mondialiste, la globalglose délirante des économistes planétaires, les analyses bouffonnes des experts de la soumission qui justifient la spoliation des peuples au profit d’intérêts qui leur échappent totalement. Il faut regarder l’homme en face, le jauger dans les yeux. En face, qui y a-t-il au juste ? Quelle est la valeur humaine, la profondeur sensible, de ce parti fantoche exclusivement structuré par l’arrivisme mondain ?

La populace qui gueule a ses défauts et ses grossièretés mais elle perçoit parfaitement ce que les laquais du pouvoir ne percevront jamais : la vraie nature du mépris.