Ni le progrès, ni les regrets

Ni le progrès, ni les regrets

(From L) French presidential election candidate for the far-right Front National (FN) party, Marine Le Pen, French journalist Christophe Jakubyszyn, French journalist Nathalie Saint-Cricq and French presidential election candidate for the En Marche ! movement, Emmanuel Macron pose prior to the start of a live brodcast face-to-face televised debate in television studios of French public national television channel France 2, and French private channel TF1 in La Plaine-Saint-Denis, north of Paris, on May 3, 2017 as part of the second round election campaign. Pro-EU centrist Emmanuel Macron and far-right leader Marine Le Pen face off in a final televised debate on May 3 that will showcase their starkly different visions of France's future ahead of this weekend's presidential election run-off. / AFP PHOTO / POOL / Eric FEFERBERG / ALTERNATIVE CROP

  • J’aime me faire des ennemis. C’est très bon signe d’avoir des ennemis. Pleins d’ennemis. Enfin des ennemis, le mot est fort. Plutôt des silencieux, des non répondants, des fuyants. Dans une époque où le rapetissement est la loi générale, l’adversité n’y échappe pas. La mesquinerie est son bain ambiant. Combien de joyeux courriels adressés à des causeurs perchés – même si les perchoirs se rapprochent à grands trains du sol – restés sans réponse ? Combien d’adresses, de lettres ouvertes et de franches critiques passées sous silence ? A défaut de prouver par l’esprit et le verbe leurs titres de noblesses usurpés, les faiseurs d’opinion médiatiques se cachent. Inutile de donner des noms, je risque de perdre une bonne partie de mes lecteurs en froissant le peu qui leur reste d’orgueil.

 

  • Philippe Muray avait raison de voir en Guy Debord, avec cette dose de mauvaise foi qui fait le sel de la bonne critique, un précurseur de cette logique du spectacle qu’il dénonçait si violemment. La partie propositionnelle de l’œuvre situationniste est à jeter. « Mettre les acteurs dans la rue » ? Pensez-vous, la mairie de Paris en raffole. Quant à la « communication totale », son règne est arrivé en bousillant au passage les médiations les plus sensées de l’existence humaine. La principale erreur de Guy Debord est d’avoir cru qu’il pouvait jouer gagnant. Le naïf, il se voyait encore force de proposition comme disent les BTS force de vente. Je joue perdant, c’est plus lucide.

 

  • Suis-je indifférent pour autant au progrès de l’homme  ? La question m’est venue hier soir en observant la hyène pelée et l’ange asexué se disputer goulument la couronne de Mister France sous les néons bleutés. Question pénible qui m’accompagna jusqu’au seuil de l’endormissement. Oui mais à une condition : que l’on appelle désormais progressiste toute tentative de démolition de l’idée de progrès. Tentative, restons modeste. Pour la vulgate, l’ange asexué, c’est le progrès ; la hyène pelée, c’est la régression. Ce sera donc ni l’un, ni l’autre. Ni le vide de l’archange, ni la France de Jeanne d’Arc. Ni le progrès, ni les regrets. Ni post-it Macron, ni prurit Le Pen. Alors ce sera quoi ? Un effort de discernement pour garder ce qui est bon et dégager ce qui est mauvais sans garantir, après le tri, que les tas soient égaux.

 

  • Je déconseille vivement à tous ceux qui seraient tentés par cette troisième voie de la suivre au nom du progrès. Souvenez-vous des mésaventures de Guy Debord récupéré par le « le domaine culturel » le plus abruti. La meilleure façon de ne pas voir que l’on régresse, c’est de penser que l’on doit avancer en  toutes circonstances. Celui qui fait une halte, par exemple, qui observe, sur le bord du chemin, le mouvement sans en être, sera plus à même de savoir ce qui va dans le bon sens et ce qui va dans le mauvais. Partir du postulat que l’on doit marcher à l’endroit avec post-it Macron ou à l’envers avec prurit Le Pen, c’est la meilleure façon de ne rien comprendre à ce qui nous arrive. Dans une situation donnée, le discernement est le seul progrès effectif.

 

  • Progressistes et conservateurs, modernes ou anti-modernes et désormais marcheurs contre rétrogrades, post-it versus prurit, autant de couples qui n’intimident que les binaires. A quoi servent-ils ? A se faire pleins d’amis. Ils se reconnaissent entre eux, se collent les uns aux autres jusqu’à faire des gros tas de post-it à l’avant et de prurit à l’arrière.