Marche !

Marche !

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« Le progrès est là, avec son grand fouet, qui frappe sur le troupeau

– Marche !

– Quoi ! toujours marcher ! jamais faire halte !

– Marche ! Cet ombrage me plaît, cet asile m’attire…

– Il y en a un préférable : marche.

– Nous y voici.

– Marche encore. »

Rodolphe Töpffer, Du progrès dans ses rapports avec le petit bourgeois et les maîtres d’école (1835)

Philippe Val et le priape du potager

Philippe Val et le priape du potager

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Si on accumule les référendum ça tue la démocratie. C’est la marche vers une fragilisation de ce qui fait nos libertés… nos… nos. »

Philippe Val

mai 2017

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Il faudra bien montrer ce qui pourtant se voit

Dégommer quelques cuistres avec deux trois prélats

Avoir des inventions, des techniques et des ruses

Pour s’attaquer aux nids de ces nouvelles buses.

J’en conviens, en effet, un renouveau s’impose

Qu’il est temps, ô grand Dieu, de glisser de la prose

Urticante, astringente, acide et corrosive

Afin de décoller les mots de ces endives.

Rien de tel pour cela qu’un casting bien fait

Ecrivain ou artiste, un homme de la cité

Un perché, un causeur, un bien autorisé

Que l’on puisse, en chantant, soupeser son panier.

Spécialistes, experts, docteurs en politique

Auront droit, tour à tour, à quelques coups de trique

Certains, pour avoir pris une bonne fessée

Gagneront, c’est possible, de la notoriété.

Les champions moissonneurs les plus autorisés

S’aventurent en héros dans le grand potager

Ramasser les courgettes de l’opinion commune

Afin d’accumuler, il en faut, de la tune.

Dans un coin du labour, haut perché sur ses cannes

Un Priape en bois brut attend ces tristes ânes

L’appendice majeur et les balloches au vent

Se réjouissant déjà du bien venu séant.

Le donneur de leçon médiatique et fondé

Aura beau s’indigner d’une pareille entrée

En maudissant la loi implacable et guerrière

Philippe Val, c’est un fait, aura mal au derrière.

Lettre ouverte à Cédric Villani – L’abstention a ses raisons que la raison ignore

Lettre ouverte à Cédric Villani – L’abstention a ses raisons que la raison ignore

liste_Autour-de-lcole-de-Francfort-Kritische-Theorie_1790[1](Kritische Théorie)

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« Finalement, à celles et ceux qui sont tentés par l’abstention, je propose d’y réfléchir à deux fois. D’abord, personne ne peut garantir que le résultat est joué d’avance. En cas d’abstention trop importante, le verdict des urnes pourrait différer sensiblement des sondages ! Ensuite, personne ou presque ne remarquera l’abstention. Sur tous les réseaux médiatiques nationaux et internationaux, deux informations écraseront tout le reste : l’identité du nouveau président ou de la nouvelle présidente de la République, et son score. La participation, et le pourcentage de votes blancs, seront inaudibles face à cela. Et pour ce qui est du score, s’abstenir est équivalent à répartir sa voix entre Emmanuel Macron et Marine Le Pen. Dit autrement : retirer son vote à Emmanuel Macron, par représailles, c’est équivalent à consacrer la moitié de sa voix à soutenir Marine Le Pen, dans l’élection la plus emblématique que la France ait connu depuis plusieurs décennies. »

Libération, 2 mai 2017

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  •  Cédric Villani, que l’on ne peut soupçonner de légèreté quand la raison est en jeu, a le mérite de ne pas nous servir les plats communs du chantage au Bien. A ce chantage, porté comme un seul homme par la horde des non-pensants médiatiques, nous répondrons par les inépuisables ressources du risible, par la joyeuse ironie ou la cruelle satire. En rationaliste et fils spirituel des Lumières, Cédric Villani suit le fil de la raison et nous propose « d’y réfléchir à deux fois », autrement dit de mettre à bonne distance notre colère et nos passions immédiates. Rationnellement, personne à l’heure actuelle ne peut dire, avec une absolue certitude, que « le résultat est joué d’avance ». Rationnellement, il est vrai qu’une forte abstention  peut modifier les résultats des sondages. Toujours rationnellement, il est juste de dire que « personne ou presque ne remarquera l’abstention » pour ne retenir que le nom du vainqueur et son score. Rationnellement enfin, numériquement parlant, « retirer son vote à Emmanuel Macron, par représailles, c’est équivalent à consacrer la moitié de sa voix à soutenir Marine Le Pen ». Une conclusion s’impose alors : avant d’être le choix du Bien, le vote Emmanuel Macron serait celui de la raison. Si l’abstention est si dangereuse pour Cédric Villani, c’est qu’elle est avant tout irrationnelle. Pour cette raison, le mathématicien nous invite, en toute cohérence, « d’y réfléchir à deux fois » pour ne pas faire le jeu du pire.

 

  • Votre argumentation rationnelle se tient à un détail près, un détail pourtant fondamental qui fera apparaître, entre la rationalité du vote Emmanuel Macron et l’irrationalité de l’abstention, ce qu’est justement cette raison raisonnable dont parlaient, dans le vide, Horkheimer et Adorno. Sans vous prêter, il va de soi, de telles intentions, un individu encore plus rationnel que vous  ne comprendra pas, cher Cédric Villani, pourquoi vous tenez au droit de vote. En effet, les efforts rationnels que vous déployez se règleraient d’eux-mêmes si le choix n’était pas donné aux hommes de prendre le risque du pire. Vous aurez beau alors vous creuser la tête, vous vous retrouverez dans la même situation que moi face à vous. Peut-être écrirez-vous, à l’adresse de cet homme, une lettre ouverte intitulée : le vote a ses raisons que la raison ignore. Vous l’écrirez en douce car votre avis sera alors des plus minoritaires. Peut-être ressentirez-vous, face à lui, ce qu’éprouve aujourd’hui tous ceux qui n’iront pas voter le 7 mai pour Emmanuel Macron face à vos arguments rationnels. Peut-être comprendrez-vous enfin que la rationalité mathématique, la raison calculatoire, la logique des experts et celle des machines ne peut, seule, éclairer les hommes.

 

« Finalement, à celles et ceux qui sont tentés par la démocratie, je propose d’y réfléchir à deux fois. D’abord, personne ne peut garantir que le résultat est joué d’avance et qu’il sortira des urnes un candidat favorable à l’émancipation de l’homme et au progrès des sociétés. En cas d’abstention trop importante et de votes irrationnels, le verdict des urnes pourrait mettre le monde en péril ! Ensuite, personne ou presque ne remarquera la différence. Sur tous les réseaux médiatiques nationaux et internationaux, deux informations écraseront tout le reste : l’identité du nouveau président ou de la nouvelle présidente de la République et son programme favorable aux droits de l’homme, à la marche en avant pour des sociétés plus justes. La démocratie qui prend toujours le risque du pire est inaudible face à cela. Et pour ce qui est du vote, vouloir choisir n’est pas essentiel. Ce qui compte reste le progrès et l’émancipation des peuples. Dit autrement : voter, par représailles, c’est toujours risquer de consacrer une voix à soutenir le pire. »

Libération-BFM-Média-entertainment press, 2047