Vaseline Macron

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« Il peut changer de couleur, d’aspect, de discours en fonction de l’interlocuteur, c’est sa grande force »

Jean-Baptiste de Froment,
ancien camarade de promotion

Franceinfo

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  • Récemment entendu au sujet de Macron, dans un café : « Surtout pas lui, il va nous enculer ». Où commence le fantasme, où finit le diagnostic ? Quand je vois le saurien et son mouvement publicitaire En marche!, je ne peux en effet m’empêcher de faire naître dans mon esprit – malade, je te l’accorde – des images douteuses, un mélange de chibres visqueux, de trous et de pâte à dent mentholée.  A deux ans près, Emmanuel Macron aurait pu être un camarade de classe prépa. J’en ai d’ailleurs connu des comme lui, des frisés, des petits blonds, qui arrivaient le matin à 8h avec The Economist sous le bras, sourir frais et gestes mous. Déjà la veste. Oui, tu le reconnais, la fausse queue dans le jargon du billard, celle du deuxième rang qui brille à l’oral avec ses yeux de biches en lisant le texte d’une voix suave avant de lustrer la méthode à l’écrit. Goethe ? Balzac ? Hugo ? Des prétextes à distinction qui s’évaporent bien vite lorsqu’il s’agit d’envisager plus sérieusement la suite du parcours. S’il faut reconnaître une constante du système éducatif français, c’est sa capacité à produire, dans ses plus hautes sphères, de tels caméléons.

 

  • Lettres, économie, Sciences po ? Peu importe, tout s’enfile, tout se rejoint, tout se mélange. J’ai toujours éprouvé, en face de ces eunuques de la culture formés en classes prépas – « on donne le sérail à l’eunuque », le mot est de Nietzsche – ces suceurs de programmes capables de tout avaler indistinctement, une sorte de dégoût intuitif que l’âge n’a fait qu’accentuer. A côté de ces gluants et de leur langue protractile, aujourd’hui quadras et aux affaires comme on dit, les anciens patriarches font certes figures de dinosaures mais me sont nettement moins odieux. Emmanuel Macron, le petit enfant de chœur ? Imaginer Nicolas Sarkozy prendre Carla Bruni comme un lapin de garenne, Rolex au poing, me paraît nettement moins obscène que penser à Emmanuel Macron pénétré par l’Esprit saint chez Rothschild.

 

  • L’homme, répétons le, n’est ni de droite ni de gauche, ni bleu ni rose, ni mondialiste ni anti-mondialiste. La méduse est en marche. Emmanuel Macron est un pur produit du temps, la fleur de farine poisseuse d’un pragmatisme cynique qui caractérise parfaitement ceux de ma génération qui ont réussi à faire de la nullité spirituelle de leur période historique le carburant inépuisable de leur réussite personnelle. Aidés de ces « helpers », autant de « cybergédéons et de turbobécassines »(1), techniciens des surfaces virtuels, « outsiders » comme dit le cuistre, marchands de baratin pixellisé, il est hors d’atteinte de toute dialectique. J’ai pu d’ailleurs constater avec le temps à quel point la réussite mondaine de ma génération était inversement proportionnelle à la conscience dialectique qu’elle avait du désert dans lequel elle s’était épanouie. Avec Emmanuel Macron, le capitalisme de la séduction n’est plus simplement un argument marketing mais le marketing comme horizon de tout argument.

 

  • Jean-Baptiste de Froment, un temps conseiller de Nicolas Sarkozy, auteur de la synthèse qui illustre mon propos, expliquait, il y a deux ans de cela, aux rencontres philosophiques de Saint Emilion – pinard et mondanité – que le dit conseiller du prince avait un « pouvoir de véridiction ». La question de la vérité objective d’une situation politique écartée par cette génération de sophistes épiciers ne reste plus en effet que le pouvoir d’imposer une vision particulière avec la force que cela suppose, à savoir « changer de couleur, d’aspect, de discours en fonction de l’interlocuteur ». C’est là que se fait le lien entre la philosophie et la politique, entre hypokhâgne et Bercy, entre Balzac et la banque Rothschild. Non pas un lien hiérarchique – penser le politique à partir de principes philosophiques que l’on chercherait à réaliser dans la cité – mais un rapport de subordination du moyen philosophique à la conquête du pouvoir politique. Ces nouveaux rhéteurs, à mi-chemin entre le télé-évangéliste allumé et le docile étudiant en école de commerce, accomplissent la synthèse gingivale du savoir et du pouvoir, à un degré d’intégration qui annihile toute capacité critique tant leur langue est insaisissable.

 

  • De là cette nausée si particulière que j’éprouve en voyant Emmanuel Macron s’adresser au dit « peuple », cet écœurement qui n’est pas simplement une saine méfiance en face de celui qui veut prendre le pouvoir mais un dégoût beaucoup plus viscéral et profond. Emmanuel Macron, par son parcours, son âge, son cursus, c’est celui qui renvoie tous ceux qui ont un jour ferraillé avec les lettres et les concepts, qui ont eu le sentiment de la grandeur de l’idée, à la plate nullité de leur période historique. Mieux, à leur propre absence d’avenir dans un système médiatique qui promeut de tels individus aux plus hautes fonctions de l’Etat. Plus nauséeux encore, entendre l’hédoniste officiel, la grenouille philosophe, se donner du relief en pointant le vide du bonhomme. Batracien hédoniste ou saurien en marche, fais ton choix ? Mais pour dix mille « helpers » en marche et autant de lecteurs de la bouillie médiatico-philosophique, combien de Balzac et de Grandville ? C’est à cela que l’on mesure objectivement la véridiction du vide et de son camouflage.

 

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(1) Gilles Châtelet, Vivre et penser comme des porcs