Benoît Hamon, l’anti-Nietzsche

Benoît Hamon, l’anti-Nietzsche

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A ma sœur, une nietzschéenne qui s’ignore encore

  • Benoît Hamon a fait carrière dans le parti socialiste, ma sœur, comme d’autres font carrière dans le pinard ou les assurances. De la présidence des jeunes socialistes (MJS) en passant par la députation européenne (2004-2009), il représente par excellence l’homme d’appareil. Tout commence en 1986. Souvenez-vous, les manifestations étudiantes contre la loi Devaquet (« Devaquet au piquet, Devaquet au piquet ! »). Génération touche pas à mon pote et à mes diplômes au rabais. 30 ans après, le Bac est devenu une farce nationale et les universités de sciences humaines recrutent des professeurs de collèges pour alphabétiser les jeunes bacheliers fraîchement inscrits en LEA. Oui, c’est le cas à Bordeaux. Une dénommée Najat-Vallaud Belkacem, qui figure en bonne place dans le premier numéro de Lui, poursuit, en sa qualité de ministre de l’éducation nationale et du supérieur,  le travail de démolition programmé sous couvert d’égalité des chances sans rien trouver à redire à cette tendance générale. Quelle promotion tout de même pour un modeste militant comme Benoît Hamon de se retrouver à Bercy au milieu d’une masse qui scande son nom au seul titre qu’il est le représentant du parti socialiste à l’élection présidentielle. Quel autre parcours que le carriérisme politique aurait pu le conduire d’ailleurs, sans autre talent que celui d’avoir fait son devoir d’appareil, à une telle gloire ? Sa licence d’histoire ? Qu’aurait pu espérer Benoît Hamon avec cela, sa rose et sa main jaune sur le cœur, si le parti socialiste ne l’avait fait politique.

 

  • Certains demandent aujourd’hui à Benoît Hamon de retirer sa candidature au profit de celle de Jean-Luc Mélenchon. Une demande somme toute assez logique. Mais mesurez-vous seulement la hauteur du sacrifice pour un homme que le parti socialiste a fait et qui découvre enfin la lumière en brandissant la rose. Lui, le militant grisouille des premiers combats inutiles, aurait donc le pouvoir de mettre à terre la gauche divine d’appareil ? Tout cela bien sûr est au-dessus de ses forces. Il est trop petit. Cet acte romantique, un tantinet nietzschéen (« J’aime ceux qui ne savent vivre quand déclinant »), offrirait à Benoît Hamon une dimension historique (relative, soyons lucides, nous restons modernes). En un mot, pour reprendre la formule de Gilles Deleuze, il ferait de cette « négation l’agressivité d’une affirmation »(1), il se vaincrait lui-même dans un renoncement qui le ferait passer du dernier militant au surmilitant.  Il mettrait à terre son parcours dans une métamorphose héroïque. Il passerait ainsi de l’autre côté du pont. Il préfère de loin se vivre en martyr trahi, en christus dolens. La rose et les épines, ces ombres du politique chères à la gauche divine.

 

  • Hélas, le pronostic est sombre : Benoît Hamon est un anti-Nietzsche. Un seul troupeau, tous sont égaux : voilà notre homme. Son parcours politique est incompatible avec le grand risque, avec le renoncement joyeux et le glorieux déclin. « Bien fou qui trébuche », nous dit Nietzsche. La généalogie, voilà la clé. D’où vient l’homme ? Qu’a-t-il fait ? Quels sont ses mérites ? Par où passe sa volonté de puissance ? Qui est-il et que peut-il ? Les logiques calculatoires, les sondées, sont de peu de poids face aux trajectoires des hommes, aux forces souterraines qui orientent les grands choix d’une vie. Demanderiez-vous, simplets rationalistes, au parti socialiste de devenir nietzschéen ? Demanderiez-vous aussi aux électeurs du front national de lire instamment du Jankélévitch ? Réveillez-vous et prenez l’homme en compte, pesez-le enfin. Cessez de barbouiller vos valeurs, votre logique d’épiciers et vos gémissements sur des soldats de plomb. Le parti socialiste ne peut pas produire des hommes capables de s’anéantir aux pieds de l’idéal. Regardez Cambadélis, le premier secrétaire,  cette grosse marquise joufflue, voyez-vous là un funambule qui ferait du danger son métier ? Voyez-vous là une corde ? Voyez-vous là un pont ?

 

  • Un ami me demandait récemment : mais de quel bord es-tu ? Du côté de l’homme, de la bête raisonnante. Toujours. Tout désir de changement, tout vœu pieu, toute politique, de droite, de gauche, toute marche vers demain sont destinés à se fracasser lourdement sur ce que peut ou ne peut pas cette bête-là. Ne jetons pas la pierre à Benoît Hamon. Il est ce qu’il peut, rien de plus, rien de moins. Il porte mais ne passe pas. Arrêtons un instant de croire que l’homme a la capacité soudaine de devenir autre sur le seul critère de la beauté du geste. En êtes-vous d’ailleurs capables vous-mêmes, avez-vous la force de vous surmonter jusqu’à faire de votre déclin une esthétique militante ?

……….

(1) Gilles Deleuze, Nietzsche et la philosophie, « Contre la dialectique ».

Révolution, oui. Merdia, non.

Révolution, oui.

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  • Merdia. L’impuissance se traduit aujourd’hui par une violence exercée directement sur le langage par le langage. La conséquence la plus directe de ces convulsions pathétiques reste l’incapacité croissante à faire de la contestation un discours. Les contempteurs les plus virulents d’hier, critiques de la société du spectacle, passent désormais pour de doux prosateurs : analyses léchées des discours de propagande, décorticages dans les règles du classicisme littéraire des ressorts de la société de consommation, mises en scènes soignées des critiques du règne sans partage de la marchandise. C’est qu’ils faisaient encore attention à la forme ces gens-là.

 

  • Que reste-t-il du mot révolution quand il orne en lettres capitales la couverture de tant de livres morts nés servilement solidaires des plus médiocres conformismes ? La question se pose bien sûr aussi pour la philosophie, la critique, le journalisme. Face à une telle entreprise de démolition du sens des mots, l’esprit de sérieux n’a plus de prise. Le crâne quotidiennement bourré de signifiants ne renvoyant plus à rien, incapable de discernement, l’esprit (disons ce qu’il en reste) se venge sur les mots eux-mêmes en les balafrant, en les humiliant. Cette revanche symbolique, non dénuée de créativité, aggrave fatalement la catastrophe qu’elle dénonce en jouissant de ses dernières trouvailles. Merdia en est une. La question est donc moins le réel – comme si nous pouvions le restaurer comme un vieux fauteuil de salon – que l’attention à la forme, une lutte pour la forme.

 

  • Combien de fois ai-je voulu détruire des mots morts, les incinérer dans un surcroît de violence symbolique ? Que peut-on dire encore quand les mots de la révolte sont volés, quand une tradition de pensée se voit bousillée par le commerce et le marché de la sottise ? Quel discours peut-on encore produire, inventer, créer face à de telles stratégies d’anéantissement sémantiques ? Révolution ? Une nouvelle offre politique ?  Relisez bien la question, mesurez pleinement  son idiotie. Les plus éduqués ne sont pas dupes, ils tiennent leur mantra : marketing. Comme si le commerce et la prostitution marchande retournaient à eux-mêmes sans produire leurs effets dévastateurs. J’entends encore quelques plaintifs : où sont passés les contempteurs d’hier ? Jetées en l’air comme des grains de riz aux noces de la paresse et de l’abrutissement, la révolution, la démocratie, la critique sont aussitôt piétinés. « Ce que j’appelle mensonge, écrit Nietzsche dans l’Antéchrist : refuser de voir quelque chose que l’on voit. » (§55) Longtemps le travail de l’esprit consista à faire voir ce qui était caché, dissimulé, recouvert. Des mots défi, des mots massue, autant de provocations insupportables pour l’ordre et les logiques huilées de la domination. Sous la plume d’Aimé Césaire, la révolution de l’esclave s’exprime sans nuance, le poing levé face au colonisateur : « Un jour j’écraserai ton monde merdeux ! » Quel révolte nous reste-il ? Quel imaginaire pouvons-nous encore conquérir ? Qu’allons-nous révéler quand la visibilité de la catastrophe se double du refus de la voir ?

 

  • Un gueuloir, voilà ce qu’est le peuple. Ce qu’il a toujours été. Un grand gueuloir créatif et pathétique. Encore faut-il avoir des mots pour gueuler. Des mots et non des éléments de langage. Plus on lui vole ses mots, plus il les balafre en retour, plus il les bousille, plus il se venge des saloperies linguistiques que l’on vend sur son dos. « Le paysan illettré, l’artisan d’autrefois pouvaient penser par eux-mêmes. » (Marcel Martinet, « Misère de la culture concédée au peuple »). Penser, c’est-à-dire se déprendre de la simple distribution des apparences, de cette mise en scène de la pluralité dans une forme unique. Le conformisme, l’uniformisation des différences, commence par l’exclusion de toute critique inanticipable. La scénarisation des conflits, la mise en scène d’avis divergents, doivent être ainsi comprises comme une lutte à mort pour la domination d’une forme à l’exclusion de toutes les autres. Soyez accessible, soyez lu par tous, exposez plus clairement vos idées… Un procès en bonne et due forme pèse alors sur celui qui gueule à sa façon sans y mettre les formes. Décryptages, décodages, analyses d’experts, autant de pratiques orthopédiques qui ne concernent jamais les bousilleurs démocrates et progressistes de la langue.  Comment le peuple peut-il, lui, gueuler de la sorte ? Défendons la démocratie, sus à la montée du populisme, nous dit on. En somme, révolution, oui ; merdia, non.

L’humanisme Libé de David Vann

L’humanisme Libé de David Vann

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  •  Le libé des écrivains du 23 mars 2017 offre une tribune à une sélection d’écrivains. « A l’occasion du Salon du livre, 31 auteurs s’emparent de l’actualité », voilà l’accroche. Un de ces 31 auteurs se distingue en signant l’éditorial à la page 3, un dénommé David Vann. Cet écrivain américain se serait illustré aux Etats-Unis par son engagement contre les lobbies des armes et une nouvelle approche de la masculinité.  C’est dire à quel point l’écrivain en question incarne bien les hautes valeurs de la gauche Libé. Le fait qu’il ait quitté les Etats-Unis et reçu en 2010 le prix Médicis étranger achève la construction de l’idéal type. Résumons : David Vann, un auteur vraiment trop Libé.

 

  • Les présentations mondaines étant faites, nous pouvons passer à la lecture de l’éditorial en question. Il s’intitule : « Il est temps de tuer Dieu et la patrie. » Serait-ce possible ! Ce jeune quinqua trop Libé n’a donc pas entendu dire que Dieu est mort ! Tout commence par une confession. « Je suis heureux et honoré d’écrire l’éditorial de Libé aujourd’hui, particulièrement parce que mes romans sont existentialistes et que j’ai été très marqué par Sartre. Il n’y a peut-être jamais eu d’époque plus importante pour l’existentialisme que maintenant. » Je rappelle, avant de citer quelques sottises trop Libé signées David Vann, que Sartre, dans l’Existentialisme est un humanisme, distingue deux humanismes. Le premier, qu’il associe dans le texte au fascisme, prend l’homme comme fin en soi et valeur suprême. Il juge l’homme à partir des plus hautes valeurs, d’une mission. C’est le cas, pour Sartre, de Cocteau qui, dans son récit Le Tour du monde en 80 heures, fait dire à un personnage qui survole des montagnes en avion : « l’homme est épatant ». L’homme serait épatant car des hommes élèveraient, à tous les sens du terme, l’essence de l’homme au plus haut. « Mais on ne peut admettre qu’un homme puisse porter un jugement sur l’homme », ajoute Sartre. Entendons un jugement sur l’homme en soi.

 

  • C’est pourtant ce que fait David Vann en distinguant les « masses populistes influencées par la religion » des hommes qui ont la « mission première de créer un monde sécularisé. »  Des hommes, forcément athées, progressistes et libéraux, ont compris que « l’athéisme offre une porte de sortie » devant « l’absurdité récurrente des Trump et autres phénomènes nationalistes de droite tels que le Brexit, les Le Pen, Wilders, Grillo et compagnie. » Conclusion de l’éditorial : « Les supporteurs des apprentis dictateurs sont des gens normaux. Sur le plan démographique, ils sont plutôt plus vieux, blancs ruraux, pas riches, pas très bien éduqués et tout à fait religieux. Nous devons aller les chercher. Nous devons trouver des moyens de tuer leur Dieu et de tuer leur amour pour la patrie. C’est sans doute impossible, mais ça ne vous dit pas d’essayer? » C’est vrai ça, si nous allions, en compagnie de David Vann, un auteur trop Libé, tuer le Dieu et l’amour de la patrie des petits vieux blancs sous éduqués et pas très riches ? Peut-être que nous nous sentirions mieux après, plus détendus, moins « effrayés et désorientés. » Nous pourrions même convaincre les voisins de participer à la grande fête. Une petite virée façon Orange mécanique version existentialiste histoire d’éradiquer à jamais  les « masses populistes » ? 

 

  • La religion, insiste David Vann, « sape tous nos efforts pour créer un monde ouvert, démocratique et pluraliste. » Ah bon ? Mais le vote Grillo ou Trump n’est-il pas l’expression d’un choix démocratique dans un univers pluraliste ? N’est-ce pas les efforts conjoints des démocraties occidentales qui permettent une telle variété de choix ? Tuer la patrie des sous-éduqués et le Dieu des petits vieux déclassés est-ce un meilleur modèle pour penser un monde ouvert, démocratique et pluraliste ? Il serait donc temps de tuer Dieu et la patrie ? Difficile, David Vann trop Libé, de tuer une idée qui fait office de dernière bouée en période de grande liquidation civilisationnelle. Je te propose plutôt de faire tourner en boucle les clips planétaires d’Avicii ou de David Guetta sur You Tube dans lesquels de jeunes métisses urbains friqués (éduqués, nous verrons plus tard) chantent les louanges de ce monde ouvert, démocratique et pluraliste en lisant David Vann dans Men’s Journal ou Esquire. Plus efficace.

 

  • « C’est en poursuivant des buts transcendants que l’homme peut exister », écrit Sartre. Tuer Dieu et la patrie ne me paraissent pas des buts à la hauteur de la situation. Ils flattent sûrement une gauche intellectuellement paresseuse qui, à défaut de penser encore quelque chose, se venge de sa propre vacuité en cherchant à exterminer ceux qui ont encore le toupet de s’accrocher aux vieilles idoles. Une gauche qui confond existentialisme et sécularisation de sa propre bouillie, une gauche incapable d’interroger l’effondrement de la subjectivité humaine sans convoquer les ombres de Dieu. Une gauche crépusculaire, mondaine, ridicule, un humanisme de pacotille en bandoulière, une gauche tournée vers la célébration de son propre culte. Bref, l’humanisme Libé, « un humanisme dont ne voulons pas. » (Sartre, L’existentialisme est un humanisme).

 

Côlon t’as

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  • Rien de mieux pour fêter l’arrivée du printemps que de déambuler dans un tube à crottes en mousse rosâtre agrémenté de quelques polypes gonflables. Nous rêvons déjà de la montgolfière prostate, de la vessie rebondissante ou des poumons puzzles. Tout cela, chers coloncitoyennes, coloncitoyens, pour le bien de tous et la longue vie en tube à crotte de chacun. Au milieu de votre corps en kit bouée, de votre trou en polystyrène expansé – plus c’est expansé et plus le risque hémorroïdaire s’accroît – ou d’un beau lâché de ganglions blancs, nous irons vieux et vieilles. Le temps approche où la moindre irrévérence contre ces viscères en mousse qui colonisent désormais les places publiques, de Lille à Marseille, de Lons-le-Saunier à Collonges-la-Rouge, sera mis à l’index comme irresponsable, obscurantiste, pire, comme pro-cancéreux. Les 17000 morts du cancer du côlon ne font rire personne. Qui oserait se moquer ouvertement de cette initiative de salubrité publique ?

 

  • A défaut d’élévation spirituelle,  entrez dans votre cul. Et restez y.

Les nouveaux contes drolatiques – La fisne esquipe de BFMTV

Les nouveaux contes drolatiques

La fisne esquipe de BFMTV

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  • Dans son prologue à ses sublimes Contes drolatiques, ce « livre de haulte digestion », écrit dans une langue rabelaisienne, superbement illustré en 1855 par le jeune Gustave Doré, qui trouva là de quoi se faire remarquer, Balzac sonne le rappel : « Soubvenez-vous aussy, criticques enraigez, halleboteurs de mots, harpyes qui guastez les intentions et inventions de ung chascun, que nous rions que enfans, et, à mesure que voyageons, le rire s’etainct et despérit comme l’huile de la lampe ». Par bonheur, tout au long du voyage, les occasions ne manquent point, au temps de Rabelais, de Balzac comme au nôtre, de trouver occasion à rire. Les pantagruélistes de tous siècles durent faire avec la matière de leur temps, incitant à lire plutôt la nuit que le jour. Ils avertissaient d’ailleurs les bons lecteurs, « goutteux trez-illustres et beuveurs trez-prétieux », de ne pas laisser ces livres aux pucelles de peur qu’ils ne prennent feu.

 

  • Les ordres royaux de la Toison d’or, du Saint Esprit et de la Jarretière ont perdu, il est vrai, de leur superbe en se poudrant le nez sur les plateaux télé. A regret, les pucelles médiatiques sorties des couvents parisiens du journalisme, faute d’éducation, s’enflamment moins qu’un bois humide quand elles tombent par hasard sur une critique enjouée. Les joutes chevaleresques et les lippées d’ambroisie n’ont plus cours sur la place et les chattes choyées ne portent plus jupons. Le sexe est indifférent, seul compte le bruit des bouches dans les micros. Les chattes courtisées s’attablent et discutent ainsi de marchés ou d’épices dans des alcôves bleutées offertes à domicile et à toute heure au regard du chaland démocrate. Déchaussées de la cervelle jusqu’au talon, eut dit Balzac, elles se pâment entre elles sur l’avenir du monde et l’épaisseur de la dette publique. Elles se tiennent en lèche.

 

  •  La rusée linotte, femme celle-ci et moulin à rata de surcroît, est capable, paraît-il, de débiter des dauberies pendant des jours en continu sans respirer. La diabolique prouesse que voilà. C’est du moins ce qui se dit en Touraine et Bourgogne. Cette vilaine ribaude médiatique, entourée de ses trois galants à collerette, règne, toujours selon les dires, sur le marché de l’info, une place forte qui concurrence pour l’étonnement toutes les richesses du ciel et de la terre, du guano à la taupinière. Des bohémiens voleurs de reliques de vierges, appelés « extrêmes » par cette quadrille de connétables, font courir le bruit, dans les culs de basse-fosse, que ces chattes vernies peuvent discourir trois jours par la bouche sur les intentions qu’aurait le fion de briguer encore présidence. Cette prouesse des orfices, si elle est avérée, devrait courir d’auberges en auberges jusqu’à la Palestine.

 

  • Hélas, nous ne disposons pas, pour illustrer le boudoir de cette fine équipe, de crayonneurs aussi talentueux que le sire Doré. Nous devrons nous contenter, bassesse de l’époque, d’une piètre capture d’écran qui élève moins l’esprit vers les hauteurs du beau que le rebond d’une couille sur un trampoline. La faute au progrès, jactent dans les bouges populaires, chicaneux, acrobates et réactionnâtres. Il faut dire qu’il n’est pas aisé de trouver ici ou là des braillards mélancoliques prêts à croquer pour le geste ces nouveaux seigneurs. Le travail gracieux de l’esprit ne fait plus recette, m’a t’on dit récemment. Voici donc la chose cueillie à la volée. Vous reconnaîtrez, en haut à gauche, la michtonneuse de dauberies politiques à son costume fuchsia. Mille excuses bonnes gens pour le rendu.

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Castramétation mentale

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  • Certains pensent encore que le travail de résistance critique aux abrutissements consentis relève d’un honnête passe-temps élitiste. A moins qu’ils ne soupçonnent une nostalgie cultivée, un dandysme stérile et complaisant, une façon habile de sauver son âme à peu de frais. Au nom d’un progressisme somnambulique, ils vont même jusqu’à accuser ceux qui témoignent des soumissions spirituelles de notre temps de faire le jeu des ennemis de la démocratie, autrement dit du marché. Car c’est bien de témoignages dont il est question. Dresser des constats, dire ce qui est le cas, faire état de ne ce que nous devenons, de ce que nous vivons, voilà notre seul réalisme. Au milieu d’une nuée de visionnaires, de marchands d’avenir, de promoteurs d’émancipations collectives, tous persuadés des vertus des nouvelles technologies de l’information et de la communication, quand la liberté ne circule plus qu’en fibre optique, ne reste qu’à témoigner. Quoi d’autre ? Consentir ? Jouer le jeu ? Subir les pires humiliations pour avoir le droit à son quart d’heure promotion ? Accepter la dégénérescence programmée de la langue pour trouver un public ?  Ménager le vide et appeler cela design ?

 

  • L’heure n’est plus aux négociations. Les ironiques milices de l’esprit qui erreront demain dans un maelstrom de virtualisations insensées n’auront d’autre souci que de préserver leur univers imaginaire, mental, linguistique. L’heure ne sera pas à la prise, encore moins à la chasse, mais à la préservation. Il s’agira de sauver, des moyens gigantesques qui seront mis en œuvre pour informer les masses, des lambeaux d’étonnement et avec eux quelques prodiges résiduels pour les porter, en contrebande. Décrire la bouillie progressiste, la peindre, l’illustrer, la chanter, non pas pour enrôler les petits hommes qui barbotent et sautillent dans cette gelée mais pour ne pas être englouti à notre tour. Les armes de la critique seront des armes défensives. Elles soutiendront une castramétation imaginaire, une sphère de protection mentale.

 

  • Ceux-là même qui prétendent réformer une société en crise le font dans des termes qui dévastent la langue. Dans le règne sans partage de la marchandise et du marché, les nouveaux démocrates seront aussi les publicistes d’une nouvelle offre de soumission. Ne tirons surtout aucune conséquence sérieuse de la catastrophe en cours : tel est le credo des politiques représentants de commerce. Ce à quoi je fais pourtant face quotidiennement sur les bancs de l’école publique ne ressemble en rien à une révolte contre un soi-disant système qu’il serait urgent de réformer mais à un délaissement spirituel sans précédent. Imaginaire rétréci, langage stéréotypé, uniformisation du jugement. Les mondes intérieurs s’appauvrissent en proportion inverse de leur mise en réseaux.

 

  • Où est la menace ? L’insécurité ? Le terrorisme ? La montée des extrêmes? La crise ? Les défenseurs d’un ordre économique qui se nourrit du rapetissement des dimensions de l’homme sont passés maîtres dans la mise en scène spectaculaire des menaces factices ou marginales. Les technologies de l’information, de la communication, de la médiatisation  ont atteint un tel degré d’intégration et de puissance que l’idéal d’autonomie du jugement cher à la philosophie libérale – chaque individu est libre de se situer en conscience face à une offre donnée – n’a plus aucun sens au regard d’une telle maîtrise. Pire, cet idéal est l’alibi utile qui autorise les plus obscènes régressions mentales (à condition qu’elles soient économiquement rentables) sous prétexte que l’individu est toujours capable de s’y soustraire. Affirmer le contraire serait faire preuve d’un odieux paternalisme morale : de quel droit pensez-vous que les individus ne sont pas capables de se situer eux-mêmes, de faire preuve d’autonomie, de distance, de recul critique ? Comme si l’autonomie, le jugement, la distance, le recul critique pouvaient ne pas être affectés par la contamination calculée, rationnelle d’une ingénierie de la communication qui a fait de l’esprit humain son dernier continent stratégique à conquérir. L’idéal d’autonomie libéral affirme théoriquement une sphère de jugement dont l’autonomie est pratiquement contraire aux intérêts du marché libéral. Il y a donc tout lieu de comprendre que cette affirmation n’est qu’un leurre utile : n’ayez crainte, votre liberté de jugement est en droit toujours sauve !

 

  • Un ami me faisait part récemment de l’angoisse que suscite chez lui une publicité d’IBM qui met en scène un dénommé Watson, célébrité médiatique dans le domaine de l’intelligence artificielle. Voir l’homme se prosterner devant la réconciliation de l’esprit, de la rentabilité et de la machine, pour le plus grand profit des puissances de l’argent, ne peut en effet que susciter l’angoisse. Une angoisse dont la réalité est inimaginable pour ceux qui imaginent aujourd’hui l’irréalité de demain. Angoisse qui devra être vaincue au profit du marché, non pas par des adversaires idéologiques fanatisés ou des théologiens barbares, ces menaces factices ou marginales, mais par un surcroît technologique d’information et de communication, le tout soutenu par une volonté politique émancipatrice et libérale. Il arrive ainsi à notre univers mental ce qui a déjà lieu dans le monde physique : une réorganisation du territoire, un réaménagement rentabilisé de l’espace.

 

  • Nos lignes de défense ne peuvent être simplement théoriques ou ironiques, spéculatives ou satiriques. Elles seront aussi offensives et agressives, humiliantes pour l’ennemi. L’angoisse pourra se muer en une violence symbolique qu’il s’agira d’orienter contre les promoteurs de la dévastation, ces hommes cyberadaptés qui parlent bas et sont à votre écoute. Combien de fois ai-je pu percevoir la jubilation de ceux qui exprimaient joyeusement, dans une formule bien sentie, dans une langue truculente, dans des pratiques erratiques, la défense de leur univers mental contre les puissances d’intrusion. Les mots ont un sens et il s’agit bien d’une guerre, non pas simplement de la mise en forme esthétique d’un certain désarroi, d’une petite insatisfaction passagère, d’une humeur. Nos adversaires ne s’y trompent pas. Reconnaissons leur au moins cette lucidité là. Ils savent, pour reprendre l’idiote rengaine, que personne ne sera pris en otage. Nous ne sommes pas du genre à faire des prisonniers.

La sondée du peuple

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  • Le sondée – qu’on accompagnera de petits bâtonnets aux couleurs des candidats ou diagrammes de sondée – est notre nouvelle Pythie. Une série de pourcentages classés quotidiennement par ordre décroissant qui laisse moins de trace dans la cuisine que le marc de café ou les entrailles de poules. Hygiéniquement, la démocratie progresse. Ne sommes-nous pas passés, en trois siècles, des fèces du roi à celles de l’opinion publique? Les merdes royales étaient qualitatives, gustatives, valorielles. Autour d’elles, on causait texture, fibre et consistance. Celle de l’opinion sont quantitatives, inodores, vectorielles. Inutile d’éventrer les poules ou de jeter les osselets. La sondée dite d’institut résume et condense. La sondée maison, familiale, n’a pas la même valeur épistémique. La sondée d’institut est objective. Elle vous propose le fait et son interprétation. Le mystère des profondeurs insondables du ventre mou enfin accessible dès l’école primaire. L’herméneutique y a perdu beaucoup. La politique, je vous laisse deviner.

 

  • Monsieur Diafoirus le confessait déjà : « Le public est commode. Vous n’avez à répondre de vos actions à personne ; et, pourvu que l’on suive le courant des règles de l’art, on ne se met point en peine de tout ce qui peut arriver. Mais ce qu’il y a de fâcheux auprès des grands, c’est que, quand ils viennent malades, ils veulent absolument que leurs médecins les guérissent. » (1) Le public est commode, retenons la formule. Il se laisse sonder le bougre, il aime se faire mettre une sondée dans le jargon, plusieurs fois par jour s’il le faut. Différents instituts, aux sigles inutiles, se piquent de pratiquer la chose. On sonde pour untel ou pour un autre, jamais directement pour le sondé. Ponction numérique du grand corps adipeux et présentation des résultats à vingt heures pour les retraités, en continu pour les actifs. Que ferions-nous sans eux, graphiques et petits bâtonnets ? Si rien n’était sondé, tout serait permis.

 

  • La sondée oriente les flux et les reflux claniques, elle fait son homme et le défait. La valeur du politique de saison, vous la trouverez tout au fond de la masse doxique. Le sondeur devra mettre des gants plastifiés jusqu’au coude avant de s’enfoncer dans la bête publique. Ce qu’on appelle les marges d’erreurs de la sondée. Tout un chacun peut commenter les résultats d’une sondée et voter en conséquence. Il s’agira du vote utile  que l’on peut qualifier aussi vote de piété tant il rend hommage à la nouvelle Pythie. Vote de dévotion conviendra aussi. Ne dira-t-on pas, après le vote d’un fidèle : à dévoter ?

 

  • Tout un chacun peut commenter une sondée et se faire ainsi une opinion qui s’ajoutera à la sondée suivante modifiant d’autant la sondée précédente, au risque bien sûr de se refaire dessus. Certains résultats sont inquiétants ou peuvent laisser augurer du pire. C’est la mauvaise sondée. Les différents Diafoirus du commentaire politique se querellent parfois en directe sur la dernière sondée en date. Une question récurrente : en cas de désistement de l’un au profit de l’autre, peut-on additionner leurs deux sondées comme on additionne les œufs mayonnaises ou les emplois fictifs ?  En l’état du savoir politique – le fameux science pot qui tire son nom de l’illustre chaise percée – personne ne peut démontrer clairement que les sondées s’additionnent. Ce savoir est certainement réservé aux dieux.

 

  • « Sonde toi toi-même et tu sonderas les dieux », ainsi parle le sage. Si la politique est l’institution lucide de la société par elle-même, la sondée est la ponction ténébreuse de la société par un autre. Politiquement malades, terrifiés par l’idée de voir sortir un boudin noir à la place d’un poulbot blanc, les gouvernants conjurent à l’avance ce qui pourrait advenir. Mais a-t-on vu un médecin du roi interroger le monarque sur son état de santé avant qu’il ne fasse ? Quel Diafoirus aurait eu le toupet de dire au roi ce qu’il devait faire ? Alors, s’il est vrai que le souverain n’est plus le roi mais le peuple, reconnaissez lui, avant toute sondée, le privilège inaliénable de chier tranquille.

 

(1) Molière, La malade imaginaire.

 

Election de Mister France

Election de Mister France Couronne-miss-france-2015

  • Le psychodrame électoral bat son plein. Un défilé de gueules, de tronches et de costards agrémenté de gros chiffres, de quantification budgétaire, d’économies, de dépenses, de chiffrages pour le sérieux.  Casting présidentiel – la formule tourne sur les chaînes infos – sur fond d’éléments de langage, de formules-chocs, de propositions repères : nouveau logiciel, présidentiabilité, sortie de crise, rassemblement, calendrier juridique. Millions et milliards d’euros sont de sortie. Bouillasse d’avocats, guacamole éditoriale, minestrone en débats et  analyses en gratins. Une foire aux egos qui sert au mieux la mise en spectacle quotidienne du grand show quinquennal. Une armée de cacatoès délavés communiquent en boucle sur la chose. Menace du chômage, des extrêmes, de la dette, du déclassement, de la perte d’identité, du terrorisme. Menaces au programme. L’élection de Mister France et son décor glauque.

 

  • Bobos parisiens contre hobereaux de province, le peuple, oh bon peuple, va faire son choix. Drapeaux tricolores dans les deux camps. Les prolos cracheraient-ils dans la soupe préparée par les maîtres queue du spectacle politique ? L’heure est grave, les extrêmes sont aux portes de Paris. Le philosophe du mois éclaire heureusement la question dans le Magazine Philo Plus. L’orgie bat son plein juste avant la descente, les cent jours de grâce qui n’en feront plus qu’un. Actu oblige. Mister France portera tout : le redressement du pays, l’arthrose des seniors, l’urgence climatique, l’essorage de la dette, la purification de l’air, l’inversion de la courbe du chômage, l’espoir de la jeunesse, le travail, le loisir et le droit à l’orgasme.

 

  • Qui sera l’élu de votre cœur ? Le diarrhéique jeune péteux mégalo et ses flux d’outsiders translucides  décérébrés ? Le terrien constipé et son fief historique en cathédrales de bouses juridiques ? La flatuleuse héritière et son rictus de hyène pelée ? Le tribun ventriloque et son inutile talent oratoire météoritique ? Le spectre coprophage et sa vision brumeuse d’apparatchik frondeur ami des hommes ?  J’hésite. Non, j’ouvrirai l’annuaire le jour du choix et glisserai dans l’urne le nom d’un inconnu : Yvette Damnon, Karim Marty, Kevin Landi, Jean-Claude Pilorget.

 

  • La politique réalité surclasse définitivement  la télé réalité. Qui restera en deuxième semaine ? Dindes et dindons déchiffrent pour vous les ébats du jour, les derniers soubresauts dans le bocal. Qui reste ? Qui se retire ? Les fidèles de la première heure, les frondeurs de la dernière, vous les verrez tous, petits organigrammes animés pour mieux comprendre. La pédagogie n’est jamais très loin. Les alliances, les reniements, les confessions en off et les déclarations en prime avant de repartir à la conquête de l’électeur, dans les fiefs, sur les terres historiques.  Electeur-spectateur doublement sondé, audimat et intention de vote. Urine et selle. Avant, après, pendant. Le matin et le soir. A toutes heures. Flux quotidien de pourcentages, de courbes sur le modèle des courbes du chômage ou des indices de pollution de l’air. Météo politique ? Plutôt, lobotomie de masse, soft, design, démocratique, française. A voté.

 

 

 

 

 

Vaseline Macron

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« Il peut changer de couleur, d’aspect, de discours en fonction de l’interlocuteur, c’est sa grande force »

Jean-Baptiste de Froment,
ancien camarade de promotion

Franceinfo

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  • Récemment entendu au sujet de Macron, dans un café : « Surtout pas lui, il va nous enculer ». Où commence le fantasme, où finit le diagnostic ? Quand je vois le saurien et son mouvement publicitaire En marche!, je ne peux en effet m’empêcher de faire naître dans mon esprit – malade, je te l’accorde – des images douteuses, un mélange de chibres visqueux, de trous et de pâte à dent mentholée.  A deux ans près, Emmanuel Macron aurait pu être un camarade de classe prépa. J’en ai d’ailleurs connu des comme lui, des frisés, des petits blonds, qui arrivaient le matin à 8h avec The Economist sous le bras, sourir frais et gestes mous. Déjà la veste. Oui, tu le reconnais, la fausse queue dans le jargon du billard, celle du deuxième rang qui brille à l’oral avec ses yeux de biches en lisant le texte d’une voix suave avant de lustrer la méthode à l’écrit. Goethe ? Balzac ? Hugo ? Des prétextes à distinction qui s’évaporent bien vite lorsqu’il s’agit d’envisager plus sérieusement la suite du parcours. S’il faut reconnaître une constante du système éducatif français, c’est sa capacité à produire, dans ses plus hautes sphères, de tels caméléons.

 

  • Lettres, économie, Sciences po ? Peu importe, tout s’enfile, tout se rejoint, tout se mélange. J’ai toujours éprouvé, en face de ces eunuques de la culture formés en classes prépas – « on donne le sérail à l’eunuque », le mot est de Nietzsche – ces suceurs de programmes capables de tout avaler indistinctement, une sorte de dégoût intuitif que l’âge n’a fait qu’accentuer. A côté de ces gluants et de leur langue protractile, aujourd’hui quadras et aux affaires comme on dit, les anciens patriarches font certes figures de dinosaures mais me sont nettement moins odieux. Emmanuel Macron, le petit enfant de chœur ? Imaginer Nicolas Sarkozy prendre Carla Bruni comme un lapin de garenne, Rolex au poing, me paraît nettement moins obscène que penser à Emmanuel Macron pénétré par l’Esprit saint chez Rothschild.

 

  • L’homme, répétons le, n’est ni de droite ni de gauche, ni bleu ni rose, ni mondialiste ni anti-mondialiste. La méduse est en marche. Emmanuel Macron est un pur produit du temps, la fleur de farine poisseuse d’un pragmatisme cynique qui caractérise parfaitement ceux de ma génération qui ont réussi à faire de la nullité spirituelle de leur période historique le carburant inépuisable de leur réussite personnelle. Aidés de ces « helpers », autant de « cybergédéons et de turbobécassines »(1), techniciens des surfaces virtuels, « outsiders » comme dit le cuistre, marchands de baratin pixellisé, il est hors d’atteinte de toute dialectique. J’ai pu d’ailleurs constater avec le temps à quel point la réussite mondaine de ma génération était inversement proportionnelle à la conscience dialectique qu’elle avait du désert dans lequel elle s’était épanouie. Avec Emmanuel Macron, le capitalisme de la séduction n’est plus simplement un argument marketing mais le marketing comme horizon de tout argument.

 

  • Jean-Baptiste de Froment, un temps conseiller de Nicolas Sarkozy, auteur de la synthèse qui illustre mon propos, expliquait, il y a deux ans de cela, aux rencontres philosophiques de Saint Emilion – pinard et mondanité – que le dit conseiller du prince avait un « pouvoir de véridiction ». La question de la vérité objective d’une situation politique écartée par cette génération de sophistes épiciers ne reste plus en effet que le pouvoir d’imposer une vision particulière avec la force que cela suppose, à savoir « changer de couleur, d’aspect, de discours en fonction de l’interlocuteur ». C’est là que se fait le lien entre la philosophie et la politique, entre hypokhâgne et Bercy, entre Balzac et la banque Rothschild. Non pas un lien hiérarchique – penser le politique à partir de principes philosophiques que l’on chercherait à réaliser dans la cité – mais un rapport de subordination du moyen philosophique à la conquête du pouvoir politique. Ces nouveaux rhéteurs, à mi-chemin entre le télé-évangéliste allumé et le docile étudiant en école de commerce, accomplissent la synthèse gingivale du savoir et du pouvoir, à un degré d’intégration qui annihile toute capacité critique tant leur langue est insaisissable.

 

  • De là cette nausée si particulière que j’éprouve en voyant Emmanuel Macron s’adresser au dit « peuple », cet écœurement qui n’est pas simplement une saine méfiance en face de celui qui veut prendre le pouvoir mais un dégoût beaucoup plus viscéral et profond. Emmanuel Macron, par son parcours, son âge, son cursus, c’est celui qui renvoie tous ceux qui ont un jour ferraillé avec les lettres et les concepts, qui ont eu le sentiment de la grandeur de l’idée, à la plate nullité de leur période historique. Mieux, à leur propre absence d’avenir dans un système médiatique qui promeut de tels individus aux plus hautes fonctions de l’Etat. Plus nauséeux encore, entendre l’hédoniste officiel, la grenouille philosophe, se donner du relief en pointant le vide du bonhomme. Batracien hédoniste ou saurien en marche, fais ton choix ? Mais pour dix mille « helpers » en marche et autant de lecteurs de la bouillie médiatico-philosophique, combien de Balzac et de Grandville ? C’est à cela que l’on mesure objectivement la véridiction du vide et de son camouflage.

 

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(1) Gilles Châtelet, Vivre et penser comme des porcs