Le crayon guidant le peuple ?

Le crayon guidant le peuple ?

  • original.77801[1]Au risque de casser l’ambiance – un risque pour de faux, il va sans dire -, rappelons que le crayon ne fait plus école. Depuis longtemps. Un photomontage devrait, si le goût du réel n’effrayait pas les masses, substituer à ce simulacre une tablette ou un Iphone 6. Forcément, le résultat serait plus discutable et la charge émotionnelle s’en trouverait amoindrie. Mais, que voulez-vous, c’est le prix de l’honnêteté. La génération Amélie Poulain n’a pas plus de rapport au crayon et à la plume qu’aux textes de Jaurès ou de Rousseau. C’est  d’ailleurs pour cette raison qu’elle est capable de se mettre en scène aussi bien. Imiter la liberté, feindre la création, mimer la résistance, simuler le politique, pasticher la guerre, autant de qualités indéniables pour en être aujourd’hui.  Les métiers de la com goûtent, au plus haut point, tous les « Je suis Charlie ». Schwarzie aussi.

  • A l’heure de la communion nationale, oser toucher à l’iconologie d’ambiance suppose un petit courage. Me voilà d’ailleurs partagé entre le tropisme émotionnel  d’appartenance à mon pays, la France, et la conscience lucide de ne pas vouloir le brader aux pubards qui prophétisent. Je ne crois pas à l’innocence et aux vertiges de la spontanéité. Non, trois fois non, le crayon géant en cartoline ne guide pas le peuple. Au mieux, la présence sur la photo d’une mine parachève la mise en scène. A l’export, au Japon, ce détaillé méritera d’être souligné. En gras.

  • « Terroriste, un métier de feignant et de branleur » ? Il me semble que les saints Nicolas du carnage coranique répondent moins à cette accusation que certaines catégories professionnelles auxquelles on laisse le soin d’organiser notre iconologie nationale. La contamination virale du « Je suis Charlie », venue de la pub et de la grande surface, y retournera. La liberté guidant le peuple a une autre profondeur, elle marche sur un monceau de cadavres. La mort est partout. La scène est tragique, violente. Le tableau de Delacroix sent la poudre ; il fait couler le sang.

  • Les scénaristes de la démocratie et de la République sont légions. Culture démocratique, dit-on. C’est une certitude, nous ne manquons ni de bonnes âmes ni de scribouilleurs. Pour guider un peuple, Jean-Jacques Rousseau – qui forgea le sens républicain du concept – envisage une figure tutélaire : le législateur.  Le législateur a un grand esprit, une vision politique. Géopolitique, dirons-nous aujourd’hui. Quelles relations diplomatiques le peuple souverain doit-il avoir avec la Russie ? En quoi l’Europe aliène-t-elle la souveraineté nationale ? Dans quelle mesure les stratèges de l’Otan se substituent-ils à l’expression de la volonté générale ?

  •  Si le législateur n’impose pas ses décisions au peuple souverain, il le guide. Le peuple veut toujours son bien mais il ne le voit pas toujours, écrit Jean-Jacques Rousseau. Il lui arrive, par exemple, de confondre le scribouillage et la barbouille avec une vision politique. Il peut s’époumoner sur la liberté d’expression quand ses expressions de la liberté manque cruellement de souffle. Il en vient même à confondre un crayon géant en carton-pâte avec le réveil politique de la souveraineté ? Le peuple est aussi fétichiste. Il veut assister à son propre spectacle, ce qu’est la politique sans grands desseins.

HB, comme la mine du même nom

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Publié le 22 janvier 2015

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