Philippe Poutou, le candidat qui se nie

Philippe Poutou, le candidat qui se nie

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  • Philippe Poutou, militant anti-capitaliste travaillant dans une usine (Ford) qui illustre par excellence le capitalisme mondialisé – nous ne sommes pas à une contradiction près – nous rappelle à quel point la forme fait sens. Au lieu de proposer quelques idées politiques iconoclastes pour lutter contre les ravages mentaux et environnementaux de ce même capitalisme, Philippe Poutou endosse le costume du gueulant sensé parler au nom du peuple. Non pas le costard deux pièces mais celui, beaucoup plus lugubre, de la caricature de l’ouvriérisme. Comme si un ouvrier devait forcément n’être photographié qu’avec ses collègues, comme si un ouvrier devait de toute nécessité porter un tee-shirt, comme si un ouvrier devait évidemment mépriser la forme.

 

  • Il n’est pas surprenant que des parasites médiatiques dits de gauche, Glucksmann par exemple, dont le seul mérite intellectuel est de porter le nom de son père, trouve dans cette caricature une image réconfortante d’une lutte sociale qui ne les concerne pas. Libération et le Nouvel Obs sont là pour eux. Philippe Poutou avait bien dix collègues ce soir-là, unis dans la volonté de séduire et de flatter un électorat potentiel. Que peut-on espérer d’autre qu’une grossière séduction en quinze minutes, le temps imparti à chacun pour une rencontre speedating avec la France ? Philippe Poutou n’est pas plus vrai que Macron. Comme si la vérité sortait toujours de la bouche des gueulants. Il a joué son rôle. Il a réussi à montrer son inaptitude à poser une parole, à transcender un déterminisme économique, à maîtriser les symboles du politique. Peu importe les symboles ? Alors oublions vite l’emploi de la femme de François Fillon qui ne change rien à la réalité quotidienne des français. Philippe Poutou a finalement réussi à montrer symboliquement qu’il était sage de laisser le pouvoir aux mondains adaptés.

 

  • Les choses sont finalement bien faites. L’ouvrier gueule mais il est hors jeu, il amuse, il distrait, il accuse tout en faisant rire. C’est sa place, une place que les maîtres queux de l’idéologie libérale libertaire ont tout intérêt à préserver. Une place que les journalistes de Libération et du Nouvel Obs affectionnent au plus haut point. Le pouvoir des publicitaires du nouveau monde tient en effet à leur capacité de mettre en scène des pions utiles. Plus les Poutou seront nombreux à venir comme ils sont et à faire comme ils le sentent, moins la représentation politique sera utile. Sans parler de l’éducation. Rares sont aujourd’hui les élèves qui, comme Philippe Poutou, ne viennent pas comme ils sont. Un transfert de pouvoir s’opère déjà entre la communication et la politique, entre la communication et l’éducation. La scénarisation quotidienne de l’événement Macron en est la plus claire manifestation. Venez comme vous êtes les amis, les managers cyniques et réalistes feront de votre naturel leur fonds de commerce au diner de cons du pouvoir médiatique.

 

  • Un dénommé David Carzon, directeur adjoint de la rédaction, dans le journal Libération daté du 6 avril 2017, écrit, sous le titre Poutou ou le droit à l’irrespect : « Il faudrait plutôt remercier Poutou d’avoir fait le job. » Ne nous attardons pas sur l’emploi idiot mais commun du mot job. Qui ne fait pas son job David Carzon ? Ecrivains et artistes inclus. « Alors même que l’on fustige l’hypocrisie de la comédie humaine que représente une élection présidentielle, on ne peut pas reprocher à un candidat d’être lui-même. » Le slogan Mac Donald’s, « venez comme vous êtes », hissé au firmament de la chose publique. Le capitalisme y retrouvera ses petits. La chute enfin : « On ne peut pas le critiquer pour être venu dans cette arène télé avec pour seule arme son authenticité ». Philippe Poutou, par le simple fait d’être venu comme il est, serait donc au-dessus de toute critique ? L’authenticité comme valeur indiscutable ? Libération n’y voit rien à redire. MacDo non plus.

 

  • Philippe Poutou a finalement renvoyé aux ouvriers une image aliénée d’eux-mêmes. Sous couvert de les défendre, il les détermine, les réduit, les singe, les exclue. Ne s’adressant qu’à ses collègues, il soigne son image privée. Il se conforte. Il est le candidat qui se nie tout en participant à un débat public dans une campagne électorale, celui qui fait sans faire, qui parle sans parler. L’allier objectif des libéraux mondains dans une dialectique du plus faux que le faux.

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