Fillon, qui en veut ?

Fillon, qui en veut ?

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  • « Je dis qu’il faut casser la baraque pour aller plus loin. » (Fillon, 22 novembre 2016)
  • « On me dit qu’il vaut mieux un champ en jachère que quelques arpents non déclarés. » (idem)
  • « Je préfère supprimer l’ISF que laisser l’industrie française sans capitaux. » (idem)
  • « La liberté c’est la liberté » (idem toujours)

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  • Pouvons-nous encore nous supporter ? Pouvons-nous encore accepter l’idée que la conservation de soi puisse être le seul horizon du politique ? Qui n’est pas pris de nausée en recevant à la face, pour la millième fois, ces tautologies, ces harangues économiques, ces saloperies financières, toute cette puanteur ? Quelle puissance surhumaine faut-il aller chercher pour ironiser encore dans les marges de ces slogans pathologiques ? Quelle force devons-nous convoquer pour tenter de tenir encore un bout de contenu en face de cette bouillie  ? Quelles résistances  somatiques avons-nous développé pour avaler chroniquement ces bols de morves au petit déjeuner ? De quelle sensibilité sommes-nous encore capables ?

 

  • La question est affective. Comment expliquer que la nausée ne soit pas plus démocratique ? Consentir pour ne rien sentir ? Anesthésie volontaire, ablation citoyenne des organes de la perception, mutilation du goût quand celui-ci vire au dégoût ?  Nous voilà pris entre deux tendances contraires : matérialiser, faire avec les ordures, dedans, nous mettre à hauteur de la bassesse, déchaîner la satire compromise aujourd’hui avec les faux nez de la décérébration de masse ; spiritualiser, viser la plus haute pensée, analyser un cran au-dessus, théorie de seigneurs et d’angelots philosophes. Satirique ou dialectique ? Faire les deux à la fois ? Résultat illisible, brouillon. Risque aggravé de démence mentale. Projet incompréhensible pour des cortex binaires dressés aux tableurs. Je me sens d’en bas aspiré vers le haut ; je me vis comme échouant jusqu’à la réussite. Impossible de ne pas reconnaître une singulière pulsion de destruction qui seule pourrait rivaliser avec la myriade des pulsions de destruction anonymes. Etre au moins singulièrement acteur de son naufrage. Travail de sape qui vous arrache une partie de vous-même. Impossible d’en sortir indemne.

 

  • Préservation, voilà le maître mot des esclaves du temps. Fais attention à toi, ménage toi, ne vas pas trop loin… Le mutilé se protège et vous conseille au passage. Sait-il qu’un clic de trop, un écart de flux, pourrait lui effleurer la glotte et provoquer le reflux ? La fausse posologie que voilà : dans le système ou hors système ? Poseriez-vous la question du système à l’homme qui mange sa merde en souriant ? Ici, vous franchissez le seuil de la décence, retrouvez l’impulsion des vieux grecs braillards que n’impressionnaient pas les mots demos, cratos et politeïa. Pour avoir encore un corps, ils ne contrôlaient pas leur réflexe nauséeux. Ils parlent, nous citons. Ils s’affirment, nous nous soumettons. Ils vomissent, nous régurgitons. Au nom de quoi au fait ? Ah oui, au nom de la liberté et « la liberté c’est la liberté ».

 

  • Observez ces chiens enragés du changement, ils en ont la bave aux lèvres. Ils suintent le changement par tous les pores. Mais le temps qui ravine ces gueules poudrées est autrement plus efficace en matière de changement que leurs programmes. Le temps trace son sillon, Fillon, il œuvre en silence pour mettre en échec les orgueilleuses planifications de l’homme. Comme lui, nous n’avons pas en face d’adversaires à abattre. Ils sont en nous. Nous n’écrivons, en fin de compte,  qu’une honnête biographie contrariée, un témoignage tragi-comique de nous-même. L’adversaire est un prétexte non une cible. Témoigner de ce que vit une conscience quand ce qui la nie se présente benoîtement face à elle, poudré, avec sa merde et son sourire noirci. C’est le programme.