Qui sera « séditieux » demain ?

Qui sera « séditieux » demain ?

(J.J. Grandville, L’Aspic, dessin, 1846)

  • A ce rythme, après demain, demain peut-être, la critique un peu sérieuse et qui n’a pas l’intention de se satisfaire de saupoudrer le plat partout servi, sera traquée, suivie, limitée, jugée comme séditieuse et condamnable à ce titre. Non pas parce qu’elle appelle à l’insurrection qui vient ou à la lutte armée confortablement posée dans son salon, comme le laisse accroire le démocrate raffiné qui cherche à en être. Non, pour la simple raison qu’elle existe encore, qu’elle porte une autre parole, une parole irréductible qui ne trouve pas place dans l’immense simulation de pensée et de politique qui dissuade aujourd’hui aussi bien l’une que l’autre.

 

  • Si j’écris aujourd’hui, avec d’autres, sur un site internet, ce n’est pas par goût. Je préfère le papier à cet écran qui me fait mal aux yeux. C’est tout simplement qu’ailleurs, il n’y a plus de place pour être un peu visible par ceux qui n’ont pas intérêt à rendre visibles leurs adversaires. Si je fournis, par exemple, la copie de la lettre que Maxime Catroux, éditrice chez Flammarion, m’a adressé pour retoquer un texte sur le cynisme médiatique, il y  a de cela des années,  un texte dans lequel je nomme explicitement ceux que je vise, un texte que nous avions réfléchi ensemble dans ses grandes lignes, suis-je séditieux ? Si je mets à jour la raison avancée (« les médias ne feront aucune place à votre critique ») suis-je complotiste ? Suis-je, bandes de gros zouaves que vous êtes, un agent russe infiltré ? Si, enfin, je fais les derniers liens, cherry on the liberal cake, entre cette situation de lâcheté intellectuelle en France et l’élection d’un homme, Emmanuel Macron, suis-je une menace pour l’ordre public ? Si tel est le cas, en conclusion, c’est tout simplement que cet ordre est à ce point fragile qu’il ne peut plus tirer de sa très faible légitimité démocratique par voie élective les seules raisons de sa survie. Il lui faut désormais la police, non pas pour garantir la paix mais pour faire la guerre à ceux qui la veulent. Demain, à la télévision, l’homme de paille jettera trois miettes et caressera le public de ses yeux doux pour enrober cette évidence et éteindre la révolte.

 

  • Nous en revenons toujours au même problème. Le seul, en France, à l’avoir pensé jusqu’au bout reste Jean Baudrillard. Un penseur de premier plan, mort en 2007, qui n’est plus aujourd’hui convoqué que par des non-pensants qui lui font dire en trois minutes l’inverse de ce qu’il a réellement pensé dans une oeuvre. Il avait parfaitement compris que l’introduction du négatif dans de tels systèmes hégémoniques ne pourrait se faire désormais que sous la forme d’une part maudite, une part irrécupérable. C’est lui que j’ai convoqué à la fin de mon étude sur Emmanuel Macron, Le Néant et le politique,  pour expliquer ce que ce modèle de simulation du politique, représenté aujourd’hui par Emmanuel Macron et son mouvement, fera demain à ceux qui le contestent. Ce modèle, qui sans résistance se généralisera après demain à tous les pays européens, est incapable d’accepter la critique car il s’est construit contre le négatif.

 

  • Souvenez-vous de cette phrase emblématique d’Emmanuel Macron dans ses meetings : « Ne les sifflez pas, cela ne vous ressemble pas. » Je ne vais pas refaire ici la démonstration que j’ai pu faire ailleurs. Les curieux fouilleront. Mais il est certain que cette phrase porte en elle une nouvelle violence politique, une violence inédite par réversion totale du négatif. Tout ce qui siffle doit disparaître car cela ne nous ressemble pas. Pourquoi ? Parce que le système de simulation politique, qui n’est justement plus politique (il ne fait que défendre un ordre économique qui ne l’est plus lui-même depuis longtemps) nous a déjà pensé. Nous sommes déjà linéarisés, nous sommes déjà encodés par les Macron du nouveau monde, tous autant que vous êtes, dans une marche en avant qui n’est plus discutable. Que cherchez-vous à faire exactement avec votre critique ? La réponse est déjà en place : créer le chaos, déstabiliser la République, nuire aux intérêts bien compris de chacun, mettre en danger la liberté.

 

  • Longtemps, la critique est venue du dehors de la société, de ses marges les plus marginales. Le problème c’est que ces marges s’étendent, elles gagnent des corps de métiers qui jusque là se tenaient au centre du dispositif politique. Cette expulsion, qui correspond à un affaiblissement de l’idée républicaine dans l’hyper marché mondialisé, qui n’en a d’ailleurs aucun besoin, produit une situation nouvelle. Des hommes et des femmes deviennent dangereux pour l’ordre car ils veulent la paix, ils veulent que cesse le harcèlement du pouvoir, ils veulent vivre décemment. Mais cette volonté prend la forme d’une hyper négativité car elle n’a plus de place. Elle échappe à la précession des simulacres, c’est-à-dire aux dispositifs de simulation et de contrôle qui dissuadent à l’avance toute action possible. Ce sont ces modèles qui distribuent les places aujourd’hui, qui décident ce qui doit être visible ou pas.

 

  • Une résistance critique qui n’a pas une place préétablie doit ainsi disparaître. Il n’y a pas d’issue dans ces modèles, il y a pas de dialogues. Les simulateurs du politique nous accusent à la fin de l’histoire de ne pas vouloir le dialogue ? Ils ont bien raison, nous ne voulons pas de leur dialogue, qui n’est pas une manière de dialoguer mais bien d’augmenter le gigantesque monologue de tous les processus de dissuasion.

 

Vous ne nous dissuaderez pas, vous, les séditieux de l’homme.

 

Le peuple d’à côté

Le peuple d’à côté

 

 

  • Combien d’éditorialistes, ces nouveaux parasites du spectacle, ces minables causeurs surpayés, oublient de se demander pourquoi des retraités, j’en ai croisé beaucoup aujourd’hui, supportent de passer toute une après-midi à suffoquer dans les gaz lacrymogènes copieusement déversés sur une foule pacifique dans son écrasante majorité ? Pourquoi ces hommes et ces femmes se mettent soudainement à parler entre eux, de la France, du CICE, de l’impôt sur la fortune, de la prétention du président de la République, de la démesure de l’usage des gaz lacrymogènes, de l’Europe, au milieu de la fumée une écharpe sur le nez et les yeux en pleurs ? En règle générale, un samedi après-midi, la grande déambulation urbaine bordelaise consiste à arpenter à moitié endormi, dans un sens et dans l’autre, la rue Sainte-Catherine, ramener un ou deux sacs plastiques et rentrer chez soi sans parler à personne.

 

  • Soudainement, les gens se parlent, ce que décrivit très bien Michel De Certeau dans La prise de parole. Ils se parlent et s’étonnent de se connaître s’y bien. Ils vivent des quotidiens assez semblables, partagent une forme d’ironie sur le pouvoir, n’attendent pas le grand soir mais se disent qu’il est plaisant d’être là et de perturber ce qu’on leur présente partout comme l’inéluctable marche du monde. Le slogan fédérateur « Macron démission », un slogan pertinent, résonne bien aux oreilles, il est assez net et emporte l’adhésion de cette masse étonnante. Si l’on met de côté les inconvénients du gaz, on ressent de façon palpable une communication entre les êtres totalement étrangère à cette autre communication, la médiatique, dont la principale fonction, rappelons-le, est d’abrutir pour vendre.

 

  • Une forme de joie peut poindre, certainement liée à la libération d’une parole que l’on entend jamais. Un type devant moi, la gueule burinée, en souriant, entre constat et blague : « Trump, lui, il nous comprend les gilets jaunes ». Intéressant, étonnant. Cela donne envie de nouer la discussion, d’échanger, d’aller voir plus loin. Il y a toujours des surprises là-dedans et de puissantes vérités. Des trouvailles. Cette histoire de gilet jaune par exemple, retourner toutes ces normes absurdes et infantilisantes sur elles-mêmes, n’est-ce pas beau ? N’est-ce pas excellent ? De l’autre côté par contre, du côté de la communication médiatique, c’est la mort assurée, la décomposition finale. Le néant d’idées et de réalité. Aucune surprise, c’est immonde du début à la fin. Immonde ou sans goût, tout dépend du plateau. Aucune parole réelle ne peut sortir de ces dispositifs, de cette thanatopraxie du politique. Quelques effets, cela arrive, aussitôt dupliqués, reproduits et étiquetés comme des insectes morts sur la toile du même. Tout ce qui arrive dans une foule qui gueule un samedi après-midi dans les rues de Bordeaux centre surchargées de lacrymogène sera unique, induplicable.  Personne ne pourra faire dessus une plus value.

 

  • Tout dépend de la capacité que nous aurons demain de vivre et de penser à côté du grand processus de dressage anthropologique en cours. Depuis plusieurs semaines, nous voyons gonfler une foule marginale, le peuple d’à côté. Celui qui ne s’adapte pas complètement, qui ne baisse pas tout à fait la tête ou la culotte, qui se marre aussi hors des comiques d’Etat, qui pense sur les pieds des autorisés de la parole experte, qui ne mange pas jusqu’au bout les nourritures pourries du spectacle, qui n’a pas exactement tous les bons goûts de France culture etc. Ce peuple-là ne demande pas simplement une hausse des salaires. Seuls les crétins pensent cela ou plutôt ceux qui ne pensent qu’à ça. Il résiste à tous les dispositifs qui veulent le faire exister à sa place.

 

  • Au fond, le peuple ne veut pas seulement plus de démocratie ou plus d’argent. Il veut qu’on lui foute la paix, qu’on arrête de venir le provoquer tous les quatre matins, que les petits blancs becs, les merdeux du monde, les Macron, cessent de lui dire l’endroit exact où il doit poser ses grosses fesses rétrogrades et passéistes. Car en guise de liberté et de progrès, c’est à un harcèlement auquel il a droit : normes insensées, flicages  quotidiens, radars-gabelle, taxes éco-planétaires, ponctions variables, réformes inutiles etc.

 

Le libéralisme n’est pas du tout libéral pour le peuple. C’est un dressage violent, une mise au pas qui est l’autre nom de son exploitation économique, de sa rationalisation intégrale afin de maximiser des profits qu’il ne voit pas.

 

  • Cela ne dérange pas les déjà dressés, les serviles, ceux qui ont depuis longtemps, pour réussir dans ce bas monde, baissé plus bas la tête et la culotte. Les Macron et autres porteurs de grands projets hurlants et disruptifs pour un peuple qui n’en a cure intériorisent depuis belle lurette la soumission aux intérêts qu’ils servent et ils le savent très bien. Ils n’ont pas la liberté romantique de gueuler dans la rue, de courir comme des lapins enfumés et de finir par boire le verre de l’amitié les yeux rouges. C’est justement cela qui les rend très dangereux et méchants, cette méchanceté impuissante qu’ils appellent justement, en usurpant le mot, République.

 

De la République, ils n’en connaissent pourtant ni la joie, ni la puissance, ni la liberté.

Au démocrate de salon

Au démocrate de salon

« Toutes les lucidités sont criminelles »

Emil Cioran, « Le renoncement de la liberté », 1937

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  • Les appels désespérés (qui les écoute d’ailleurs quand on sait le discrédit qui frappe aujourd’hui les donneurs de leçons médiatiques) à la responsabilité, au calme, à la non-violence, les #stopviolence et autres gadgets affolés de dernières minutes ne changeront rien au processus qui s’est enclenché depuis plusieurs semaines. Nous allons donc, dialectiquement, en passer par la violence.

 

  • Nous savons désormais qu’en manifestant dans la rue, en contestant un pouvoir qui se replie chaque jour passant dans une logique de violence sans issue, nous risquons de sortir défiguré, de perdre un œil, une main ou plus. Inutile pour cela d’aller au contact de la force publique ou de jouer les va-t-en-guerre. Ces jours-ci, des lycéens, de jeunes adultes, à bout portant, furent grièvement blessés, des manifestants molestés au nom de l’ordre, des retraités roués de coups dans un espace public qui se restreint de jour en jour et une communication d’Etat qui ne cache plus ses stratégies  morbides. Ces jours-ci, les forces de l’ordre furent attaquées comme rarement sous la Vème République, obligées de battre en retraite, de protéger leur vie, trouvant parfois dans quelques cibles faciles et isolées l’occasion de décharger une impuissance qui leur vient d’en haut.

 

  • Nous sommes à un tournant. Ce n’est pas Camus qu’il faut lire pour le comprendre mais des auteurs infréquentables pour le bon goût des démocrates raffinés. Il faut mettre les mains dans l’abjecte, regarder aux fonds des poubelles, exhumer l’inconscient de notre époque, râcler le purin de l’homme libre. Faire, en somme, le sale travail. J’ai sous les yeux l’Apologie de la barbarie d’Emil Cioran, un texte en particulier « Le renoncement  à la liberté », publié dans Vremea, le 21 février 1937. Ce texte, avec d’autres, réédités par les éditions de l’Herne (un authentique travail d’éditeur pour une fois) est le seul que je connaisse à poser réellement le problème de la violence et de la démocratie ou plutôt du régime que l’on appelle encore démocratie par usage et abus.

 

  • Cioran, à contre-pieds de tous les démocrates de salon, expose les raisons pour lesquelles les hommes, dans certaines conditions déterminées de l’histoire, préfèrent renoncer à la liberté plutôt que d’être intoxiqués par elle. Il écrit ceci : « la démocratie est la plus grande tragédie des couches sociales qui ne participent pas directement à l’histoire ». Voilà aujourd’hui ces couches ralliées de force à un projet dont elles ne se sont plus depuis longtemps les agents, un projet de civilisation qu’elles subissent de jour en jour toujours plus violemment. Elles sont sommées de marcher, de suivre le pas, « sans avoir aucune adhérence ». On leur demande de flotter alors qu’elles sont encore enracinées à quelque chose. On les arrache à leur condition sans faire d’elles « un facteur actif de l’histoire », de sorte, ajoute Cioran, que « la plèbe éternelle a été engagée dans une responsabilité pour laquelle elle n’avait aucune appétence. »

 

  • Nous savons, là réside la plus criminelle lucidité, que les arguties sur la violence, les finesses camusiennes sans Camus, masquent notre volonté de ne rien changer à l’ordre des choses. Telle est la véritable nature de notre cynisme et de notre dévotion à cette démocratie marchande dont nous avons parfaitement calibré la valeur. Nous savons, là réside la plus effrayante conscience, que le fond de ce mouvement historique n’est pas démocratique, qu’il s’agit d’autre chose, d’une force autrement plus violente et dévastatrice qu’un énième aggiornamento participatif et citoyen. Nous savons enfin, là réside la plus grande solitude, que la liberté n’est pas le terme, qu’il y a plus, que la brutalité de l’histoire est, comme l’affirme Cioran, « la seule solution contre le désabusement de l’intelligence. » L’histoire choisit alternativement entre l’espoir de la liberté et la destruction des conséquences  du déracinement qu’elle occasionne. Le balancier oscille sans cesse. Nous sommes au point de retour. Le démocrate de salon et ceux qui légitiment l’insurrection depuis le leur se font face.

 

  • Les premiers s’arrangent avec leur cynisme et leur dévotion. Ils savent parfaitement, les voilà désormais bien informés, que sans cette brutalité qu’ils masquent de leurs bons mots, le même reviendra au même. Les morts ont toujours eu le pouvoir de renverser les vivants, ils les gouvernent. Mais les belles âmes du statu quo, les moralistes du temps qui soignent leur conscience plus que leur probité, ne détestent pas à ce point ce qu’ils ont sous les yeux. Les seconds rechignent, en général, à voir la violence qui les fascine, l’incapacité dans laquelle ils se trouvent de vivre sans axe et sans structure. Pour des raisons subtiles, qui échapperont toujours au démocrate de salon, l’intellectuel isolé rejoint la plèbe éternelle qui ne dissertera jamais sur la légitimité de la violence, celle qui cogne et se brise contre le temps. Elle a d’autres choses à accomplir cette plèbe éternelle. Son destin est d’une autre nature. Son héroïsme aussi.

 

  • « Une époque de libertés infinies, de démocratie « sincère » et extrême, qui se prolongerait indéfiniment, signifierait la chute inévitable de ‘humanité. » Que nous dit Cioran et à qui parle-t-il ? Qui peut aujourd’hui comprendre la profondeur de cette idée sans nous ensevelir défensivement sous sa mélasse démocratique, sans rouvrir les charniers d’une histoire qu’il n’a pas vécue, sans nous assommer de grandes leçons humanistes ? Les intellectuels, les philosophes, les causeurs ne font pas l’histoire. Ils la contemplent et la mettent en forme. Demain, le démocrate de salon et l’apologue de l’insurrection ne seront pas en première ligne. Que le premier ne fasse pas hypocritement la morale au second, que le second soit au moins lucide sur sa brutalité d’emprunt. Les deux font souvent banquette.

 

  • Vient alors le moment du choix, de la détermination. De quel côté se situer ? Il n’y a pas de moyens termes, il n’y a pas d’issues, il n’y a pas d’équilibres branlants. Il n’y a que des choix nets. Toutes les arguties normatives sur les limites de la violence manquent leur cible et finissent par succomber dans le désert de la liberté. D’aucuns se sentent à l’aise dans ce désert, grand bien leur fasse, dans ce torrent de vacuité qui finit par placer au pouvoir des spectres qui renvoient à la plèbe l’image arrogante de son éternelle défaite. Ils ne veulent pas de ces spectres ? Qu’ils le prouvent alors, en acte, qu’ils se battent, qu’ils les affrontent, ce qu’ils ne font évidemment jamais.

 

  • Le démocrate de salon est toujours moins bavard quand l’écrasement évite son pied, quand le joug du pouvoir s’exerce sur d’autres et que sa liberté peut lui permettre de flotter encore un peu. D’autres laissent venir à eux des dispositions contraires. Ils savent que la brutalité seule peut changer l’ordre du monde, qu’elle est « la condition du triomphe politique et une défaite spirituelle ». On ne peut avoir les deux en même temps.

 

La prophétie de l’aveugle

La prophétie de l’aveugle

Dernier chapitre de Révolution, Emmanuel Macron, XO, 2016

  • Tout cela, me direz-vous, ce sont des rêves. Oui, les Français ont par le passé rêvé à peu près cela. Ils ont fait la Révolution. Certains même en avaient rêvé avant. Puis nous avons trahi ces rêves, par laisser-faire. Par oubli. Alors oui, ce sont des rêves. Ils réclament de la hauteur, de l’exigence. Ils imposent de l’engagement, notre engagement. C’est la révolution démocratique que nous devons réussir, pour réconcilier en France la liberté et le progrès. C’est notre vocation et je n’en connais pas de plus belle. »

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Rudolf Schlichter, Blinde Macht (Puissance aveugle), 1937

Les flottants

Les flottants

  • Au fond, si tous les français pouvaient payer leur voiture électrique en se faisant plaisir comme dans les publicités de l’Obs, partir travailler le matin en écoutant les éditos radiophoniques d’Europe 1 ou d’Inter, le sourire aux lèvres, avec cette petite dose de cynisme qui rend la médiocrité supportable, s’ils avaient tous accès aux délices du bon marché, aux voyages dépaysants, à la bonne culture, s’ils achetaient responsable et éco-citoyen en se détournant de la grande distribution et des sacs plastiques, s’ils pouvaient enfin trouver de bons stages pour leurs enfants et compléter les cours par quelques suppléments malins, nous aurions peu de chance de voir des gilets jaunes sur le bord des ronds-points

 

  • Le drame – mais peut-être parviendrons-nous à cette belle résolution un jour et sans violence – c’est que tous les hommes ne sont pas des rentiers du spectacle. Tous ne flottent pas. Plus précisément, tous ceux qui ont un rapport à la résistance du monde matériel et social, du bucheron au professeur de collège, du pompier à l’interne au CHU, en passant par le chauffeur de bus, le vigile de grande surface, le policier et l’ouvrier du bâtiment. Tous ont une résistance à vaincre, une matière revêche à former ou à discipliner. La qualité de cette victoire sur la matière a directement une incidence sur le monde qu’ils habitent. Contrairement aux flottants, ils sont au contact des effets de leur discipline.

 

  • Les revenus du flottant, l’être en survol du tas,  sont très souvent aussi flottants que lui. Prélevés sur des flux abstraits, des échanges monétaires et spéculatifs qui donnent droit à des pourcentages de gain, ils ne travaillent pas au sens d’une œuvre, de la transformation d’une matière revêche pour lui donner une meilleure forme. Nous dirons que le flottant ne forme pas, il fait circuler à distance, ce qui est très différent. Des flux de paroles, de marques, de monnaies. Il échappe ainsi à la résistance du monde matériel et social, cette résistance qui tout à la fois brime l’esprit et le forme.

 

  • Il se trouve que les flottants, les rentiers du spectacle, ont réussi à prendre le pouvoir en valorisant le détachement au monde matériel et social, en faisant de leur situation une sorte de sommet de l’existence humaine, une image parfaite de l’homme. Flotter au-dessus des résistances et de la matière revêche en prenant un bon pourcentage, tel est le must, le raffinement exquis, l’excellence du bon goût. Flotter au-dessus des contraintes serviles, communiquer d’en-haut, piloter de très loin, manager depuis les nuages du cloud, délivrer des leçons de savoir-vivre aux gueulants, admonester les bassesses du monde, faire appel à la paix et à la responsabilité de tous. Baigner dans une douce ambiance de termes anglais feutrés et agréables aux oreilles

Flotter et exploser en vol.

Disruption.

Réponse aux lamentables sous-entendus sur l’irresponsabilité des professeurs face à la violence

Réponse aux lamentables sous-entendus sur l’irresponsabilité des professeurs face à la violence

 

  • Suite aux exactions policières contre des lycéens que la mise à disposition non censurée de l’information rend visible à tous, la propagande consiste désormais à accuser à demi mots (une moitié de trop) des fonctionnaires de l’Etat français. En réponse, que les choses soient claires et clairement exposées. Le métier de professeur, attaqué aujourd’hui comme d’autres corps intermédiaires de l’Etat, est en première ligne face aux violences sociales. En première ligne, de plus en plus isolé et cela depuis des années. Les professeurs sont bien souvent les derniers remparts, les ultimes digues face à la violence. Ils n’ont, à ce titre, aucune leçon de bonne conduite à recevoir de ceux qui en font commerce dans leur porno spectacle informatif ou qui comptent demain mater toute résistance politique en la brandissant comme une dernière menace.

 

  • Qui se doit d’encadrer et parfois d’apaiser l’angoisse des élèves lors des différentes alertes intrusions et autres dispositifs de prévention anti-terroriste ? Qui se doit d’entendre la colère d’un élève de terminale qui travaille à mi-temps chez Mac Donald’s pour obtenir un diplôme insuffisant sur un marché qui réclame de plus en plus de « compétences » non scolaires ? Qui était en première ligne pour porter les valeurs de la République, une et indivisible, en 2015, quand des intellectuels démagogues pourfendaient « l’esprit Charlie » ? Qui pour expliquer que la satire n’est pas une violence gratuite mais peut-être aussi une violence qui libère ? Qui pour recevoir les paroles déprimées de jeunes étudiants en colère qui ne voient pas d’avenir dans un monde en marche forcée vers le vide aux mains de parvenus surfaits ? Qui pour articuler la violence réelle et la violence symbolique afin de donner un peu de sens à l’action ? Qui pour se dresser face aux pires aliénations du marché dont les conséquences ne sont visibles que sous la forme de feux de poubelles une fois l’an ? Qui pour construire un discours structuré, articuler passion et raison, révolte et responsabilité ? Qui pour faire demain ce travail essentiel sans lequel il ne restera plus à terme qu’une pure violence à mater par un surcroît de violence ?

Supposer que des professeurs puissent ne pas être responsables des élèves dont ils ont la charge est une saloperie de plus dans le cortège déjà très long des trahisons républicaines.

 

  • Dois-je rappeler que les professeurs ne sont pas des directeurs de conscience. Ils n’ont pas, c’est le sens de leur mission, à embrigader les esprits, à énoncer le Bien ou le Mal. Cette conception de l’éducation correspond peut-être aux attentes d’un régime liberticide certainement pas à celles d’une République ayant pour ambition de former des esprits souverains. Eduquer, n’est pas dresser ; instruire, n’est pas endoctriner. Deux saines exigences en ces temps troubles qui pourraient servir de repères à tous.

 

  • Les professeurs sont souvent pris entre deux formes de violence. L’une qui consiste à leur faire jouer des rôles qu’ils ne peuvent pas tenir. Ces rôles sont d’ailleurs souvent le résultat des démissions d’autres services de l’Etat. L’autre qui consiste, face à cette violence du social qu’ils connaissent parfaitement, à établir un lien de confiance sans lequel toute instruction serait impossible. Imaginer qu’ils puissent être les acteurs de ce contre quoi ils se battent au quotidien, relève d’une stratégie de pouvoir aujourd’hui rouée : rendre les services de l’Etat français responsables de leurs propres déroutes afin d’affranchir les politiques de toutes responsabilités.

 

  • Derrière cette stratégie, une autre, encore plus perverse que la première : entretenir la défiance à l’égard des corps intermédiaires de l’Etat, créer une suspicion utile en période de liquidation républicaine. Il existerait, au sein des agents de l’Etat, des forces contraires à l’intérêt général ? C’est ainsi que commencent les purges, insidieusement, les mises au pas qui éliminent progressivement la responsabilité des hommes au détriment des ordres d’un pouvoir qui n’a plus de compte à rendre au peuple qu’il gouverne en faisant de la violence l’ultime alibi de son salut.

La critique en gilets jaunes

La critique en gilets jaunes

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Lettre ouverte à la classe intellectuelle  médiatique française

Des \"gilets jaunes\", le 1er décembre 2018 devant l\'Arc de triomphe, à Paris.

« Ce mot de finance est un mot d’esclave. »
J.J. Rousseau, Du contrat social (1762)

 

  • Au-delà du cas Macron, ce qui est en train de se jouer en France c’est le procès d’une fabrication de l’opinion dont nous avons aujourd’hui toute la théorie, le procès de la classe intellectuelle médiatique française. Nous connaissons les procédés de dépolitisation, nous en sommes depuis des années les témoins scrupuleux et attentifs, aussi bien du côté des producteurs que du côté des consommateurs. Cette dépolitisation va de pair avec un effondrement de ce que la tradition a pu nommer « pensée critique », une volonté de défier l’existant, de contester les fausses évidences, les avachissements spirituels d’un marché acéphale répondant à la loi de l’offre et de l’offre quand la demande n’est plus qu’une dépendance de l’offre elle-même. Un marché qui marginalise tout ce qui ne va pas dans son sens, tout ce qui n’est pas intégrable dans une forme de spectacle qui a pour fonction ultime de rendre inoffensive toute critique située, réelle et radicale de ce même marché. Des faux penseurs, des faux intellectuels, des faux philosophes ont déserté les formations académiques ayant compris que les institutions ne pouvaient pas répondre aux exigences de leur carriérisme mondain, aux exigences de leur petit narcissisme de classe.

 

  • Contrairement à ce que pensent certains essayistes, le peuple à gilets jaunes n’est pas narcisse. Il subit l’implacable loi du marché, c’est très différent. Son narcissisme est relativisé par ses conditions réelles d’existence et de production. Il est situé, il ne flotte pas d’un plateau télé au suivant, d’un colloque à un autre, d’une conférence de salon à un brunch culturel. Cela fait des décennies que ceux qui prennent sa défense sont accusés par les faux nez du marché de faire dans le populisme, la démagogie, pire de donner des armes théoriques « aux extrêmes ». Tout ce qui vient de la rhétorique y retourne.

Mais quand un peuple transforme la critique de cette rhétorique en action, les masques tombent et chacun doit se déterminer, enfin.

 

  • En 1983 (une année bien connue en France), le philosophe Allemand Peter Sloterdijk publiait la Critique de la raison cynique. En 2017, il faisait la leçon aux français en expliquant que ceux qui critiquaient Emmanuel Macron étaient des enfants rois, que la mondialisation nécessitait du sérieux économique, des « gallo-ricains » pour reprendre une des formules publicitaires de Régis Debray qui n’écrit plus qu’en haïkus avec la complaisance de certaines maisons d’édition devenues des officines mercantiles à valider. Son scepticisme poseur et inoffensif, paraît-il, plait beaucoup.

 

  • Peter Sloterdijk, avant de rejoindre le grand mouvement de liquidation intellectuelle (nous sommes aujourd’hui, il faut bien le dire, au fond du trou) notait ceci : « En effet, dans un monde éclaté en une multitude de perspectives, les « grands regards » sur le tout sont portés plutôt par des cœurs simples, non par des hommes éclairés, éduqués par les données du réel. Il n’y a pas d’Aufklärung sans la destruction de la pensée confinée  dans un point de vue, et la dissolution des morales perspectivo-conventionnelles ; psychologiquement cela s’accompagne d’une dispersion du moi ; littéralement et philosophiquement, du déclin de la critique. » (1)

 

  • Le déclin de la critique a accompagné le déclin du politique. L’une n’étant pas possible sans l’autre. C’est ainsi que nous avons vu apparaître un nouveau profil d’homme dont Emmanuel Macron est en France une sorte d’idéal type. Non plus des cœurs simples, mus par des valeurs exigeantes et authentiquement vécues, mais des stratèges de ce vide, un vide effrayant laissé par le déclin aussi soudain que global de la critique et du politique. Ces hommes, ces faquins, se revendiquent pourtant de l’Aufklärung, des Lumières, mais celles-ci n’ont plus rien à voir avec les Lumières du XVIIIe siècle qui, elles-mêmes, n’étaient déjà pas dénuées d’ombres. A côté des discours tantôt mécaniques, tantôt sirupeux de ces nouveaux pantins du grand marché horizontal qui donne un prix à toutes les valeurs, Jean-Jacques Rousseau fait office de cœur simple et ses larges vues seront jugées bien naïves par les demi-habiles face au bas calculs des nouveaux cyniques de la modernité tardive.

 

  • Emmanuel Macron aura été le président des malins, d’une arnaque d’autant plus acceptable qu’elle trouva de puissants échos chez des esprits médiocres qui se contentent d’en être, de briller dans le grand barnum des séductions culturelles. Les soutiens que cet homme surfait a pu trouver dans le fameux « monde de la culture » sont en cela exemplaires d’une grande débâcle. Combien de lecteurs de Rousseau pour combien de malins ? Combien de jugements sensibles pour combien de jugements méprisants envers une population qui ne maîtrise pas les ruses sociales et culturelles de la domination de l’homme, cette fameuse règle du jeu  ?

« La règle du jeu« 

  • Les gilets jaunes, que le spectacle expose aujourd’hui comme des singes de foire sur ses plateaux télévisés de l’entre-soi, représentent un élément offensif concret contre la classe intellectuelle médiatique française. Ils ne sortent pas d’un livre de Théodor Adorno ou de Simone Weil. Ils ne liront jamais La critique de la raison cynique de Peter Sloterdijk. Ils  sont indifférents aux narcissismes des petites différences de la gauche « radicale » française. Ils se moquent comme d’une guigne de savoir si leur critique fait « le jeu des extrêmes ». Ils n’ont que faire des fines arguties sur les données du réel qui, en fin de compte, leur pourrissent concrètement la vie quotidienne. Ils sont dans la rue, ils gueulent et lèvent le drapeau français.

 

Toutes les réductions sont prêtes, de RTL à France culture, d’Europe 1 au Monde, tout est là pour transformer la colère en idéologie, pour anéantir la contestation, l’aplatir sur cette mélasse sans âme qui tient lieu aujourd’hui de non-pensée à la française. La conspiration du silence fera le reste.

 

  • Il est clair que l’allier objectif de cette mélasse dominante sera demain la violence désarticulée de quelques abrutis eux-mêmes produits par l’indifférence au peuple que charrie cette non-pensée politique. Voilà bien le dernier argument de cette classe intellectuelle médiatique française, son dernier refuge : l’instrumentalisation de la peur et par la peur. Au fond, cette classe n’a jamais cessé d’être hobbienne, y compris quand elle anime des petites causeries culturelles sur Rousseau. Elle ne croit pas en l’homme, elle est cyniquement naturaliste, positiviste et faitaliste. C’est la classe des salauds de Sartre, des acteurs de mauvaise foi, des tricheurs, des malins, des caméléons. La conspiration des sans-talents. Oui, cette classe peut avoir peur de son déclassement et elle le sait, c’est là toute la fine fleur de sa malice. Elle connaît aussi l’entendue de sa médiocrité et de sa soumission aux puissants. Elle a la mauvaise conscience de sa servilité. Au fond, les agents de cette classe ne s’aiment pas, ils se reniflent. Ce désamour fondamental explique ses logiques de défense envers l’incontrôlable.

 

  • « L’industrie culturelle est modelée sur la régression mimétique, sur la manipulation d’impulsions mimétiques refoulées. Pour ce faire sa méthode consiste à anticiper l’imitation des spectateurs par eux-mêmes et à faire apparaître  l’approbation qu’elle veut susciter comme déjà existante. » (2) Quand elle ne parvient plus à créer des stimulations non existantes, quand elle échoue à dresser les hommes aux réactions qu’elle anticipe, cette industrie culturelle met à jour sa vraie nature : la répression. Concrète, en taisant les violences insensées et iniques d’un pouvoir aux abois ; symbolique, en jouant de tous les chantages, de toutes les humiliations. La caste intellectuelle médiatique française est l’enfant de cette industrie culturelle que décrivait parfaitement le génial Adorno (lui mérite le titre) après guerre. Elle se défendra demain. Hélas pour elle, elle trouvera sur sa route à péages une critique en gilets jaunes, une forme de critique, critique de leur critique, qui n’attend rien de leurs mauvaises sucreries.

La convergence d’intellectuels que l’on n’achète pas avec la colère d’un peuple qui demande des comptes aux marchands du temple sera fatale. Pour qui ? L’histoire est un long procès.

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(1) Peter Sloterdijk, Critique de la raison cynique, Suhrkamp Verlagn Francfort-sur-Main, 1983.

(2) Théodor Adorno, Minima Moralia, Réflexions sur la vie mutilée, 1951, § 129.

 

Alba Ventura, le dernier popper de RTL

Alba Ventura, le dernier popper de RTL

Je corrige l’erreur initiale ayant confondu France Inter (Beigbeder) et RTL (Alba Ventura). Un acte manqué certainement. Les poppers se ressemblent.

« ça suffit ! Chez les opposants politiques, c’est le bal des cons »

Alba Ventura, RTL, 3/12/2018

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  • Le naufrage en direct sur France Inter du branleur de vide, Frédéric Beigbeder,  très vite oublié, RTL, un concurrent direct, présente sa toute dernière trouvaille iconoclaste : Alba Ventura. Ne retenez pas le nom, c’est inutile, seule compte la forme, le discours autour du patronyme lancé comme une nouvelle marque de détergent. N’attendez pas du popper matinal une quelconque justification de son droit à causer à la radio sur grandes ondes. Pour le dire avec Jacques Lacan, ça cause.  Et c’est bien là l’essentiel.

 

  • Les questions auxquelles vous n’aurez pas droit sur RTL dans un désordre forcément créatif : qui est cette dame ? quelle est sa légitimité ? quelle est sa formation ? quelle est sa profession ? qu’apporte-t-elle à la société ? au bien public ? qui la paie ? combien ? où sont ses analyses écrites ? ses textes ? ses productions ? en a-t-elle ? sur quel fondement repose ses jugements ? Une dernière pour résumer toutes les autres : combien d’individus de ce type utilisent un micro pour faire la leçon et flatter un public déjà déstructuré politiquement ?

 

  • « Chez les opposants politiques, c’est le bal des cons. » Génial, décalé, Alba, subversif, on respire enfin… La distribution massive d’abrutissements collectifs masque le caractère autoritaire et normatif des orientations de fond. Sans aucune réflexion politique, sans la moindre analyse de fond sur la nature exacte du problème posé, des individus dénués de légitimité intellectuelle se permettent de faire la leçon en éructant leur feinte indignation vertueuse.  Ce numéro a pour unique fonction de simuler la critique afin de donner à l’auditeur d’Inter cette fausse conscience éclairée qui sied particulièrement bien à une frange de la population demi-instruite, demi-éveillée et qui se pique d’irrévérence. Cela va sans dire – mais enfonçons tout de même quelques saines évidences – cette population d’auditeurs n’est pas la même que celle que vous trouverez sur les péages d’autoroutes ou les rond-points de province.  Deux France, si vous tenez à conserver, dans la confusion ambiante, quelques repères simplistes.

Le travail médiatique ne consiste pas simplement à abrutir, l’abrutissement n’est jamais le but ultime, mais à dissuader.

  • Alors qu’une contestation violente du pouvoir en place peine à s’articuler politiquement, RTL lance son tout nouveau popper à causer par ceci : « Chez les opposants politiques, c’est le bal des cons ». En nourrissant un peu plus la défiance vis-à-vis du politique en général à travers la critique des « egos » (ce qui permet au passage à la dame de masquer la boursouflure du sien), RTL engraisse sémantiquement la dépolitisation généralisée et son corollaire la violence désarticulée. Tout cela est cohérent. Un ordre politique structuré, républicain, demanderait des comptes aux petits salopards qui n’ont aucun intérêt à ce que l’on regarde de près la nature de leur commerce et la logique de leurs intentions. Il est bon pour eux, en se payant sur la bête, d’entretenir la confusion mentale au nom de l’irrévérence et de la lucidité.

 

  • Alba Ventura n’est personne en propre mais elle désigne le tout, c’est pour cela qu’elle m’intéresse. Le tout, cette production globale d’insignifiance que nous sommes aujourd’hui en train de payer très cher. Et ce n’est qu’un début. Ces poppers causant représentent, de plus en plus clairement, ce qu’une partie grandissante de la population française ne veut plus. Les hommes et les femmes, armés symboliquement, peuvent aller débusquer de telles manœuvres. La critique en gilet jaune, si l’imaginaire te convient.

Qui veut le chaos ?

Qui veut le chaos ?

« Les coupables de ces violences ne veulent pas de changement, ne veulent aucune amélioration, ils veulent le chaos. »

(Emmanuel Macron, 01/12/2018)

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