Live shoot (karaoké 2017)

Live shoot

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  • L’alcool, le shit c’est dépassé
  • Y a plus puissant pour s’envoler
  • Que l’héroïne
  • Le LSD, la kétamine
  • Le super plan pour décoller
  • Quelle que soit l’heure de la journée
  • L’actualité
  • Le flash info, l’alerte lancée
  • Et BFM
  • Pour commencer, tu peux liker

……..

  • J’irai suivre en direct l’actu du PSG
  • Les primaires, le FN, la mort des naufragés
  • Avec mon téléphone
  • Ma tablette ou mon IPhone
  • Je peux voir en direct la destruction d’Alep
  • Le FN, les primaires, les problèmes de la ZEP
  • Avec mon téléphone
  • Ma tablette ou mon IPhone,
  • mon, mon, mon IPhone.

………

  • Laisse tomber la méphédrone
  • T’as plus besoin de méthadone
  • Avec l’info
  • Dans ta bagnole ou au bureau
  • Mieux que le golf à la télé
  • Le Lexomil et les cachets
  • L’actualité
  • Le fil info, l’urgence levée
  • Et BFM
  • Pour commencer, tu vas triper

……….

  • J’irai suivre en direct les mesures de Fillon
  • Les primaires, le FN, l’avis de l’opinion
  • Avec mon téléphone
  • Ma tablette ou mon IPhone
  • Je peux voir en direct la vague du tsunami
  • Le FN, les primaires, les voeux du FMI
  • Avec mon téléphone
  • Ma tablette ou mon IPhone,
  • mon, mon, mon IPhone.

………….

  • Reste à appuyer sur on
  • Ah oui… c’est de la bonne

 

………

Experts de droite, cultureux de gauche et tiers exclu

Experts de droite, cultureux de gauche et tiers exclu

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  • La dépolitisation ? Le terme vient de loin. On trouve le verbe dépolitiser dans le vocabulaire de De Gaulle affirmant, dans une conférence de presse du 16 mars 1950, qu’il est nécessaire de « dépolitiser les syndicats« . De Gaulle au Vélodrome d’hiver le 14 décembre 1948 : « Il faut de fond en comble que le syndicalisme se lave de la politique » – comme si la politique était une tache. L’objectif pour les candidats du RPF puis de l’U.N.R est bien de « dépolitiser », autant dire de ramener les problèmes nationaux, régionaux ou municipaux à une forme de neutralité idéologique propice à une gestion mesurée et circonstanciée de l’intérêt collectif. L’association entre « dépolitisation » (terme plus tardif que celui « d’apolitisme » ou de « politisation« ) et « désidéologisation » ne fait pas de doute historiquement. Dépolitiser, c’est-à-dire dépasser, en vue de l’intérêt collectif, les querelles dites « partisanes ».

  • Debré, le 15 janvier 1959, devant l’assemblée nationale : « Il est nécessaire, dans l’intérêt national, de faire échapper nos problèmes vitaux aux discussions partisanes – en quelque sorte de les « dépolitiser »… L’exigence s’impose à tous de ne pas ouvrir de litiges en revêtant les problèmes fondamentaux du manteau chatoyant du vocabulaire dit politique et, en vérité, partisan. La « dépolitisation » de l’essentiel national est un impératif majeur ». Mais la dépolitisation souhaitée par l’U.N.R est interprétée dans un sens tout à fait différent par la gauche française. Le retour de De Gaulle en 58 s’accompagne d’une abondante quantité d’articles et d’analyses sur la « dépolitisation », « la déprolétarisation », « l’américanisation » de la France, la fin des « idéologies politiques ». La gauche non communiste cherche les raisons du marasme dans une lecture non plus strictement politique de la dépolitisation mais sociologique, économique et culturelle, jouant désormais le jeu de ceux qu’elle feint de combattre.

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  • Un problème est politique lorsqu’il n’existe aucune équerre normative pour trancher en faveur d’une solution ou d’une autre. La solution choisie aura nécessairement des implications collectives. Autant dire que toute question politique implique la confrontation d’évaluations qui n’ont de comptes à rendre à aucun discours de surplomb – celui de l’économiste, du technicien, du scientifique, en un mot de l’expert. Lorsque l’affaire devient politique, il y a forcément combat. Ce qui apparaît en filigrane du discours de Debré (« La « dépolitisation » de l’essentiel national est un impératif majeur ») c’est la nécessité d’envisager un consensus sur « l’essentiel« , sur des « questions vitales« , autant dire soustraire une partie de l’interrogation collective à la lutte. Ce noyau neutralisé, sans taches, pourra être envisagé comme l’objet d’une prise en charge technicienne. Par contamination réaliste, cet essentiel va s’étendre progressivement sur le mode du fait accompli. Il est dès lors essentiel de lever toute querelles dites « partisanes » sur ce qui est essentiel à l’essentiel.
  • La dépolitisation est le résultat d’un matraquage médiatique qui consiste, au nom d’un principe réaliste d’efficacité, à soustraire des pans entiers de l’action collective à la critique politique. Que ce matraquage suscite en retour une forme de violence inédite ne surprendra que ceux qui ont fait de l’expertise politique leur fonds de commerce. Nous sommes bien en présence d’une nouvelle forme de lutte qui appelle en retour une nouvelle forme de violence critique et politique. Face à cette machine à broyer hégémonique, il nous faut inventer des stratégies inverses qui en passeront nécessairement par des formes d’humiliation symbolique. Ici, la gauche cultivée, pour préserver sa bonne conscience morale, se pince le nez. Elle ne mange pas de ce pain-là, n’éructe pas, n’humilie personne. Elle a trouvé dans la culture un petit fortin qu’elle préserve de la médiocrité galopante. Son fait de gloire ? Ne pas participer à l’abrutissement général tout en jugeant sereinement le mauvais goût politique des mécontents. L’homme de gauche c’est l’homme qui n’est pas un salaud. En ce sens, elle s’est transformée en une posture morale dépolitisée qui se distingue par ses goûts et ses dégoûts d’une masse moyenne déclassée.

  • Entre les experts de l’hégémonie crétino-libérale et les cultureux du bon goût, la haine grandissante du tiers exclu.

Amélie Nothomb, le gros dindon de l’édition

Amélie Nothomb –

Le gros dindon et le pigeon

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« Si vous avez résisté à Maurice Carême c’est que vous aimez vraiment la littérature. »

Amélie Nothomb, Les Livres de la 8, Direct8, 28 mai 2008

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Maurice Carême,

Je les aimais, moi, tes poèmes

Ils tenaient toujours sur la page

Des beaux cahiers des enfants sages

Devant papa, devant maman

Je récitais jusqu’à pigeon

Devant tata, devant tonton

Je la savais, moi, la leçon.

Je refermais bien le cahier

Et j’avais droit à un bisou

Ça voulait dire tu peux jouer

Mon tendre enfant, mon gros doudou

Alors quand j’entends un dindon

Qui paraît-il s’appelle Nothomb

Fardé comme au premier janvier

Cracher sur tes petits cahiers

J’attends la venue du pigeon

A bonne hauteur, tout à l’aplomb.

Le bel oiseau de la dictée

Qui tout petit faisait rêver

De son étron toujours très frais

De son caca bien présenté

Il couvrira le gros melon

Du gros dindon de l’édition.

Inactualité de Karl Kraus

Inactualité de Karl Kraus

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  • « Karl Kraus fait une chose assez héroïque, qui consiste à mettre en question le monde intellectuel lui-même. Il y a des intellectuels qui mettent en question le monde, mais il y a très peu d’intellectuels qui mettent en question le monde intellectuel. Ce qui se comprend si l’on songe que, paradoxalement, c’est plus risqué parce que c’est là que se trouvent nos enjeux, et que les autres le savent, qui s’empresseront de le rappeler à la première occasion, en retournant contre nous nos propres instruments d’objectivation. » (…)
  • « Mais c’est aussi prendre des risques, parce que lorsqu’on se met en jeu à ce point-là on ne s’engage pas seulement au sens banalement sartrien du terme, c’est-à-dire sur le terrain de la politique, des idées politiques, on s’engage soi-même, on se donne soi-même en gage, avec toute sa personne, ses propriétés personnelles, et l’on doit s’attendre à des chocs en retour. On ne fait pas des exposés, comme à l’université, on « s’expose », ce qui est éminemment différent : les universitaires exposent beaucoup dans les colloques…, ils ne s’exposent pas beaucoup. » (…)
  • « Que fait Kraus de si terrible pour susciter pareille fureur ? Une chose dont il donne le principe dans une phrase qui me paraît résumer l’essentiel de son programme : « Et même si je n’ai fait rien d’autre, chaque jour, que recopier ou transcrire textuellement ce qu’ils font et disent, ils me traitent de détracteur »  » (…)
  • « Si nous nous retrouvons évidemment dans Kraus, c’est qu’en grande partie les mêmes causes produisent les mêmes effets. Et que les phénomènes observés par Kraus ont leur équivalent aujourd’hui » (…)
  • « Un des intérêts de Kraus, c’est d’offrir une sorte de manuel du parfait combattant contre la domination symbolique. Il a été un des premiers à comprendre en pratique qu’il y a une forme de violence symbolique qui s’exerce sur les esprits en manipulant leurs structures cognitives. Il est très difficile d’inventer et surtout d’enseigner les techniques de self-defense qu’il faut mobiliser contre la violence symbolique » (…)
  • « Peut-être que, comme aujourd’hui, les limites entre le champ intellectuel et le champ journalistique étaient en train de se déplacer et que les rapports de force entre ces deux champs étaient en train de changer, avec l’ascension en nombre et en poids symbolique des intellectuels « mercenaires », directement soumis aux contraintes de la concurrence et du commerce. » (…)
  • « Ainsi, le fait que nous reconnaissons Kraus est sans doute lié à une affinité d’humeur. Mais on peut se demander s’il ne faut pas, pour être tant soit peu « moral », être un peu de mauvaise humeur, c’est-à-dire mal dans sa peau, dans sa position, dans l’univers où l’on se trouve, donc, être contrarié, voire choqué ou scandalisé par des choses que tout le monde trouve normales, naturelles, et privé en tout cas des profits de conformité et de conformisme qui échoient spontanément à ceux qui sont spontanément conformes ; s’il ne faut pas, en un mot, avoir quelque intérêt à la morale (qu’il ne faut pas cacher) » (…)

 

Pierre Bourdieu, Actualité de Karl Kraus, Un manuel de combattant contre la domination symbolique, In Pierre Bourdieu, Interventions, Marseille, Agone, 2002.

Régis Debray et Guy Debord – Amnesia in the Amnesia ?

Régis Debray et Guy Debord – Amnesia in the Amnesia ?

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« Le réflexe d’internationalisme, que les spécialistes des coexistences pacifiques et des guérillas exotiques avaient prématurément enterré dans l’oubli ou dans les oraisons funèbres du stupide Régis Debray ».

Enragés et situationnistes dans le mouvement des occupations, 68

« Parce qu’il circule sur le réseau, à côté d’informations utiles, et faute de filtres, une infinité d’inepties, d’inexactitudes et de malveillances qui font brouillage, en sorte qu’une mise au clair et au net peut s’avérer utile. Car des deux choses qui menacent le monde, l’ordre et le désordre, la deuxième semble aujourd’hui la plus menaçante. »

Régis Debray, 2007

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(reprise septembre 2007)

  • Matinée du 29 novembre 2016. Le peuple cubain – vous avez dit populisme  ? – s’amasse Place de la Révolution à Cuba pour rendre un dernier hommage à Fidel Castro. Patrick Buisson – vous avez dit Aufkläreur ? – cite Guy Debord sur les ondes de France Inter. Régis Debray – vous avez dit révolutionnaire ? – est passé de Cuba « au deuil de l’histoire comme accomplissement d’un grand destin. » (Le point, septembre 2015). Avant de faire le deuil de l’histoire, relisons ses archives.

 

  • L’archive en question s’intitule Les pleureuses du printemps. De quoi nous réchauffer mi-novembre. Elle est datée du 13 juin 1977 dans Le nouvel observateur. Dans ce texte, afin de contrer la médiocre poussée télévisuelle des « nouveaux philosophes », dont l’inénarrable Bernard-Henry Lévy, Régis Debray convoque Guy Debord et Raoul Vaneigem, La société du spectacle du premier ; le Traité du savoir-vivre du second.

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« « La société du spectacle » est de 67, comme le « Traité du savoir-vivre ». Cette critique en raison de la vie quotidienne n’est pas seulement superbe : elle constitue l’une des deux tentatives de pensée postmarxiste qui se soit fait connaître du public. Le bouleversant paradoxe étant qu’elle est construite avec des instruments pour l’essentiel prémarxiste. En gros : Vaneigem et Debord, c’est Feuerbach se retournant sur Marx. Que l’anachronisme ait pu atteindre à cette actualité, que Feuerbach puisse fonctionner après et contre le marxisme d’institution, voilà une question de fond dont je ne comprendrai jamais pourquoi elle ne tracasse pas plus les docteurs de la loi. Je m’étonne néanmoins que personne n’ait encore pensé à laisser deux chaises vides dans les débats et colloques sur l’air du temps, pour ces deux hommes sans visage et sans nom qui surplombent de haut la myriade de petits cousins qui les pillent depuis une décennie ». (1)

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  • Comparons ce texte à un autre, du même Régis Debray, publié en 2007. Un petit essai intitulé L’obscénité démocratique, dans la très courtoise série des Café Voltaire, renouveau de l’esprit critique chez Flammarion par Régis Debray, Lionel Jospin ou Jacques Julliard. Dans le chapitre Un pilier de l’ordre nouveau : le situ. Debray, fidèle à ses premiers amours critiques et révolutionnaires, convoque La société du spectacle.

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« L’orthodoxie du jour a son bréviaire, La société du spectacle, et son pasteur trop tôt disparu Guy Debord. Le livre de chevet des pieds plats de l’an 2000 doit son prestige social à un trou de mémoire du gratin local. Les pros de la pub ont oublié qu’il s’agit là d’un remake, en style pseudo-nietzschéen, d’un canevas assez éculé, le fond de sauce de l’hypokhâgneux des années cinquante du siècle dernier, qui l’aidait à boucler n’importe quelle dissertation. »

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  • Debray, 1977 : « Cette critique en raison de la vie quotidienne n’est pas seulement superbe : elle constitue l’une des deux tentatives de pensés postmarxiste qui se soit fait connaître du public ». Debray, 2007 : « Les pros de la pub ont oublié qu’il s’agit là d’un remake, en style pseudo-nietzschéen, d’un canevas assez éculé, le fond de sauce de l’hypokhâgneux des années cinquante du siècle dernier ». On n’ose espérer, étant donné la créativité des variations sur le sujet, le Debray 2037 sur Guy Debord.

  • Une première lecture, la plus faible, consistera à dire que Régis Debray ne sait plus ce qu’il dit ou qu’il écrit n’importe quoi – ce qui revient à peu près au même. Cette lecture accorde, pour le dire à la façon de Michel Foucault, « une place prédominante au sujet d’énonciation ». Ici Régis Debray. On pourrait même se laisser aller à quelque psychanalyse sauvage de l’auteur. Sénilité précoce ? Refoulement d’un désir infantile ? Par déontologie critique, je préfère laisser à l’intéressé le paiement de ses séances.

 

  • Autrement plus féconde m’apparaît l’auscultation des raisons du retournement de veste. A la place d’une digression sans intérêt sur les états d’âme de Régis Debray, j’opte pour une confrontation terme à terme des énoncés produits. Appelons cela, avec tout le pompeux que réclame l’initiative, la méthode des calques. Etant donné qu’il est malaisé de saisir directement l’idéologie rampante de notre période, cyniquement déniaisée mais objectivement effrayante, l’entreprise consistera, par superposition des énoncés produits, à mesurer l’écart entre l’hier et l’aujourd’hui. Hier, La société du spectacle c’était une riche tentative de pensée postmarxiste. Aujourd’hui, un fond de sauce hypokhâgneux en style pseudo-nietzschéen. Hier, Régis Debray inscrivait le travail de Guy Debord dans une perspective élargie, à savoir la tentative d’une pensée postmarxiste. Sa lecture de Debord se faisait politique au sens où elle engageait le texte dans le contexte de la période. Aujourd’hui, le texte, coupé de son contexte, devient support d’un effet de plumeau mondain. D’une réflexion politique globale, la réflexion s’avachit en une mièvre remarque stylistique.

 

  • En 1977, Régis Debray se crispe sur Bernard-Henri Lévy. Un peu de Bernard-Henri Lévy, pour la nostalgie : « De quel lieu résister ? Cela va de soi : jamais plus nous ne serons les conseillers des Princes, jamais plus nous ne viserons le pouvoir » (3) Toujours du même : « Piteuse figure en fait, que celle de l’intellectuel « révolutionnaire », sel de la terre croit-il, fusilleur de réalité ». Et pour finir : « Nous voilà autrement dit dans la troublante position de n’avoir plus, pour trancher en politique, que les plus fragiles, les plus incertains outils. Il est temps, peut-être, d’écrire des traités de morale ». En 1977, le publicitaire du concept, Bernard-Henri Lévy, clame sa « morale provisoire« . Trente ans passés, les éditions Flammarion font passer pour un pamphlet critique une causerie de salon amnésique. Le café Voltaire ? « Un lieu de liberté et de conversation, comme a su en susciter l’esprit français, où l’on peut croiser Gambetta, Verlaine, Delacroix, ou encore Mallarmé. Plus tard, la proximité du mercure de France et de la librairie de Sylvia beach, y conduit Gide, Valéry, Larbaud et tous les Américains de Paris » (4). Magique.
  • Plus comique encore. Bernard-Henri Lévy jette en 2007, sur son bloc-note du Nouvel observateur, son regard d’aigle philosophe sur les grandes sentences de Régis Debray. « Au cas où vous auriez raté les précédents épisodes et n’auriez toujours pas bien saisi ce que Régis Debray veut dire quand il oppose, depuis vingt ans, « « Républicains » et « Démocrates », ce petit livre est pour vous. Il s’intitule « L’obscénité démocratique » (Flammarion) – titre qui a le mérite, déjà, d’annoncer franchement la couleur. On y apprend, entre autres plaisantes informations, que Guy Debord n’était qu’un plagiaire de Ludwig Feuerbach, lui-même « géniteur philosophique de Marx » ( sic ) » Quand l’anti-barbare à morale provisoire Bernard-Henri Lévy ironise en 2007 sur l’usage fait par Régis Debray de Guy Debord, le même Régis Debray qui en 1977 s’appuyait sur Guy Debord pour pointer l’inconsistance du même Bernard-Henri Lévy. Qui s’étonnera, quand l’amnésie fait figure de détermination en dernière instance, que Patrick Buisson cite Guy Debord, en 2016, sur la matinale de France Inter ?
  • Entre 1977 et 2007, Régis Debray a abandonné « la seule pensée qui ait été et demeure directement en prise sur 68, celle des situationnistes » (5) Sous le plumeau du médiologue vieillissant, dans l’esprit de Voltaire, mais le café mondain, La société du spectacle s’est transformé en bouillie pour potache. Au-delà de sa profonde niaiserie, le reniement de Régis Debray confirme en retour quelques thèses de La société du spectacle. Trente ans après, la banalisation par vague association mentale du mouvement situationniste fait office de critique impertinente  . Le texte de Debray se consomme dans le confort rondouillard d’une complaisance drapée d’ignorance. Le lecteur doit repartir des pages 28 – 29 avec son Debord-je-connais et son le-situ-n’a-plus-de-secret-pour-moi. Debord, toujours dans La société du spectacle, dit-il autre chose lorsqu’il écrit : « Le mouvement de banalisation qui, sous les diversions chatoyantes du spectacle, domine mondialement la société moderne, la domine aussi sur chacun des points où la consommation développée de marchandises a multiplié en apparence les rôles et les objets à choisir. » (7) Banalisation de la pratique, banalisation des résistances du texte, de ses points de butée, banalisation des effets du discours. Reste l’eau de vaisselle conceptuelle à vidanger en essais saisonniers pour entretenir l’apparence d’une contestation sans objet. Pour avoir une conception bien trop épaisse de ce qu’il faudrait aujourd’hui entendre par spectacle, le lecteur manquera peut-être l’efficacité des analyses de Guy Debord.

 

  • Comment celui qui dénonce le spectacle des autres, l’obscénité des tiers que par courtoisie éditoriale le critique à jabot s’abstient bien de nommer, tomberait sous le coup de la catégorie en question ? Régis Debray, dans sa précipitation dissertative, manque cet autre avertissement de Debord – faut-il d’ailleurs le regretter tant ce rappel aurait fait tache sur son napperon ? « Sans doute, le concept critique de spectacle peut aussi être vulgarisé en une quelconque formule creuse de la rhétorique sociologico-politique pour expliquer et dénoncer abstraitement tout, et ainsi servir à la défense du système spectaculaire. Car il est évident qu’aucune idée ne peut mener au-delà du spectacle existant, mais seulement au-delà des idées existantes sur le spectacle » (8)

 

  • Une idée existante sur le spectacle ? Le spectacle c’est la télévision, mais pas n’importe laquelle, la décérébrée, celle de ses présentateurs abrutis qui déversent en prime time leurs râles écoeurants flanqués de quelques badernes bousillées par leur propre vide scrutant de leurs yeux de cocker l’érection de l’audimat. En effet. Mais le spectacle c’est aussi la vidange amnésique de l’idée dans des petits essais gâteux qui se prétendent, avec force bandeaux, critiques et impertinents. « Certes, dans une société qui a besoin de répandre une sous-culture de masse, et de faire entendre ses pseudo-intellectuels spectaculaires, beaucoup de termes doivent être normalement vulgarisés à grande allure.» (9) Et Debray, au jeu de la vulgarisation sans escale, ne fait pas dans le détail. Voilà que les situationnistes renversent leur amour de Dieu «en amour de l’humanité agissante et sentante. Bref, la tradition évangélique est sauve» ; sauf aussi le somnambulisme.
  • « Repeinte en rouge vif, couleur « révolution prolétarienne », fond de l’air oblige, cette exaltation vantarde de l’immédiateté postule un éternel printemps où notre vérité nous serait donnée d’instinct et sans frais, sans avoir à se construire péniblement dans des salles de classe et de spectacle ; où plus personne n’aurait plus besoin de sortir de soi pour joindre ses deux bouts ; de s’expatrier dans l’imaginaire pour affronter son réel immédiat ». C’est à croire que Régis Debray confond La société du spectacle avec un livre de Jacques Salomé ou de Christophe André. On attendra en vain les précision sur ces salles de classe ou de spectacle, un calendrier ou un programme, de quoi choisir en conscience la bonne formule. Mais fidèle à la généralité de ses généralités, Régis Debray, revenu de tout, se contente d’un imagier à compléter soi-même. Une connaissance n’aurait pas été de trop, mais pour cela, je sors Debray-77 contre Debray-07, « il est besoin d’ouvriers du concept et non de saltimbanques de la phrase« .
  • A quand une Petite philosophie du vieux con aux éditions Milan, à côté du bricolage et du shopping ? Petite philosophie du rusé ronchon, plus présentable sur les étals mensuels du livre savonnette. Le texte de Debray sonne aussi creux qu’un ramasse crottes révolutionnaire en aluminium. A moins que ce ne soit justement cela le débat d’idées en France, à savoir l’empilement d’essais mercenaires pondus chroniquement par des vieux ronchons amnésiques. «La « critique de la religion », la critique du spectacle est aujourd’hui la condition première de toute critique» (10). La critique de l’indigence de la critique du spectacle est aujourd’hui la condition première de toute critique.

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(1) Régis Debray, Nouvel Observateur, 13 juin 1977.

(2) Régis Debray, L’obscénité démocratique, Paris, Flammarion, 2007.

(3) B. Henri-Lévy, La barbarie à visage humain, Paris, Figures Grasset, 1977, p. 221.

(4) Café Voltaire, présentation des éditions, à lire en quatrième.

(5) Régis Debray, Nouvel Observateur, 13 juin, 1977.

(6) Régis Debray, L’obscénité démocratique, op. cit., p. 28.

(7) G. Debord, La société du spectacle, § 59.

(8) G. Debord, La société du spectacle, § 203.

(9) Internationale Situationniste, Numéro 10, Mars 1966.

(10) Internationale Situationniste, Numéro 9, Août 1964.

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« Parce qu’il circule sur le réseau, à côté d’informations utiles, et faute de filtres, une infinité d’inepties, d’inexactitudes et de malveillances qui font brouillage, en sorte qu’une mise au clair et au net peut s’avérer utile. Car des deux choses qui menacent le monde, l’ordre et le désordre, la deuxième semble aujourd’hui la plus menaçante. »

Généalogie du foutage de gueule philosophico-médiatique

Généalogie du foutage de gueule philosophico-médiatique

medium_anatole_ferry_luc1(31 janvier 2008, reprise)

« On connaît le mot de Hugo selon lequel «la foule trahit parfois le peuple ».

Luc Ferry, à propos de la belle victoire de François Fillon, novembre 2016.

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  • « La première philosophie à anéantir la notion d’idéal en tant que telle et à préparer ainsi sans le savoir les esprits aux conséquences intellectuelles et morales de la mondialisation, est la « généalogie » nietzschéenne. » (1) Ce moignon extrait de Familles, je vous aime, de l’incontournable Luc Ferry, nous apprend que la généalogie nietzschéenne a préparé les esprits aux conséquences de la mondialisation. Par contre, l’accumulation de formules dénuées de sens depuis un bon quart de siècles, la campagne promotionnelle ininterrompue de stupidités massivement communicables, pour ne pas dire le foutage de gueule philosophico-étatique, à moins que ce ne soit la crétinerie pseudo-kantienne, n’y sont strictement pour rien.

 

  • En 1977, François Aubral et Xavier Delcourt signaient un texte d’analyse – et non un pamphlet au sens où l’entendrait le premier bousilleur cathodique – intitulé Contre la nouvelle philosophie. Il se trouve que Luc Ferry n’est pas directement apparenté à cette nouvelle philosophie. On pourrait pourtant, quarante ans après, faire subir à son texte le même traitement. Pourquoi ? La réponse de François Aubral et Xavier Delcourt, en 1977, est limpide : « La « nouvelle philosophie » a toutes les apparences d’un spectacle tapageur et grossier. La nouveauté, c’est que parmi les bonimenteurs de la foire, certains, aujourd’hui, choisissent de se réclamer de la philosophie. Une mode ? Sûrement, mais si bruyante qu’elle éveille notre stupeur. Ce livre est né du sentiment de dégoût que nous inspire cette mascarade de professionnels de la philosophie qui se vautrent dans la mare aux balivernes, avec les mystificateurs. Quand les impostures se font philosophiques, on ne doit pas hésiter à recourir aux concepts pour combattre leurs prétentions. Mais la présence des « nouveaux philosophes » dans cette « société du spectacle » dont ils partagent avec ardeur les méthodes indiquent que le phénomène déborde le seul champ philosophique. Nous devions prendre en compte le battage publicitaire orchestré avec la participation des auteurs eux-mêmes. Que les idées agissent surtout par le bruit dont on les entoure, le fait est connu : mais cette conception spectaculaire avait jusqu’ici épargné la philosophie. Mettre en rapport une analyse critique des doctrines à la mode et une évocation de leurs méthodes promotionnelles pouvait, nous semblait-il, donner à penser : au point de rencontre de ces deux démarches, on ne s’étonnera pas de rencontrer la politique. » (2)

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  • Il se trouve que le travail de François Aubral et Xavier Delcourt, auquel Gilles Deleuze fait référence dans son texte de 1977 « A propos des nouveaux philosophes et d’un problème plus général » (3), n’a pas fait le poids. Qui s’en étonnera ? Il dessinait pourtant, bien au-delà de la charge, les grandes lignes d’un travail dont je me reconnais sans hésitation. Quarante ans après la publication du texte de François Aubral et Xavier Delcourt, alors que le processus de promotion de la philosophie marchande a atteint un stade que ces deux là n’auraient certainement pas pu imaginer même dans leurs pires cauchemars, le travail critique est devenu une nécessité. Face aux flux de conneries (4) que ceux qui se sentent armés prennent la parole et que les autres aillent chercher des armes.

 

  • Relisons Deleuze. « Ce qui a changé la situation pour moi, c’est le livre d’Aubral et Delcourt, Contre la nouvelle philosophie. Aubral et Delcourt essaient vraiment d’analyser cette pensée, et ils arrivent à des résultats très comiques. Ils ont fait un beau livre tonique, ils ont été les premiers à protester. Ils ont même affronté les nouveaux philosophes à la télé, dans l’émission « Apostrophes ». Alors, pour parler comme l’ennemi, un Dieu m’a dit qu’il fallait que je suive Aubral et Delcourt, que j’aie ce courage lucide et pessimiste » (5). Quel courage en définitive ? Celui de s’engager dans une voie des plus minoritaires. Non pas la voie prétendument minoritaire des adjudants chefs de l’animation collective mais celle inaudible aux oreilles du plus grand nombre. Et les quarante années passées donnent toute raison à la raison marchande. Qui se souvient d’ailleurs de l’essai critique de François Aubral et de Xavier Delcourt ? Fatalité de l’histoire ?

 

  • La généalogie nietzschéenne complice de la mondialisation ? Qui dit mieux ? S’agit-il d’un mauvais journalisme ? Non point. Nous trouvons dans le texte de Luc Ferry les fameux repères philosophiques : « généalogie nietzschéenne », « notion d’idéal », « conséquences intellectuelles ». Plutôt monstre hybride entre idiotie, culture, philosophie et prétention. Qu’est-ce que la généalogie nietzschéenne pour le nigausophe national anti-populiste en Jaguar ? « La matrice ultime de toutes les avant-gardes, de toutes les philosophies du soupçon dont la tâche est de faire voler en éclats la double illusion du sens et de la transcendance ». Proposition creuse. Le rôle des avant-gardes est de créer des lignes de faille dans l’engourdissement consensuel de chaque période. Que vient faire la transcendance ou sa critique dans cette exigence ?
  • Qu’est-ce que d’ailleurs la transcendance pour Luc Ferry ? Tout et rien. Ornée de quelques majuscules cela peut être : le Sens, les Valeurs, la République, l’Homme, l’Humanité, la Famille… Tout mais surtout n’importe quoi. Il faut que les délimitations restent flexibles, ajustables en fonction du papier presse, accommodables à toutes les sauces. Un faible taux de participation et ce sera la transcendance républicaine en danger. Un acte terroriste et la nécessité des valeurs frappe à la porte des maisons d’édition. Tout cela me ramène au livre perdu pour la science de François Aubral et Xavier Delcourt : « « L’air du temps » trouvant plaisir à rencontrer dans la « nouvelle philosophie » quelques-unes de ses ritournelles, la mode accroche. Son goût du spectacle, « la nouvelle philosophie » le partage d’ailleurs avec les mœurs politiques actuelles. Réformes-gadjets, poudre aux yeux, lancement de bulles de savon : on gouverne aujourd’hui à grands jets de fumée publicitaire avec les méthodes du marketinget du traitement de l’information » (…) « Grimée à traits appuyés, jouant miroirs et séductions, tel un objet à vendre, elle arpente le trottoir des opinions. Elle lance ses œillades, toute à son déhanchement, pour nos plaisirs vénaux. Elle se prostitue.» (6) Cette végétation intellectuelle appelle comme son double la mise en accusation de tout ce qui pourrait soupçonner ses intentions. Appelons cela « philosophie du soupçon », « déconstruction », « généalogie nietzschéenne ». Tout ce qui ponctuellement aurait quelque force pour faire obstacle à son commerce doit être lu comme alliance objective avec ce qui exploite l’homme. Staline s’y retrouverait.
  • « La déconstruction des idoles, selon une logique qui confine à la tautologie, conduit au final à un monde sans idéaux dont les processus anonymes et aveugles auxquels donne lieu en permanence la mondialisation constituent les illustrations les plus parfaites . Encore une fois, que l’intention de Nietzsche et de ses disciples « de gauche » ne soit pas celle-là est une évidence… qui n’empêche nullement la vérité objective de ses effets. » (7) Moi, Luc Ferry, je sais les effets de celui qui ne les sait pas. Moi, Luc Ferry, je sais objectivement ce qui résulte de l’intention… puisque les effets sont là. Voyons pour les effets. Du livre savonnette vendu à la palette aux éditions XO ? Une succession de slogans cautionnés « écrivain et philosophe » ? Du Nietzsche en trois lignes et deux lippées ? Quelques complaisances télévisuelles, deux trois boîtes de cirage, une belle carrière ? Finalement, en toute logique, Luc Ferry devrait se réjouir de la déconstruction car c’est elle qui lui assure son fonds de commerce. La mondialisation de ce n’importe quoi qui n’est jamais un n’importe quoi conditionne en effet l’existence médiatique des Luc Ferry and co. Sans cette déconstruction des valeurs Luc Ferry n’aurait jamais pu passer pour un philosophe. Il a fallu pour cela, depuis quarante ans, que le public soit dressé. Il a fallu que la redondance se fasse sentir, qu’elle écrase toute initiative individuelle, qu’elle empêche au travail de la critique de faire son œuvre. Il a fallu que les voix discordantes soient cantonnées à quelques maisons d’éditions courageuses. Non pas qu’il y ait quelques censures d’Etat, je veux dire financièrement courageuses. Aujourd’hui la censure, c’est le manque d’argent. Il a fallu encore que les résistances baissent pavillon face à autant de sottises, qu’un nombre indéterminé de journalistes crachent au bassinet. Et on engage trois lignes sur Nietzsche afin de valider l’idée que son œuvre accompagne par sa critique la mondialisation ? En un mot, on se fout de la gueule du monde.

 

  • Il va sans dire que Luc Ferry, depuis approximativement trente ans, ne pense pas Nietzsche, incapable d’affronter le texte sans y plaquer sa mauvaise tisane. Je passe le charabia sur les avant-gardes de la page 36… pour en venir, fin de page, à ceci : « C’est ainsi que l’un des derniers en date, le joyeux mois de Mai, dont certains leaders se réclamaient volontiers des philosophes du soupçon et de leurs héritiers (de la « Pensée 68 »), va incarner dans la réalité une deuxième contestation des normes « bourgeoises » et républicaines, notamment dans la sphère de l’université et de l’école, qui aura elle aussi pour effet de désacraliser les « idéaux supérieurs » qui les animaient tant bien que mal jusqu’alors. Rien n’est plus significatif à cet égard que le discours critique déployé tous azimuts à l’encontre de l’ennemi par excellence rebaptisé pour l’occasion « aliénation » ». (8) Tout mouvement critique qui ne se paye pas de mots ne désacralise pas l’idéal, comme le radote Luc Ferry, mais révèle le pouvoir sous son drapé d’idéalité à l’endroit où il s’énonce. Le propre de l’instrumentalisation de l’idéal est de détourner en aliénant n’en déplaise à Luc Ferry, « écrivain, philosophe » de son état. La question n’est plus « que sont les idéaux ? » mais plutôt « à quel type d’instrumentalisation sert telle ou telle forme d’idéalité ? »

 

  • Le vide fait partie du produit, il en conditionne l’usage et la réception. Le pouvoir se donne à celui qui manipule au mieux un capital d’opinions et il n’est assurément pas dans l’intérêt de ceux qui le prennent de démonter ses mécanismes. François Aubral et Xavier Delcourt en 1977 se risquaient à un constat que je partage. « Pourquoi les intellectuels devraient-ils s’en tenir aux sourire narquois, aux haussement d’épaules fatalistes, devant les galipettes dont les effets sont publics, lorsque celles-ci affectent de les représenter ? Quelle vision élitiste de la culture permet-elle de poser la non-intervention en règle de savoir-vivre, lorsque les arguments de l’ennemi sont dérisoires ? Croirait-on naïvement, du côté des penseurs, que l’histoire jugera, sans se préoccuper de l’impact immédiat des manœuvres ? Quel béat optimisme peut faire imaginer que ce ne sont pas les idées les plus bêtes qui mènent le monde? Devant l’imposture, où se situe la limite entre le silence nécessaire et l’obligation de parler ? Si les « nouveaux  » thaumaturges ne prétendaient se poser en politiques, nous les aurions volontiers laissés, comme allumeur de réverbère, à l’entretien de leurs trente-six chandelles » (9)

 

  • Ont-ils eu politiquement d’autres réponses que leur propre écho ?

…………………

(1) L. Ferry, Familles je vous aime, Politique et vie privée à l’âge de la mondialisation, Paris, Edition XO, 2007, p. 32.

(2) F. Aubral, X. Delcourt, Contre la nouvelle philosophie, Paris, Gallimard, 1977, pp. 35-36.

(3) G. Deleuze, Le Monde, 19-20 juin 1977.

(4) Une remarque en passant. On trouvera l’expression « flux équivalent de conneries » à la page 280 de l’Anti-Œdipe de Gilles Deleuze et Félix Guattari. Il ne s’agissait pas, pour Deleuze et Guattari, de faire de la critique à bas prix  comme le soutient Henri Lefebvre à partir d’une « hypothèse bergsonienne » ou d’une «théorisation tardive d’un « gauchisme » qui a échoué dans la politisation de telle ou telle question réelle mais périphérique (les prisons, la drogue, la folie, etc.) et retombe sur la négation du politique. (Henri Lefebvre, La survie du capitalisme, Paris, Anthropos, 1972, p. 45). La question est plutôt de savoir quelles sont nos armes face aux flux de connerie ? Connerie orchestrée aussi bien par l’Etat instructeur que par le commerce cathodique des plus sombres débilités. Le couplage « flux » et « conneries » répond bien à cette transversalité.

(5) G. Deleuze, Le Monde, 19-20 juin 1977.

(6) F. Aubral, X. Delcourt, Contre la nouvelle philosophie, op. cit., p. 241.

(7) L. Ferry, Familles je vous aime, Politique et vie privée à l’âge de la mondialisation, op. cit., p. 37.

(8) L. Ferry, A. Renaut, 68-86, Itinéraires de l’individu, Paris, Gallimard, 1987

(9) F. Aubral, X. Delcourt, Contre la nouvelle philosophie, op. cit., pp. 325-326.

Misère du culturalisme de gauche

Misère du culturalisme de gauche

ulrich-beck-a-re-vitalised-sociological-imagination1(12 octobre 2007, reprise)

  • Une certaine posture consiste à nier le caractère inédit de notre présente situation. Le nouveau progressisme pioche dans l’histoire pour faire de notre aujourd’hui un ancien hier. Ainsi Ulrich Beck (1944-2015) comparait le « pessimisme des intellectuels » contemporains au « pessimisme des intellectuels européens » au XVII. « Regardez, nous travaillons ici à Munich avec l’Institut d’histoire de la Renaissance, et c’est très intéressant de comparer notre époque à celle du XVIe-XVIIe siècle, au lendemain des Guerres de religion. Alors que les pensées métaphysique et religieuse ne faisaient qu’un et que la guerre avait détruit tout espoir, il régnait chez les intellectuels européens un profond pessimisme, comme de nos jours. Les penseurs, et particulièrement les Allemands, affirmaient que plus rien ne pourrait naître. Et pourtant, c’est aux XVIIIe et XIXe siècles qu’un nouvel ordre moderne est apparu et qu’on a inventé la démocratie moderne, si naturelle pour nous aujourd’hui. De tout temps, il y a eu des intellectuels pour annoncer la fin du monde, mais celle-ci n’a jamais eu lieu ! » (Ulrich Beck).
  • Que faut-il conclure de cette vague analogie ? Que nous allons réinventer la démocratie ? Que l’idée de progrès va se remettre à fleurir? Ulrich Beck considère la mondialisation comme un fait définitivement acquis. La mondialisation ? La mondialisation des échanges peut tout aussi bien être considérée comme un moment de l’histoire où le coût de l’énergie engagée dans le transport et le déplacement quotidien de milliards de molécules à la surface de la terre est inférieur à la plus value de ces déplacements. Considérer la mondialisation comme un horizon indépassable, c’est implicitement reconnaître que cette situation entre coût énergétique du déplacement moléculaire et gain de ce déplacement restera inchangée. Cette thèse n’est autre que le dogme progressiste par excellence. « Regardez, nous travaillons ici à Munich avec l’institut d’histoire de la Renaissance, et c’est très intéressant…« . Que cela stimulait l’activité intellectuelle d’Ulrich Beck est une chose, que cela éclaire notre présent en est une autre.
  • Cette rhétorique du déni cherche sa filiation historique, son référentiel stable. Il existe pourtant des conditions matérielles déterminées, recouvertes par une simulation intégrale, qui ont rendu possible un état de fait de la planète. La froide considération de cet état de fait est de loin beaucoup mois stimulante que le jeu des parallélismes historiques. A la différence de ces derniers, qui peuvent être conduits bien au chaud, dans le confort boisé de l’écoute, en laissant inchangées nos options lourdes, la prise en compte des déterminations matérielles ne flattent pas l’esprit. Pour la gauche culturelle, le jeu avec le concept est toujours suffisant. « Utopie » par ci, « Europe » par là, les « Lumières » sont à rallumer, saisons après saisons. Les Lumières mais sans le déplacement des molécules. La simulation des Lumières contentera l’intellectuel progressiste ; pour le reste, il suffit d’appuyer sur l’interrupteur. La « seconde modernité réflexive« , à laquelle Ulrich Beck oppose le pessimisme de Jean-François Lyotard, serait donc une réflexion sur de la réflexion. La Science, gonflée d’une belle majuscule, trouvera les solutions. Elle les trouve toujours. Après tout, c’est cela la Science pour la gauche culturaliste : la réponse évidente à des questions qu’elle ne se pose que pour titiller du concept (Lumières, pas Lumières, réflexion, réflexion de réflexion…) La Science, pour la gauche culturaliste, c’est le point, de jonction entre un état de fait et un recouvrement idéologique du présent par des catégories héritées qui fonctionnent en culture hors sol. Proposons un séminaire, un de plus pour bailler : « chers collègues de Munich, sommes-nous plutôt dans la situation de la fin du XVI ou de la fin du XVII ? »
  • La question n’est pas de savoir si il y a toujours eu des intellectuels pour annoncer la fin du monde mais de savoir si le monde d’hier vaut pour le monde d’aujourd’hui. Il y a bien quelque chose d’insupportable chez les intellectuels qui confondent leurs trois bouts de concept avec le réel de la planète. Les concepts s’empilent les uns sur les autres, une première mouture appelle une surmouture, une première conscience une surconscience. Il faut affiner le « moderne », polir « le progrès », relustrer le grand luminaire « humaniste ». De toute cette glose, nous n’en sortirons peut-être jamais. Par contre, l’énergie mobilisée pour déplacer une vertigineuse quantité de matière à la surface de la terre doit être produite. Cette production n’est pas, comme nous le souffle la plume culturaliste, une deuxième inflexion de la modernité ou un approfondissement de l’esprit des Lumières. Ces enluminures nous masquent une quantification bien pesante, certainement trop peu aérienne pour les esprits déliés de la « critique critique » culturaliste, celle du bon Bauer au temps de Marx. « Ah, mais vous êtes pessimiste ! Mais très cher, souvenez vous du XVIIe siècle…Et puis vous savez, les chiffres, ça se manipule, ça se transforme, il ne faut jamais trop croire les chiffres. » Parfaite collusion du culturalisme de salon et de la simulation intégrale, celle-là même qui volatilise le réel de la planète dès que la discussion devient terreuse ou mazoutée. Le culturalisme, dit de gauche, est ainsi parfaitement en osmose avec la virtualisation de son temps.

 

  • « Mais très cher, la fin du monde n’a jamais eu lieu ! ». Ah bon ? Tu déconnes.

 

Fillon est président de la République… (karoké 2017)

Fillon est président de la République…

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  • Il était une fois au CHU de Nice
  • Des enfants entassés, tout un tas de patients
  • Une attente de quatre heures,  quels que soient les services,
  • Je leur dis simplement : Fillon est président.

………..

  • Fillon est président de la République
  • Tu feras de l’histoire à grands coups de triques
  • Sors ton uniforme et range ta critique
  • Faut rentrer dans le rang, Fillon est président.

 ………..

  • Fillon est président de la République
  • Plus de remboursement, sur les antibiotiques
  • En dessous de quarante, si t’as mal à la tête
  • Une douche et au lit, faut penser à la dette.

 …………

  • Fillon est président de la République
  • Finis vite ton kebab, la France est catholique
  • Que tu sois né ici, à Dakar, à Tunis
  • N’oublie pas le missel, ton papa c’est Clovis.

 ………..

  • Fillon est président de la République
  • Recrutement massif dans le service public
  • Trois cent mille bénévoles pour un plan de relance
  • Bienvenus citoyens, amoureux de la France.

 ………….

  • Fillon est président de la République
  • Trente-neuf heures ou soixante ce sera fantastique
  • On s’emmerde le dimanche et puis les jours chômés
  • Un petit 49.3 et plus de jours fériés.

 …………

  • Fillon est président de la République
  • On l’a bien mérité, la France est amnésique
  • Elle vénère les chefs, les kapos, les violents,
  • Dépressive et soumise, elle fait peur aux enfants.

 

 

 

Révolution !

Révolution !

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Tambours

A compter du premier jour du mois de mai 2017, an I de la VIeme République, chaque commune élira des représentants. Chaque candidat postulera à la mairie rattachée à son domicile. Il suffira simplement d’être majeur, assujetti à l’impôt, n’avoir pas plus de soixante ans et ne pas être énarque. Ces élus deviendront, à compter du présent avis, des grands électeurs. Ces grands électeurs éliront à leur tour mille citoyens parmi lesquels, par tirage au sort, on retiendra deux cent cinquante représentants. Ces deux cent cinquante citoyens formeront, sous quinzaine, l’assemblée nationale. Parmi les deux cent cinquante, en conclave, une élection nommera, dans un mois au plus tard, à compter du présent avis, un chef de gouvernement. Une fumée blanche en place de la Concorde au pied de l’obélisque marquera la fin de l’élection. Un crieur en place publique délivrera aux citoyens le nom de l’élu. Le chef de gouvernement nommera alors ses ministres dans le quorum des deux cent cinquante. Un renouvellement se fera par tiers tous les trois ans. Un citoyen pourra exercer une fonction politique au maximum pendant six ans. Il deviendra ensuite inéligible à vie. Le Sénat, à compter du présent avis, et tenant compte de la clause des soixante ans, est mis d’office à la retraite. A compter de ce jour, le système des partis, système féodal, est aboli et avec lui toute professionnalisation et carriérisme politique. A la place de la devise publicitaire Egalité, liberté, fraternité, on inscrira au fronton de chaque mairie La politique vient du peuple et y retourne.

Tambours.

Votez Juppé, les filles (karaoké 2017)

Votez Juppé, les filles

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  • Derrière le micro
  • Il fustige les machos
  • Contre les mysogines, séduire les féminines
  • ……..
  • Dernières cartouches
  • C’est vers les dames qu’il louche
  • Elles veulent l’IVG, elles votent Alain Juppé
  • ………
  • Aujourd’hui, elles appellent Juppé, Ali
  • A droite les filles primaires sont toutes identitaires
  • ………
  • Tolérantes, il préfère celles qui dansent du ventre
  • Métissées, un peu bronzées, il va les faire voter
  • …….
  • Il en fait beaucoup
  • Isabelle se pend à son cou
  • En bon chiraquien, il aime les petits seins
  • …….
  • Dernières escarmouches
  • Les belles à gros seins le touchent
  • Si je veux gagner, j’ai besoin des gros bonnets
  • …….
  • Nathalie, NKM est là aussi, elle ne le lâche pas
  • Le duo est magique comme dans le Titanic
  • ……..
  • Finies les manifs,
  • Retirez toutes vos soutifs
  • Les femmes avec Juppé celui qui fait….kiffer…

ahhhh….